L’Iran interdit le retour de deux employés de l’ambassade de France sur fond d’escalade diplomatique

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L’Iran interdit le retour de deux employés de l’ambassade de France sur fond d’escalade diplomatique
Credit: REUTERS

L’Iran a interdit à deux employés de l’ambassade de France impliqués dans une confrontation diplomatique à Téhéran de revenir dans le pays, aggravant ainsi un différend déjà sérieux entre les deux gouvernements. La décision, annoncée lundi par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, fait suite à la détention des employés par des agents de sécurité iraniens le mois dernier et à des accusations concurrentes concernant la conduite diplomatique, l’ingérence dans les affaires intérieures et les violations de la Convention de Vienne.

Cet acte ne signifie pas une rupture des relations diplomatiques, mais il marque certainement le début d’une très mauvaise relation entre Téhéran et Paris. En interdisant l’entrée des deux personnes en Iran, Téhéran fait en réalité comprendre qu’elles ne sont pas aptes à exercer des fonctions diplomatiques dans le pays. De son côté, la France considère l’incident comme un acte d’intimidation contraire au droit international. Cette querelle révèle le fossé grandissant entre les deux nations concernant l’exercice des fonctions diplomatiques en Iran. Alors que Téhéran estime que les diplomates ne peuvent pas détourner leur immunité diplomatique en Iran, Paris considère que son personnel diplomatique agissait dans le cadre du mandat de l’ambassade.

L’Iran interdit le retour d’employés de l’ambassade de France

Annonçant la décision lundi, Baghaei a déclaré que les deux employés français ne seraient pas autorisés à revenir en Iran parce qu’ils avaient violé la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Il les a accusés d’avoir participé à des activités liées au soutien de la société civile iranienne et a laissé entendre qu’une telle conduite dépassait les limites acceptées du travail diplomatique.

« Ils ne seront pas autorisés à revenir en Iran »,

a déclaré Baghaei, selon des comptes rendus de ses propos. Il a également affirmé que les activités des employés constituaient une ingérence dans les affaires intérieures iraniennes et étaient incompatibles avec les obligations imposées aux diplomates par la Convention de Vienne.

L’Iran n’a pas révélé l’identité des deux membres du personnel concernés. Il n’a pas non plus fourni de détails sur la nature de leurs contacts qui, selon la République islamique, auraient enfreint les dispositions de la Convention. Ces éléments seront probablement au cœur des négociations qui vont désormais s’ouvrir, puisque le gouvernement français rejette l’interprétation iranienne concernant le travail de ses employés. La décision a été prise après que les deux membres du personnel eurent déjà quitté le territoire iranien. Ainsi, cette mesure du gouvernement iranien constitue une mesure préventive plutôt qu’une expulsion. Néanmoins, dans la pratique, elle ressemble à une déclaration selon laquelle ces deux individus ne sont pas acceptables dans le pays d’accueil. En vertu de l’article 9 de la Convention de Vienne, le pays d’accueil peut informer l’État d’envoi que l’agent diplomatique est persona non grata. Il peut également informer l’État d’envoi qu’un autre membre de la mission n’est pas acceptable. Il n’est pas tenu de fournir d’explication.

La détention de juillet à Téhéran

Toute cette affaire a commencé avec un incident survenu à Téhéran le mois dernier. Selon les informations communiquées par le gouvernement français, deux employés de l’ambassade de France ont été arrêtés par des agents de sécurité iraniens après une réunion avec des personnes impliquées dans le travail de l’ambassade. La France a affirmé que les employés avaient présenté leurs passeports diplomatiques après s’être identifiés, mais qu’ils n’avaient pas été libérés après avoir été interrogés pendant plus de quatre heures. La France a également allégué que les téléphones personnels des employés leur avaient été confisqués et qu’ils n’avaient pas été autorisés à contacter l’ambassade.

Il a en outre été allégué que les employés français avaient été victimes de violences physiques pendant leur détention. La France a qualifié l’ensemble de l’affaire d’extrêmement grave et délibérée. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré que les employés avaient été maintenus dans un lieu privé et traités de manière totalement inappropriée.

Barrot a décrit l’épisode comme un

« acte d’intimidation extrêmement grave ».

Des responsables français l’ont également qualifié d’incident « prémédité » et de « violation flagrante » de la Convention de Vienne et du droit international.diplomatie.

Selon la France, les employés ont été retenus pendant plus de quatre heures sans accès à leurs moyens habituels de communication. Paris a soutenu que l’incident ne constituait pas un simple contrôle de sécurité ou un interrogatoire administratif, mais une tentative délibérée d’effrayer le personnel français et de restreindre les activités de l’ambassade.

Les deux employés sont ensuite retournés en France. Des responsables français ont déclaré qu’ils étaient en sécurité et qu’ils continueraient à exercer leurs fonctions depuis l’extérieur de l’Iran. Leur départ a réduit le risque immédiat d’une nouvelle confrontation, mais il a également créé les conditions de la décision ultérieure de Téhéran de leur interdire le retour.

La version concurrente de l’Iran

L’Iran a rejeté la description de l’événement présentée par le gouvernement français. Il affirme que les employés n’ont pas été maltraités et a rejeté l’allégation selon laquelle l’un d’eux aurait été agressé par les forces de sécurité. La version iranienne repose sur l’idée que les deux individus se livraient à des activités dépassant le cadre de leurs fonctions diplomatiques. Les responsables iraniens ont notamment fait part de leurs inquiétudes concernant les tentatives étrangères de soutenir la société civile en Iran.

Les forces de sécurité du pays ont traditionnellement nourri des soupçons à l’égard de tout lien étranger avec les militants, les étudiants, les personnalités culturelles et les organisations de défense des droits. Baghaei a soutenu que les activités menées par les deux employés constituaient une ingérence dans les affaires intérieures de l’Iran. Des responsables iraniens ont également accusé la France d’utiliser des notions telles que la promotion des droits humains et la société civile pour mener des activités politiques dans le pays. Pour l’Iran, cette question ne se limite pas au fait que ces individus ont été arrêtés et interrogés en Iran. Elle concerne également la nature des activités menées et l’objectif de ces contacts avec la population iranienne.

Le ministère iranien des Affaires étrangères avait déjà convoqué l’ambassadeur de France en lien avec ce différend. Téhéran a déclaré vouloir protester contre ce qu’il a qualifié de conduite des deux employés et contre l’ingérence présumée de la France dans les affaires intérieures iraniennes. Cette convocation montre que l’Iran considère l’affaire comme un différend d’État à État plutôt que comme un incident de sécurité isolé.

Les interprétations concurrentes de la Convention de Vienne

Les deux parties invoquent la Convention de Vienne, mais chacune s’appuie sur des articles différents et sur une compréhension différente des relations diplomatiques. La position française repose principalement sur les dispositions de la Convention relatives aux privilèges diplomatiques et à la protection des communications de l’ambassade. Selon l’article 29, la personne de l’agent diplomatique est inviolable. L’agent diplomatique ne peut être arrêté ni détenu, et l’État d’accueil doit protéger sa personne contre toute atteinte à sa liberté et à sa dignité. La France peut également invoquer l’article 27, selon lequel les communications d’une mission diplomatique sont inviolables.

Ainsi, l’interception des téléphones et l’impossibilité de contacter l’ambassade constituent des éléments très importants de l’argumentation française. L’article 25 prévoit que l’État d’accueil doit accorder toutes facilités pour l’accomplissement des fonctions de la mission. L’article 26 garantit généralement la liberté de déplacement des membres d’une mission diplomatique, mais cette liberté peut être limitée dans certains cas pour des raisons de sécurité nationale. La détention pourrait donc être interprétée par Paris comme une atteinte aux garanties personnelles des employés et au fonctionnement de la mission. L’article 41 de la Convention oblige les agents diplomatiques à respecter les lois et règlements de l’État d’accueil.

La question centrale pour Téhéran est de savoir si les employés menaient des activités diplomatiques, culturelles ou consulaires légitimes, ou s’ils utilisaient leur statut officiel pour soutenir des réseaux politiques et influencer la société iranienne. La Convention ne donne automatiquement raison à aucune des deux parties dans ce différend. Tout dépend largement des faits liés aux activités des employés, du lieu et de l’objectif de leurs réunions, ainsi que de la question de savoir si ces activités étaient autorisées par la mission française.

L’article 3 de la Convention confère aux missions diplomatiques un mandat étendu. Celui-ci comprend la promotion de relations amicales et le développement de relations économiques, culturelles et scientifiques entre l’État d’envoi et l’État d’accueil. La France peut donc soutenir que les échanges avec des acteurs culturels et sociaux relèvent du travail diplomatique ordinaire.

La réponse de l’Iran est que les échanges culturels ou sociaux ne peuvent pas servir de couverture à une intervention politique. Le différend reflète un problème bien connu de la diplomatie internationale : une même réunion peut être considérée par un gouvernement comme une action de sensibilisation culturelle et par un autre comme une ingérence.

La réponse probable de la France

La France a déjà protesté diplomatiquement contre cette affaire. Elle a convoqué le chargé d’affaires iranien sur son territoire et dénoncé les attaques illégales contre des diplomates français. Le gouvernement français a déclaré que certaines conséquences seraient possibles, mais les mesures précises que la France pourrait prendre restent encore inconnues. Le gouvernement français accordera probablement une attention particulière à trois aspects de cette affaire : les violences physiques présumées contre les employés, la confiscation présumée de leurs téléphones et l’interdiction de retour au sein de l’ambassade. Si elles sont confirmées, ces accusations pourraient permettre à la France de soutenir que l’Iran n’a pas garanti aux employés les droits fondamentaux auxquels ils pouvaient prétendre.

La France cherchera à empêcher que les accusations iraniennes ne définissent l’ensemble du différend. Elle soutiendra probablement que les employés exerçaient officiellement leurs fonctions et que le refus de leur permettre de revenir en Iran constitue une réaction iranienne à la situation. La France pourrait répondre en déclarant certains diplomates iraniens persona non grata, en réduisant la taille de la mission diplomatique iranienne en France, en convoquant l’ambassadeur iranien ou en diminuant certains programmes bilatéraux.

L’Union européenne a décrit l’incident de juillet comme une

« agression contre deux diplomates français ».

Son implication laisse penser que le différend pourrait dépasser le cadre des relations bilatérales et devenir un nouveau point de tension entre l’Iran et les gouvernements européens.

Une crise plus large des relations diplomatiques

Le conflit survient dans un contexte de tensions entre l’Iran et les pays occidentaux en raison de divergences concernant la sécurité régionale, les droits humains, la liberté d’expression et l’intervention étrangère dans les affaires d’un autre pays. Dans ces conditions, même un conflit relativement limité entre deux ambassades prend une importance supplémentaire. Il est bien connu que l’Iran accuse les gouvernements occidentaux d’utiliser les activités diplomatiques, culturelles et liées aux droits humains comme moyens d’intervenir dans la politique intérieure du pays. De leur côté, les gouvernements occidentaux affirment que les contacts avec les citoyens iraniens constituent une pratique habituelle des relations internationales et ne peuvent pas être considérés comme des activités illégales. Un autre aspect important à prendre en compte dans cette affaire est que l’immunité diplomatique n’est pas toujours correctement comprise. Elle ne peut pas être utilisée par les diplomates pour agir comme s’ils n’étaient soumis à aucune loi. L’article 41 les oblige à respecter les lois de l’État d’accueil.

Néanmoins, l’État d’accueil ne peut pas détourner ces règles en qualifiant la diplomatie ordinaire d’ingérence. S’il estime que des diplomates ont violé la Convention, il peut prendre les mesures suivantes : déclarer un diplomate persona non grata ou déclarer un autre membre de la mission inacceptable. Il semble que l’Iran ait choisi cette dernière mesure.

Le risque est que cette décision encourage une action réciproque. Si la France répond en excluant des diplomates iraniens, les deux pays pourraient entrer dans un cycle de représailles au cours duquel les effectifs des ambassades, les services consulaires et les relations culturelles seraient progressivement réduits.

Les prochaines étapes

La conséquence immédiate de cette situation sera sans aucun doute l’exclusion des deux employés travaillant pour le consulat français. La France choisira probablement d’autres personnes pour les remplacer ou confiera ces fonctions à des employés travaillant depuis l’extérieur de l’Iran. Téhéran pourrait renforcer les restrictions concernant les contacts et les déplacements de ces employés. La principale question est de savoir si les deux pays parviendront à s’entendre sur la version des événements survenus en juillet dernier. Les Iraniens ont affirmé qu’aucun mauvais traitement n’avait été infligé aux deux employés, tandis que le gouvernement français accuse les services de sécurité iraniens de les avoir détenus et agressés physiquement.

Aucun des deux gouvernements ne semble disposé à renoncer à sa principale accusation. Cette affaire sera probablement abordée lors de prochaines négociations diplomatiques, notamment en ce qui concerne la nature des tâches accomplies par ces deux employés et la violation de leurs privilèges diplomatiques par les responsables iraniens. Cette querelle diplomatique pourrait rester à son niveau actuel s’il n’y a pas de nouvelles expulsions de diplomates. Elle pourrait toutefois s’aggraver très rapidement si l’une des parties formule de nouvelles accusations ou prend des mesures de représailles.

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