RSGT et CMA CGM signent un accord de 434 millions de dollars pour agrandir le port de Djeddah

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RSGT et CMA CGM signent un accord de 434 millions de dollars pour agrandir le port de Djeddah
Credit: REUTERS

La société saoudienne Red Sea Gateway Terminal (RSGT) et le groupe français CMA CGM ont signé des accords définitifs pour développer et exploiter conjointement le terminal 4 du port islamique de Djeddah, marquant un investissement majeur dans les infrastructures maritimes et logistiques du Royaume. Le projet implique un investissement initial d’environ 434 millions de dollars, soit 1,6 milliard de SAR, et devrait ajouter jusqu’à 2,6 millions d’équivalents vingt pieds (EVP) de capacité annuelle de traitement des conteneurs. Ce développement est mené en collaboration avec l’Autorité portuaire saoudienne, connue sous le nom de Mawani, et s’inscrira dans le cadre de la concession existante de RSGT sur le port.

Cet accord a été rendu public le 25 août 2026 après sa signature à Paris en marge de la table ronde d’investissement franco-saoudienne. Cette cérémonie a réuni le prince héritier et Premier ministre saoudien, Mohammed ben Salmane, et le président français, Emmanuel Macron, conférant ainsi à l’accord une portée politique et économique renforcée. Bien qu’il s’agisse d’un projet à vocation commerciale, son importance dépasse largement le seul secteur du transport maritime. Il apporte un soutien direct à l’initiative saoudienne Vision 2030, à la Stratégie nationale pour les transports et la logistique, ainsi qu’à la volonté du Royaume d’Arabie saoudite de se positionner parmi les principaux pôles mondiaux du commerce et de la logistique. Le port islamique de Djeddah bénéficie d’une position privilégiée sur la mer Rouge et contribue à relier le pays aux routes maritimes reliant l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

Les réalisations prévues du projet de 434 millions de dollars

Le terminal proposé ajoutera jusqu’à 2,6 millions d’EVP de capacité annuelle. L’EVP est l’unité de mesure standard de l’industrie pour le trafic de conteneurs et représente le volume d’un conteneur de vingt pieds. Le projet comprendra de nouveaux postes d’amarrage en eau profonde conçus pour accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde. Il intégrera également 10 nouveaux portiques de quai (ship-to-shore), des technologies de terminal avancées ainsi que des infrastructures visant à améliorer la productivité, l’efficacité opérationnelle et la fiabilité des services.

Ce développement devrait fluidifier le traitement des importations et exportations saoudiennes tout en consolidant la capacité de Djeddah à attirer les grandes lignes maritimes internationales. Les navires de plus grande taille nécessitent généralement des postes à quai plus profonds, des grues plus puissantes et des systèmes d’exploitation capables de traiter rapidement d’importants volumes de conteneurs.

En offrant de telles installations, le terminal 4 pourrait aider le port islamique de Djeddah à concurrencer plus efficacement les autres grands ports du Golfe, de la mer Rouge et du bassin méditerranéen élargi. Sa valeur dépendra non seulement de l’infrastructure physique du terminal, mais aussi du choix des compagnies maritimes d’acheminer davantage de lignes régulières et de volumes de transbordement via Djeddah. Les partenaires du projet affirment que le nouveau terminal renforcera l’efficacité et la résilience des chaînes d’approvisionnement saoudiennes. Cela pourrait s’avérer particulièrement crucial pour un pays cherchant à développer son industrie manufacturière, son commerce, la distribution, ses importations agroalimentaires, sa production industrielle et ses exportations hors hydrocarbures.

Un partenariat entre savoir-faire local et envergure mondiale

Ce partenariat combine l’expertise d’exploitation de terminaux saoudiens de RSGT et le réseau mondial de transport maritime et de logistique de CMA CGM. RSGT exploite actuellement le terminal du port islamique de Djeddah et s’est forgé une solide expérience dans la gestion des opérations de conteneurs au sein du Royaume. CMA CGM est un groupe international de premier plan présent dans le transport maritime, les services logistiques terrestres et aériens, ainsi que l’exploitation portuaire. CMA CGM détient des participations dans 64 terminaux portuaires à travers le monde. Pour CMA CGM, l’exploitation de terminaux est devenue une composante essentielle de sa stratégie d’entreprise ces dernières années. Cela s’explique par le fait que CMA CGM considère désormais les ports de manière plus stratégique que de simples points de collecte et de livraison de marchandises pour sa flotte. Cette orientation ressort nettement des déclarations du président-directeur général de CMA CGM, Rodolphe Saadé.

Selon lui, « alors que l’environnement du commerce mondial évolue et que les infrastructures doivent croître et se moderniser, les terminaux deviennent de plus en plus des actifs stratégiques, essentiels pour sécuriser nos opérations, renforcer les grands corridors commerciaux et offrir une plus grande fiabilité à nos clients ». M. Saadé a également souligné :

« Nous franchissons une étape absolument majeure à Djeddah avec la création d’une installation de pointe capable de traiter les plus grands porte-conteneurs au monde. »

Il a précisé que cet investissement témoignait de l’engagement de l’entreprise envers le marché saoudien et sa vision de devenir un hub commercial et logistique mondial. De cette analyse, il ressort que le partenariat comporte deux dimensions : d’un côté, RSGT apporte un savoir-faire local, des opérations bien établies et un ancrage sur le marché saoudien ; de l’autre, CMA CGM apporte ses réseaux internationaux de fret, son expertise maritime, ses capitaux ainsi que ses compétences dans le développement et l’exploitation de terminaux.

L’importance stratégique de Djeddah pour le commerce mondial

Le port islamique de Djeddah constitue la principale porte d’entrée maritime de l’Arabie saoudite sur la mer Rouge et l’une des infrastructures portuaires les plus importantes du Royaume. Son emplacement lui permet de desservir les grands centres de population et les marchés industriels saoudiens tout en soutenant le transbordement régional. Le port est idéalement situé à proximité de l’artère maritime reliant l’océan Indien au canal de Suez et à la mer Méditerranée. Ce positionnement géographique confère à Djeddah un rôle potentiel majeur dans les échanges entre les centres industriels asiatiques, les marchés européens et les économies africaines.

Le terminal 4 est conçu pour tirer parti de cette situation géographique. Les postes à quai en eau profonde permettront aux très grands navires d’effectuer des escales directes à Djeddah, tandis qu’une capacité accrue permettra au port de réceptionner, traiter et redistribuer davantage de conteneurs.

Les partenaires estiment que le projet facilitera l’attraction et la fidélisation des grandes lignes maritimes régulières, dynamisera les flux de fret et améliorera la connectivité des entreprises saoudiennes avec les marchés internationaux. Il pourrait également réduire les goulets d’étranglement logistiques au fur et à mesure de l’expansion économique du Royaume. Cependant, la situation géographique ne garantit pas à elle seule la réussite commerciale. Les routes maritimes demeurent tributaires des taux de fret, de la disponibilité de la flotte, de la productivité portuaire, de la congestion, des conditions de sécurité, des coûts de carburant, des primes d’assurance, des procédures douanières et de la fiabilité des liaisons terrestres vers l’intérieur du pays.

Le projet devra garantir une exploitation performante et proposer des tarifs compétitifs s’il veut transformer sa capacité physique en une croissance pérenne de ses volumes de fret.

Vision 2030 et diversification économique

Les autorités saoudiennes investissent des milliards de dollars dans les ports, les aéroports, les réseaux ferroviaires, les routes et les zones logistiques afin de diversifier leurs sources de revenus au-delà du pétrole et du gaz. La logistique représente l’un des secteurs de croissance phares du programme saoudien Vision 2030. Le Royaume entend exploiter sa position stratégique au carrefour de trois continents pour intensifier son commerce extérieur, son industrie nationale et générer de nouveaux flux de revenus non liés aux hydrocarbures. L’accord portant sur la construction du terminal 4 s’inscrit pleinement dans cette feuille de route politique. Un terminal à conteneurs moderne permet de développer un écosystème complet regroupant entrepôts, centres de distribution, transitaires, agences en douane, transporteurs routiers, parcs industriels et réseaux de commerce électronique. Selon le président de Mawani, Suliman ben Khalid Al-Mazrou, cet accord atteste de l’attractivité de l’Arabie saoudite en tant que destination pour les investissements maritimes ainsi que de l’intérêt croissant des investisseurs étrangers pour l’écosystème portuaire du pays.

Il a relié le projet à la modernisation des infrastructures, au renforcement de la compétitivité et à la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour les transports et la logistique conformément à Vision 2030. Cette position gouvernementale est révélatrice, dans la mesure où le projet n’est pas présenté comme un simple investissement privé isolé, mais comme un maillon d’un programme national visant à faire des infrastructures de transport un moteur de transformation économique. Un autre objectif du gouvernement saoudien réside dans l’accroissement de la participation du secteur privé aux projets d’infrastructures stratégiques. La coentreprise RSGT-CMA CGM offre un modèle probant de coopération entre un opérateur local, un groupe logistique mondial et l’autorité portuaire étatique pour étendre les capacités nationales.

L’expansion attendue de RSGT

Le projet du terminal 4 devrait porter la capacité annuelle globale de RSGT au port islamique de Djeddah à environ 8,8 millions d’EVP une fois le programme d’extension achevé. Cela consoliderait sensiblement la position de RSGT en tant qu’opérateur de terminaux de référence dans la région de la mer Rouge. Cela renforcerait également le rôle central de Djeddah au sein du réseau portuaire saoudien. Cette hausse de capacité est conçue pour anticiper la croissance future plutôt que pour répondre uniquement à la demande actuelle. La population, la consommation des ménages, le développement industriel et les besoins commerciaux de l’Arabie saoudite devraient progresser au rythme du déploiement des projets de diversification du Royaume. Les partenaires décrivent ainsi le terminal comme une « capacité d’avenir » pour le pays, ce qui signifie que l’installation est conçue dans l’anticipation d’une augmentation progressive des volumes de fret et d’une évolution constante des flux maritimes.

Le président exécutif de RSGT, Aamer Abdullah Alireza, a qualifié l’accord d’étape décisive pour l’entreprise et pour l’ensemble du secteur maritime saoudien. Il a déclaré :

« Ce partenariat constitue une étape décisive tant pour RSGT que pour le secteur maritime de l’Arabie saoudite. Il illustre la capacité du Royaume à attirer des investisseurs internationaux de premier rang et témoigne d’une confiance croissante envers l’avenir économique de l’Arabie saoudite, ses ambitions logistiques et sa position stratégique au cœur du commerce mondial. »

M. Alireza a ajouté que les partenaires investissaient dans des infrastructures génératrices de valeur à long terme, capables de renforcer la compétitivité nationale et de soutenir la transformation de l’Arabie saoudite en un pôle logistique de premier ordre. Le directeur général du groupe RSGT, Lars Vang Christensen, a indiqué que cette signature marquait un cap majeur dans le développement conjoint de RSGT et du port islamique de Djeddah :

« Grâce à notre partenariat à venir avec CMA CGM, et avec l’appui continu du ministère des Transports et des Services logistiques et de Mawani, nous concrétisons un projet qui va accroître significativement notre capacité de conteneurs, renforcer la compétitivité de RSGT et générer une valeur durable pour le Royaume. »

La stratégie d’investissement élargie de CMA CGM

Cet accord intervient alors que CMA CGM poursuit sa stratégie d’expansion au-delà du seul transport maritime traditionnel.

Les résultats financiers du groupe pour le deuxième trimestre 2026 ont fait ressortir un chiffre d’affaires de 15,7 milliards de dollars, en progression de 19,2% par rapport à la même période en 2025. De plus, son EBITDA a atteint 3 milliards de dollars, enregistrant une croissance de 31% sur un an. Le groupe a fait état de volumes maritimes transportés de 6,3 millions d’EVP, soit une hausse de 6%. Parallèlement, le chiffre d’affaires de l’activité maritime s’est élevé à 10 milliards de dollars, en hausse de 22%. CMA CGM a souligné l’impact des instabilités géopolitiques au Moyen-Orient sur ses performances, de même que les incertitudes entourant les politiques commerciales et les droits de douane. Il convient de noter que le groupe maintient sa trajectoire de croissance dans les activités logistiques et les terminaux portuaires. Ces chiffres fournissent un éclairage contextuel précieux sur le projet de Djeddah.

L’entreprise investit dans les infrastructures à un moment où les transporteurs maritimes font face à des perturbations sur les grands axes de transit et cherchent à acquérir une meilleure maîtrise de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Cet engagement dans les terminaux aide les groupes maritimes à améliorer le respect des plannings, à garantir les capacités de manutention et à coordonner leurs dessertes avec la logistique terrestre. Il facilite également le maintien de relations étroites avec les gouvernements et les grands bassins de fret. M. Saadé a réaffirmé que la stratégie du groupe demeure axée sur la croissance au sein des marchés stratégiques et l’investissement dans des actifs clés.

Sécurité et incertitudes régionales

Cet investissement est annoncé dans un contexte géopolitique complexe. Les tensions et les conflits au Moyen-Orient ont perturbé les routes maritimes, alourdi les coûts d’assurance et contraint les compagnies maritimes à réorganiser leurs réseaux et à mettre en place des corridors multimodaux alternatifs. Le rapport financier du deuxième trimestre de CMA CGM a mentionné que les tensions géopolitiques avaient engendré des coûts supplémentaires, notamment la hausse des primes d’assurance, l’immobilisation de certains navires et la baisse des volumes sur les lignes desservant la zone. Le groupe a précisé avoir adapté son réseau et son organisation opérationnelle pour garantir la continuité des chaînes logistiques. Reuters a rapporté que l’investissement à Djeddah intervenait dans un climat d’incertitude quant à l’accès au commerce au Moyen-Orient lié aux tensions entre les États-Unis et l’Iran. Si la situation de Djeddah sur la mer Rouge lui confère un rôle stratégique évident, l’instabilité régionale pourrait également peser sur les arbitrages des armateurs, les escales des navires et les coûts d’exploitation sur les voies maritimes environnantes.

Cette situation crée à la fois une opportunité et un facteur de risque pour le projet. Les perturbations observées ailleurs peuvent inciter les entreprises à diversifier leurs itinéraires et à s’appuyer sur des hubs régionaux performants. Parallèlement, les risques sécuritaires peuvent comprimer le trafic, renchérir les charges d’exploitation et retarder le retour sur investissement.

La rentabilité à long terme du terminal sera donc en partie conditionnée par la stabilité régionale. Une infrastructure moderne permet d’améliorer la productivité opérationnelle, mais elle ne saurait annuler les risques inhérents aux conflits, aux menaces maritimes, aux fermetures de voies de passage ou aux réorganisations brutales des schémas de navigation.

Calendrier d’investissement et structure financière

Les deux entreprises avaient initialement fait part de leur intention de former une coentreprise pour le terminal 4 en octobre 2025. La proposition préliminaire tablait sur un investissement d’environ 1,7 milliard de SAR, soit 450 millions de dollars, pour une capacité de 2,6 millions d’EVP. Dans le cadre de l’accord actuel, l’engagement initial a été ajusté à 1,6 milliard de SAR, soit 434 millions de dollars, tout en conservant l’objectif capacitaire initial. Cet écart s’explique par l’affinage des estimations financières préliminaires pour aboutir au montage d’investissement définitif. L’accord prévoit l’intégration du projet au sein de la concession actuelle de RSGT au port islamique de Djeddah, en collaboration étroite avec Mawani. J.P. Morgan a agi en qualité de conseiller financier sur cette opération.

Ces accords définitifs franchissent un palier supplémentaire par rapport au stade antérieur de protocole d’accord ou de lettre d’intention. Ils posent un cadre solide pour la mise en œuvre du projet, même si les détails concernant le calendrier de construction, la date de mise en service, la répartition du capital et les prévisions d’embauches n’ont pas été divulgués dans les déclarations publiques. Ces données restent déterminantes pour évaluer précisément les retombées économiques du programme. Le montant de l’investissement initial ne reflète pas obligatoirement le coût global du projet sur l’ensemble de son cycle de vie, des dépenses complémentaires pouvant intervenir aux phases ultérieures de développement.

Le test économique global

L’accord constitue un signal fort de confiance envers les ambitions logistiques de l’Arabie saoudite, mais son succès final se mesurera à ses performances opérationnelles plutôt qu’au seul montant des capitaux engagés.

Le terminal devra attirer le fret, offrir une productivité élevée et s’interconnecter parfaitement avec les réseaux de transport terrestre. Il lui faudra également préserver une politique tarifaire attractive ainsi que des délais de rotation fiables pour les armateurs et les chargeurs.

L’objectif de 2,6 millions d’EVP est conséquent. Pour saturer efficacement cette capacité, l’Arabie saoudite aura besoin d’une croissance soutenue de ses flux d’importation et d’exportation, d’une hausse de sa production industrielle, d’un renforcement de ses activités de réexportation et d’une meilleure intégration entre les ports et les zones économiques de l’intérieur du pays.

Le projet pourrait également générer des bénéfices indirects en incitant les prestataires logistiques, les industriels et les distributeurs à s’implanter aux abords de Djeddah. Dans cette hypothèse, le terminal s’intégrerait dans un grand corridor d’échanges au lieu de fonctionner comme un simple équipement portuaire isolé. Pour l’Arabie saoudite, l’objectif stratégique est limpide : bâtir des infrastructures capables de transformer le positionnement géographique du Royaume en levier d’influence économique. Pour CMA CGM, l’ambition consiste à verrouiller un positionnement renforcé sur un marché maritime majeur et à imbriquer l’exploitation de terminaux dans son réseau mondial de transport et de logistique.