L’Iran lie la réouverture du détroit d’Hormuz à un règlement plus large avec les États‑Unis

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Iran Demands US Concessions Before Reopening Strait of Hormuz
Credit: AFP

L’Iran a clairement indiqué qu’un éventuel accord avec Oman ne rétablirait pas automatiquement une navigation normale dans le détroit d’Hormuz. Téhéran affirme que la voie maritime restera effectivement fermée tant que les États‑Unis n’accepteront pas une série de concessions politiques, militaires et économiques, transformant ainsi un différend maritime en point de négociation central d’une crise régionale plus large.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a noté que les négociations sur un accord temporaire avec Oman concernant le passage des navires étaient presque terminées, mais il a souligné que les États‑Unis n’avaient rien à voir avec cet accord bilatéral. L’accord pourrait créer de nouvelles routes pour les navires commerciaux, mais l’essentiel, pour l’Iran, est que le passage complet n’est possible qu’après la fin du blocus naval américain et des actions agressives dans la région. Cette affirmation a été faite par Mohammad Bagher Zolghadr, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien. Le porte‑parole des Gardiens de la révolution iranienne a également ajouté que le détroit ne serait ouvert que si les États‑Unis répondaient aux exigences de Téhéran.

« Le détroit ne sera pas rouvert tant que les États‑Unis ne corrigeront pas leur comportement »,

a déclaré Mohammad Bagher Zolghadr.

Ces déclarations ont nettement réduit les attentes d’un retour immédiat à une navigation normale. Même si l’Iran et Oman signent l’arrangement proposé, les navires pourraient initialement transiter par des couloirs restreints et politiquement supervisés, plutôt que par le système de trafic international sans restriction qui existait avant le conflit.fortune+2

Ce que l’Iran veut de Washington

Mais les revendications iraniennes vont bien au‑delà de cette question. Les responsables iraniens ont exigé la cessation des menaces américaines contre leur pays, la fin du blocus naval de leurs ports, le versement de réparations pour tous les dommages causés par les actions militaires américaines, et l’annulation des sanctions économiques imposées à Téhéran. L’Iran exige également que Washington dégèle ses actifs iraniens à l’étranger et retire les forces militaires américaines des territoires adjacents à l’Iran. En outre, l’Iran demande que les États‑Unis honorent les engagements pris dans un mémorandum d’entente signé en juin, qu’il affirme n’avoir pas été respectés par l’Amérique.

Ces revendications montrent comment l’Iran a tenté de tirer parti de sa position concernant le contrôle d’un goulot d’étranglement énergétique mondial. Téhéran considère ce blocus, ces sanctions et la présence militaire américaine dans sa région comme faisant partie d’une stratégie plus large des États‑Unis visant à affaiblir la République islamique. Mais les États‑Unis considèrent la réouverture d’Hormuz comme une condition préalable absolue pour garantir la navigation.

Les responsables iraniens ont à plusieurs reprises rejeté l’idée que leur pays devrait faire des concessions unilatérales. Araghchi a déclaré qu’il n’y avait aucune perspective de redémarrer des négociations plus larges tant que les États‑Unis continueraient à violer la compréhension de juin. Dans le même temps, des communications entre Téhéran et Washington se seraient poursuivies par l’intermédiaire d’intermédiaires.

Cette diplomatie indirecte suggère que les deux parties considèrent toujours un résultat négocié comme possible, même si leurs positions publiques restent très éloignées

La voie maritime temporaire proposée entre l’Iran et Oman

L’Iran et Oman, situés de part et d’autre du détroit d’Hormuz, discutent d’une route temporaire destinée à permettre à certains navires commerciaux de traverser la voie maritime. Le vice‑ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a déclaré que l’arrangement pourrait durer entre deux et quatre mois, une part substantielle du trafic passant par les eaux territoriales iraniennes.

Selon la proposition rapportée, les navires entrants utiliseraient une route proche de l’Iran, tandis que les navires sortants suivraient une route près d’Oman. L’Iran conserverait un rôle important dans la surveillance des navires entrant dans le golfe Persique, tandis qu’Oman superviserait la route de sortie après avoir reçu une notification de Téhéran.

Une source iranienne de haut niveau a décrit le principe en discussion comme un contrôle iranien sur le trafic entrant et une visibilité sur le trafic sortant, y compris la capacité d’intervenir si nécessaire. « C’est l’idée générale actuellement discutée », a indiqué la source iranienne.

L’arrangement serait apparemment exempt de péages pendant la période temporaire. Ce point est important car l’Iran avait précédemment suggéré que les navires pourraient éventuellement être soumis à un péage de passage ou à des frais de service après l’expiration d’une période de négociation de 60 jours.

Les États‑Unis ont objecté à tout système donnant à l’Iran un contrôle effectif sur le transport maritime international. Washington veut que les navires circulent sans autorisation iranienne, sans péages iraniens ni restrictions politiquement sélectives. Ce désaccord sur la gestion du trafic pourrait s’avérer aussi difficile à résoudre que le différend plus large sur les sanctions et les forces militaires.

Une ouverture limitée, pas une réouverture totale

L’Iran a tenu à distinguer un couloir maritime temporaire d’une réouverture complète du détroit. Gharibabadi a ajouté que même un accord avec Oman n’impliquait pas nécessairement une réouverture du détroit. Une telle démarche donne à Téhéran la possibilité d’accorder certaines concessions aux navires internationaux sans renoncer à son principal outil de négociation vis‑à‑vis de l’administration américaine.

Dans le même temps, cette approche pose des problèmes pratiques de mise en œuvre. Par exemple, les entreprises devront être informées du type de navires pouvant utiliser la route et de la question de savoir si les navires américains et israéliens se verront refuser l’accès au couloir. En outre, la question de la protection doit être clarifiée, notamment celle de savoir si les assureurs contre les risques de guerre couvriront les navires. Une simple déclaration politique ne suffira pas à ramener le trafic à des niveaux normaux.

Pourquoi le détroit est stratégiquement vital

Le détroit d’Hormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie. Son étroit passage maritime achemine les exportations énergétiques de l’Iran, de l’Irak, du Koweït, de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis vers les marchés internationaux.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 20 millions de barils de pétrole ont transité quotidiennement par le détroit en 2025, ce qui représente environ 25% du commerce maritime mondial de pétrole. En outre, le détroit a transporté près d’un cinquième des expéditions mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui le rend très important pour la production d’électricité et l’industrie, ainsi que pour l’Asie, où la majeure partie de ce GNL sera utilisée.

Selon les chiffres de l’Administration américaine d’information sur l’énergie, le volume transitant par Hormuz représentait plus d’un quart du commerce maritime mondial de pétrole et un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers. La majeure partie du pétrole exporté transite par le détroit et sera utilisée en Asie, des pays comme la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud figurant parmi ses destinations ; ainsi, une perturbation du mouvement du pétrole aurait un impact bien plus important sur les raffineries et les marchés de l’électricité de ces pays, ainsi que sur les transports, que sur les pays occidentaux. Certaines routes alternatives pour transporter le pétrole via l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis peuvent éviter certaines parties de la route maritime, mais leur capacité totale ne suffit pas à couvrir le trafic normal d’Hormuz.

La navigation est presque à l’arrêt

Le conflit a déjà poussé le transport maritime commercial presque à l’arrêt. L’Organisation maritime internationale a signalé qu’environ 6 000 marins étaient bloqués à bord de centaines de navires lors de l’escalade de juillet. Elle a également indiqué que 136 navires et environ 2 900 marins avaient été évacués.

Seul un petit nombre de navires aurait continué à transiter par le détroit chaque jour. Les flux de pétrole estimés sont tombés à environ 3–5 millions de barils par jour, contre des flux normaux proches de 20 millions de barils par jour.

La perturbation a affecté les expéditions de pétrole brut, de produits pétroliers et de GNL. Elle a également fait augmenter les primes d’assurance pour les navires entrant dans la région et contraint certains opérateurs à retarder des voyages ou à chercher des itinéraires alternatifs. Un navire qui reste à l’extérieur du détroit peut subir des pertes financières importantes, mais entrer dans la voie maritime expose les propriétaires et les équipages à des risques militaires et juridiques.

Les marchés ont réagi positivement chaque fois que les négociateurs semblaient proches d’un accord, mais ces gains ont été fragiles. Les prix du pétrole ont de nouveau grimpé lorsque Téhéran a insisté sur le fait que le détroit ne serait pas rouvert sans concessions américaines. Des rapports du 10 août indiquaient que l’incertitude sur les négociations continuait d’influencer les prix du brut.

Washington face à un calcul difficile

Pour l’administration Trump, accepter les demandes iraniennes pourrait signifier récompenser l’exploitation d’un point de passage stratégique. Cela pourrait également affecter la crédibilité des sanctions américaines et des garanties de sécurité régionales. Refuser les demandes aurait des répercussions économiques et militaires importantes, le blocage continu du détroit faisant augmenter le prix du pétrole et du GNL, affectant l’approvisionnement énergétique de l’Asie et mettant sous pression les partenaires du Golfe.

Les États‑Unis doivent donc décider s’ils acceptent une réouverture partielle et politiquement contrôlée ou s’ils continuent à exercer une pression dans l’espoir que l’Iran abandonne à un moment donné sa demande de contrôle. Aucune des deux options n’offre de solutions faciles. L’Iran est également vulnérable. Le blocage d’Hormuz nuit aux concurrents du Golfe, mais il limite les ventes de pétrole de l’Iran et augmente les risques d’escalade militaire. Plus le détroit est bloqué, plus il est probable que les pays du Golfe, les armateurs et les principaux acheteurs asiatiques conviennent de prendre des mesures contre l’Iran.

Le différend sur Gaza accentue l’incertitude régionale

La crise d’Hormuz se déroule parallèlement à une confrontation distincte concernant Gaza. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a rejeté le plan de paix en 15 points pour Gaza du président américain Donald Trump et a déclaré qu’Israël ne retirerait pas ses forces tant que le Hamas ne serait pas complètement désarmé.

Le plan envisagerait apparemment la création d’un Conseil de la paix pour superviser la mise en œuvre, le désarmement du Hamas, un retrait israélien et un cadre international pour la reconstruction de Gaza. Israël a objecté au calendrier de retrait proposé et insiste sur le fait que le désarmement doit être réel et non symbolique.

« Les forces israéliennes ne se retireront pas tant que le Hamas ne sera pas réellement désarmé »,

a déclaré Benjamin Netanyahu.

Le désaccord met en lumière un problème plus large de la diplomatie américaine : Washington tente de gérer plusieurs crises simultanément, mais ses partenaires régionaux n’acceptent pas nécessairement la même séquence de concessions. Israël veut des garanties de sécurité et le retrait de l’infrastructure militaire du Hamas, tandis que le Hamas a résisté à la reddition de ses armes sans un retrait israélien clair et un règlement politique.

L’incapacité à combler cet écart pourrait accroître la pression sur d’autres fronts, notamment le Liban, le Yémen et l’Irak.

Les attaques des Houthis augmentent les risques énergétiques

Le mouvement houthi au Yémen a revendiqué une attaque contre une installation pétrolière dans le sud‑ouest de l’Arabie saoudite. Ce groupe, allié de l’Iran, a mené des attaques contre des intérêts maritimes dans le Golfe et contre des navires saoudiens et israéliens ou alliés d’Israël auparavant. L’attaque s’est produite dans un contexte d’actions militaires des forces yéménites contre les Houthis. L’ONU a indiqué que tout nouveau combat compliquerait la situation, car le conflit s’étendrait à une autre zone liée à la mer Rouge, au trafic du Golfe et au conflit Iran‑États‑Unis.

Les Émirats arabes unis ont également déclaré que l’un de leurs navires avait été attaqué par un missile iranien dans ou près d’Hormuz. ADNOC a confirmé que plus d’une douzaine de ses navires avaient été attaqués par des missiles ou des drones depuis février, lorsque la guerre entre l’alliance États‑Unis‑Israël et l’Iran a commencé, tuant un membre d’équipage et en blessant 20 autres.

La Turquie fait avancer une initiative de paix kurde

Le parlement turc a déployé des efforts pour lancer un nouveau processus de paix avec les militants kurdes. La législation, adoptée par une commission parlementaire, comprend une disposition de type amnistie pour des milliers de combattants, estimés à environ 4 000 membres du PKK, à condition qu’ils n’aient pas commis de violences. Elle sera conditionnée à l’abandon par le PKK de son organisation armée et de ses armes. Les crimes impliquant une intention de meurtre et la réclusion à perpétuité seront exclus de la protection de cette initiative. Cet effort pourrait aider à mettre fin au conflit de longue date, mais il dépend de nombreux autres facteurs

La portée plus large

Le problème du détroit d’Hormuz ne se limite plus à une simple controverse maritime. Il fait désormais partie du destin global des relations États‑Unis‑Iran, de l’imposition de sanctions, du déploiement de troupes américaines, de la sécurité de la région du Golfe, du conflit israélien à Gaza, et même des actions de groupes soutenus par l’Iran. Un arrangement de couloir irano‑omanais pourrait alléger les pressions actuelles sur les marchés énergétiques, mais il pourrait également institutionnaliser le contrôle iranien sur une partie du canal. Un tel arrangement serait très délicat, sujet à tout nouvel incident militaire, à toute menace de sanctions et à tout désaccord sur l’accès des navires.

La suite constituera un moment décisif pour voir si l’Iran et les États‑Unis pourraient dissocier leurs arrangements maritimes de leur querelle politique globale. Si ce n’est pas le cas, le détroit ne deviendra que partiellement navigable.

Pour l’instant, le message de l’Iran est cohérent : Hormuz ne reviendra pas à la normale simplement parce qu’Oman et l’Iran s’accordent sur des voies de navigation. Téhéran veut que la réouverture de la voie maritime soit le prix que Washington paiera pour un règlement plus large. Washington, quant à lui, semble peu disposé à accorder à l’Iran l’autorité ou les concessions qui rendraient un tel règlement possible.

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