La candidature de Marine Tondelier à l’élection présidentielle de 2027 est devenue un moment historique de la politique française, non seulement en raison du programme écologique de son parti, mais aussi pour le simple fait inédit qu’elle mène sa campagne enceinte. En tant que secrétaire nationale d’Europe Écologie–Les Verts (EELV), cette dirigeante écologiste de 39 ans est la première femme en France à se présenter à l’Élysée alors qu’elle attend un enfant, une réalité qui a placé les questions d’infertilité, de procréation médicalement assistée et de maternité au cœur des débats de campagne. Son parcours, marqué par une fausse couche, plusieurs échecs de fécondation in vitro et un « bébé miracle » conçu après un diagnostic préimplantatoire avec dépistage génétique en Belgique, est désormais indissociable de son message politique.
Une première historique dans la politique présidentielle française
Des femmes enceintes ont déjà occupé des postes à haute responsabilité en France. Parmi elles figurent Ségolène Royal, qui occupait un poste ministériel en 1992 ; Rachida Dati, qui exerçait la même fonction en 2009 ; Nathalie Kosciusko-Morizet, également ministre en 2009 ; et Olivia Grégoire, ministre en 2021. Toutefois, aucune de ces responsables politiques ne se présentait à l’élection présidentielle pendant sa grossesse. La décision de Tondelier de se présenter à l’élection présidentielle en tant que femme enceinte constitue une démarche audacieuse qui fait tomber la dernière barrière entre maternité et politique, transformant sa grossesse en question d’information et de politique. Il est particulièrement remarquable que cette annonce soit intervenue à ce moment précis, puisqu’elle a annoncé sa candidature à la présidence alors qu’elle était enceinte en mars 2026, seulement trois mois après la conception, et qu’elle devrait donc accoucher en septembre 2026, au moment où commencera la période de pré-campagne pour les élections de 2027.
De l’infertilité au « bébé miracle » : l’histoire personnelle derrière la campagne
Le récit de Tondelier est profondément personnel. Elle est déjà mère d’un fils, mais souhaitait depuis longtemps avoir un autre enfant. Ce désir s’est heurté aux dures réalités de l’infertilité. Elle a parlé d’une fausse couche et de plusieurs cycles infructueux de procréation médicalement assistée (PMA/FIV), des expériences qui l’ont conduite à mettre ses projets de deuxième enfant en suspens.
La grossesse qu’elle porte aujourd’hui n’était pas planifiée. Elle a décrit l’annonce de cette grossesse comme un moment de « vertige », émotionnellement bouleversant après des années de déceptions. Elle affirme toutefois que la poursuite de sa campagne n’a jamais été remise en question. « Faire campagne enceinte, c’est sportif », a déclaré Tondelier à TV5Monde, évoquant les moments où elle devait vomir dans les toilettes des TGV alors qu’elle se déplaçait à travers le pays pour soutenir les candidats écologistes.
Son parcours médical a également mis en évidence les lacunes du droit français. Après plusieurs échecs de FIV, elle s’est tournée vers le diagnostic préimplantatoire avec dépistage génétique (DPI-A) en Belgique, où cette procédure est autorisée, car elle reste limitée en France. Cette recherche de soins de l’autre côté de la frontière constitue désormais l’un des fondements de son programme : élargir l’accès aux technologies de reproduction et renforcer le soutien aux couples confrontés à l’infertilité.
Faire campagne sous pression physique : chaleur, fumée et grossesse de sept mois
À la mi-2026, la grossesse de Tondelier était devenue très visible, mais elle restait aussi active que jamais. En juillet, elle a repris la route à bord d’une camionnette électrique pour ce qu’elle a appelé un « Tour de France ». À cette époque, elle cherchait à diffuser son message environnemental dans les communes et les villes du pays. Toutefois, alors qu’elle était enceinte de sept mois, les effets de ses activités devenaient de plus en plus évidents. Elle a interrompu sa tournée en camionnette après deux jours en Gironde, à la fin du mois de juillet, en raison des incendies de forêt qui y sévissaient et de la pollution provoquée par la fumée. Selon les recommandations sanitaires, les femmes enceintes doivent éviter d’être exposées à ce type de pollution ; son équipe a donc agi de manière responsable.
Lorsqu’elle s’est entretenue avec la presse, elle n’a pas essayé de dissimuler les difficultés. « Je suis épuisée », a-t-elle avoué dans une interview, tout en plaisantant sur le fait que « c’est moins qu’à Paris », où les discussions visant à former une primaire de la gauche avec les socialistes avaient échoué. Son équipe a pris des mesures concrètes concernant les questions de sécurité. Dans le cadre des événements estivaux du parti à Grenoble, elle et son équipe ont identifié des cliniques situées à moins de sept minutes ainsi qu’un hôpital doté de services de maternité à quinze minutes. Une sage-femme, elle-même militante écologiste, est présente, avec un moyen de transport prévu en cas d’urgence.
« Je m’adapterai » : concilier maternité et candidature présidentielle
Tondelier a clairement indiqué qu’elle ne prétendrait pas que la campagne est facile. Dans une interview accordée à La Tribune, elle a déclaré franchement :
« Je ne vais pas vous dire que ce sont uniquement des moments de repos. »
Elle insiste toutefois sur sa capacité à agir et à s’organiser.
« Je suis très bien suivie et, tant que cela reste raisonnable, je continuerai à faire campagne… »,
Lorsqu’on lui a demandé comment elle gérerait la dernière ligne droite, notamment l’accouchement et les premiers mois de maternité, sa réponse s’est voulue pragmatique.
« Je m’adapterai. À la santé du bébé et à la mienne. Il y a des priorités. Même pendant une campagne présidentielle. »
Elle n’a pas fixé de dates précises pour sa pause maternité, mais affirme qu’une équipe solide assumera ses fonctions entre-temps afin d’assurer la continuité pendant qu’elle se consacrera à sa santé et à sa famille.
Cette position trouve un écho auprès de nombreux électeurs, notamment des femmes qui ont suivi des traitements contre l’infertilité ou qui doivent concilier carrière et maternité. Sur le terrain, elle affirme que les réactions sont positives, certaines personnes la remerciant et partageant avec elle leur propre expérience de la FIV. Dans ce sens, sa présence physique sur le terrain de campagne devient un argument vivant en faveur d’un changement politique.
Transformer une épreuve privée en politique publique
La grossesse de Tondelier ne peut pas être considérée comme une simple note biographique, mais plutôt comme un programme politique. Dans sa campagne, la candidate a lié ses ambitions présidentielles à l’élargissement de l’accès aux services de reproduction et de fertilité en France. La santé des femmes et, en particulier, la santé reproductive sont devenues des axes majeurs du programme de la candidate, qui les présente comme des questions de justice sociale et d’égalité.
La candidate appelle à lutter contre l’infertilité et à apporter un soutien psychologique, médical et financier aux couples qui y sont confrontés. Tondelier défend un accès plus large aux services de PMA et de DPI-A, qui restent partiellement limités en France et auxquels elle-même a dû avoir recours à l’étranger. Les revendications de Tondelier concernant les droits reproductifs et l’éducation sexuelle ont été intégrées au programme d’EELV, avec d’autres revendications féministes, comme un meilleur accès à l’éducation sexuelle et à la contraception ainsi que la réduction de la « pénalité liée à la maternité » dans le monde du travail.
Positionnement politique et situation des écologistes
Tondelier a été désignée candidate du parti écologiste en décembre 2025, une décision qu’elle considère comme un défi et une obligation. Elle se définit comme une candidate de l’écologie et de l’unité, cherchant à rassembler la gauche afin de proposer une alternative au parti centriste et à l’extrême droite. Des négociations avec tous les partis de gauche doivent être menées huit mois avant l’élection afin de trouver des points de vue communs ou d’éviter une dispersion des voix. Toutefois, les tentatives de parvenir à un accord avec le Parti socialiste sur une candidature commune aux primaires n’ont pas abouti, et les écologistes poursuivent donc leur chemin séparément. Le parti écologiste a toujours occupé une position difficile en raison de conflits internes et de revers électoraux, ce qui se reflète dans les faibles intentions de vote en faveur de Tondelier, qui restent inférieures à 10%. Pour les prochaines élections, il est très probable qu’en 2027 le choix se fasse entre l’extrême droite et un parti centriste ou de droite, puisque la coalition de gauche pourrait même ne pas présenter un candidat unique.
Un symbole pour les femmes en politique et au-delà
La candidature de Tondelier intervient dans un contexte de tendance mondiale à la normalisation des questions de fertilité et de maternité en politique. Jacinda Ardern, en Nouvelle-Zélande, est devenue en 2018 l’une des rares cheffes de gouvernement à avoir accouché pendant son mandat, tandis que des personnalités comme Alexandria Ocasio-Cortez, aux États-Unis, ont parlé publiquement de la congélation d’ovocytes et des difficultés liées à la conciliation entre carrière et vie familiale. En France, la grossesse de Tondelier introduit ces débats dans la plus haute arène électorale.
Sa visibilité remet en cause les idées persistantes selon lesquelles la maternité et une ambition politique de haut niveau seraient incompatibles. Elle met également en évidence les lacunes structurelles qui contraignent les femmes à choisir entre carrière et famille ou à chercher des soins médicaux à l’étranger. En refusant de cacher sa situation, elle oblige les partis, les médias et les électeurs à se confronter à des questions qu’ils pourraient autrement éviter : comment les campagnes doivent-elles s’adapter aux candidates enceintes ? Quel soutien l’État doit-il apporter aux personnes confrontées à l’infertilité ? Comment les institutions politiques peuvent-elles devenir davantage compatibles avec la vie familiale ?
Risques, critiques et perspectives
La grossesse de Tondelier n’est pas perçue positivement par tout le monde. Certains commentateurs considèrent en effet sa grossesse comme une simple distraction par rapport aux enjeux politiques ou comme une tentative de manipuler les électeurs en faisant appel à leurs émotions. Certains se sont demandé si une femme à un stade aussi avancé de sa grossesse pouvait être en mesure de gérer une campagne à l’échelle nationale, compte tenu de la nécessité de voyager et d’être constamment présente dans les médias.
Tondelier comprend les risques, mais rejette l’idée que sa situation l’empêcherait de se présenter. Elle évoque les mesures concrètes prises par son équipe et insiste sur le fait que la priorité absolue reste sa santé et celle de son bébé. Les électeurs comprennent et soutiennent par ailleurs sa situation, considérant que son expérience rejoint la leur. La route vers 2027 s’annonce difficile, compte tenu des intentions de vote à un chiffre et de la gauche fragmentée, et Tondelier ne devrait probablement pas accéder au second tour de l’élection. Elle a néanmoins déjà accompli une chose : faire des questions d’infertilité, de reproduction et de maternité des thèmes centraux de la campagne présidentielle française pour la première fois.



