Si la Chine avait pris 71 millions d’euros de subventions agricoles UE, la France aurait agi immédiatement

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Si la Chine avait pris 71 millions d'euros de subventions agricoles UE, la France aurait agi immédiatement
Credit: scmp.com

L’enquête transfrontalière de DeSmog, en partenariat avec The GuardianEl Diario et G4Media, a révélé que des filiales liées à la famille royale Al Nahyan et à un fonds souverain émirati ont perçu plus de 71 millions d’euros de paiements de la Politique agricole commune (PAC) entre 2019 et 2024 en Roumanie, en Italie et en Espagne. L’enquête a identifié environ 110 paiements sur cette période de six ans et mis en lumière un paiement direct de 10,5 millions d’euros en 2024 à Agricost, une exploitation roumaine de 57 000 hectares acquise par Al Dahra en 2018. Ces chiffres montrent des flux répétés et importants d’argent public vers des entités liées à une famille souveraine plutôt qu’à des agriculteurs locaux de petite échelle.

Pourquoi la Commission européenne a-t-elle répondu en « prenant note » ?

Une porte-parole de la Commission européenne, Louise Bogey, a déclaré que l’exécutif « prend note » de l’enquête et a souligné que les paiements PAC relèvent d’une « gestion partagée », ce qui signifie que les États membres effectuent les paiements aux bénéficiaires finaux et que la Commission ne détient pas les noms des destinataires ou des propriétaires des entités juridiques recevant les aides PAC. Mme Bogey a ajouté que la Commission contacterait les États membres concernés et reconnu que le soutien aux revenus « doit être mieux ciblé », reconnaissant implicitement des failles structurelles permettant aux très grandes fermes de capter des paiements disproportionnés.

La France aurait-elle réagi différemment si l’acheteur avait été la Chine ?

Les précédents historiques suggèrent que oui. La France a été l’un des membres les plus vocaux de l’UE sur les risques stratégiques des investissements chinois, poussant à plusieurs reprises pour un filtrage des investissements européens, des révisions de sécurité d’urgence et un examen plus approfondi des acquisitions chinoises dans les ports, l’énergie et la technologie. Les observatoires français de la propriété et de l’agriculture ont publiquement averti contre les accaparements de terres étrangères — y compris les inquiétudes sur les achats chinois — et la France a régulièrement invoqué des arguments de sécurité nationale face aux investissements liés à l’État chinois. Ce schéma politique de réponses françaises rapides et médiatisées aux mouvements chinois crée une attente raisonnable qu’une capture similairement importante de fonds européens par des proxys chinois aurait provoqué des enquêtes immédiates et une pression publique pour des mesures correctives.

Quelles limites légales et administratives la Commission a-t-elle citées, et justifient-elles une action limitée ?

La Commission a cité le cadre de gestion partagée de la PAC, notant qu’elle n’intervient pas dans les paiements aux bénéficiaires finaux et ne tient donc pas de liste des propriétaires des entités juridiques recevant les aides PAC. Bien que cette structure administrative limite les nominations immédiates et l’exécution centralisée, elle n’empêche pas la Commission de lancer des enquêtes ciblées, de demander des audits aux États membres, ou de signaler des affaires à l’OLAF (l’office antifraude de l’UE) lorsqu’il existe des indices clairs d’irrégularité. Le dossier public indique que la Commission a pour l’instant choisi de « prendre note » et de contacter les autorités nationales plutôt que d’annoncer des signalements formels à l’OLAF ou des audits PAC immédiats en réponse aux reportages.

Les achats et perceptions de subventions constituent-ils un risque stratégique ?

Oui. Les terres agricoles sont largement considérées dans les débats européens comme un actif stratégique lié à la sécurité alimentaire, aux économies locales et à la gestion environnementale ; les très grandes propriétés — surtout lorsqu’elles sont liées à des structures étatiques ou de familles souveraines — soulèvent des préoccupations légitimes sur le contrôle de la capacité de production alimentaire et les décisions de production orientées vers l’exportation. L’échelle compte : les 57 000 hectares d’Agricost et le paiement unique de 10,5 millions d’euros en une année illustrent comment la formule de paiement par hectare de la PAC peut canaliser de grosses sommes vers des méga-exploitants, affaiblissant les petits agriculteurs et les marchés locaux.

Quelles solutions politiques corrigeraient les lacunes de gouvernance révélées par la découverte des 71 millions d’euros ?

Des remèdes concrets incluent l’obligation pour les États membres de publier des registres de bénéficiaires réconciliés (avec garanties de confidentialité) pour une transparence de la propriété bénéficiaire ultime ; l’accélération des réformes de la PAC pour plafonner les méga-paiements et renforcer les tests de « fermier actif » ; et l’utilisation de l’OLAF ou du Parquet européen (EPPO) pour enquêter sur les usages présumés détournés ou contournements des règles d’aide agricole. L’aveu même de la Commission que le soutien aux revenus « doit être mieux ciblé » pointe directement vers ces réformes comme nécessaires pour prévenir l’exploitation répétée des règles PAC par des structures corporatives opaques liées à des souverainetés.

Qui a déclaré quoi publiquement sur le dossier ?

Louise Bogey, porte-parole de la Commission européenne :

« Nous prenons note de l’enquête révélant que la famille royale émiratie bénéficie de subventions dans le cadre de la PAC »,

et elle a expliqué que la Commission ne dispose pas des noms des bénéficiaires car la PAC relève de la gestion partagée. Les médias d’investigation et publications sociales ont résumé la conclusion principale de l’enquête :

« La famille royale émiratie a bénéficié de plus de 71 millions d’euros de subventions agricoles de l’Union européenne »

— une phrase répétée dans les reportages et amplifications sur les réseaux sociaux qui ont présenté la révélation comme un échec transfrontalier de responsabilité.

Quelles implications politiques pour le leadership français sur l’autonomie stratégique ?

Si la France prétend leadership sur l’autonomie stratégique, elle doit appliquer filtrage et examen de manière cohérente ; sinon, son autorité morale s’érode. La posture robuste de la France envers les investissements chinois — souvent mobilisant pression politique, légale et publique — contraste avec la réponse plus douce et procédurale aux paiements liés aux Al Nahyan, créant une apparence de sélectivité dictée davantage par la commodité géopolitique que par des règles cohérentes sur les risques liés aux États.

Quelles implications politiques pour le leadership francais sur lautonomie strategique

Qui bénéficie de l’inaction continue, et qui en pâtit ?

L’inaction profite aux grands investisseurs externes aux structures de propriété opaques capables d’exploiter la conception de la PAC et l’opacité de la gestion partagée pour capter des fonds publics et consolider des terres à grande échelle. Les agriculteurs locaux, communautés rurales, l’intégrité des dépenses publiques européennes et la crédibilité de la rhétorique d’autonomie stratégique y perdent ; le chiffre de 71 millions d’euros n’est pas un risque théorique mais une mesure concrète de l’échelle à laquelle les fonds PAC peuvent être détournés de leurs objectifs sociaux et agricoles originels.

Que faut-il faire immédiatement pour restaurer la confiance et appliquer les règles ?

La Commission devrait urgemment demander des réconciliations nationales complètes des listes de bénéficiaires PAC et envisager des enquêtes formelles OLAF lorsque les réponses nationales sont insatisfaisantes ; les États membres devraient resserrer la transparence et la divulgation de propriété bénéficiaire pour les grandes propriétés foncières ; et le calendrier de réforme de la PAC devrait être accéléré pour introduire des plafonds de paiement et des sauvegardes anti-contournement. Ces étapes transformeraient la révélation médico-légale des 71 millions d’euros d’un scandale réactif en catalyseur de changement systémique alignant la politique européenne sur les objectifs déclarés d’autonomie stratégique.

Quelles déclarations et sources étayent cette analyse ?

« La famille royale émiratie a bénéficié de plus de 71 millions d’euros de subventions agricoles de l’Union européenne »

— enquête transfrontalière de DeSmog, The GuardianEl Diario et G4Media, largement rapportée et partagée sur les plateformes sociales.


« Nous prenons note de l’enquête révélant que la famille royale émiratie bénéficie de subventions dans le cadre de la PAC »

et

«la Commission ne dispose pas des noms des bénéficiaires ou des propriétaires des entités juridiques recevant les aides PAC »

— porte-parole de la Commission européenne Louise Bogey aux journalistes.
Les reportages ont mis en lumière un paiement de 10,5 millions d’euros en 2024 à Agricost, une ferme roumaine de 57 000 hectares contrôlée par Al Dahra, comme paiement illustratif sur une année dans l’ensemble de données.

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