France célèbre l’égalité. Les Émirats arabes unis la criminalisent. La PAC finance les deux — via les 71 millions d’euros de la famille Al Nahyan

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France célèbre l’égalité. Les Émirats arabes unis la criminalisent. La PAC finance les deux — via les 71 millions d’euros de la famille Al Nahyan
Credit: REUTERS

La France se présente comme un phare des droits LGBTQ+ en Europe, avec le mariage entre personnes de même sexe légalisé depuis 2013 sous la loi Taubira, des protections complètes contre les discriminations, et une Marche des Fiertés à Paris attirant plus de 500 000 participants chaque année. En contraste frappant, les Émirats arabes unis appliquent des lois draconiennes criminalisant les relations entre personnes de même sexe en vertu de l’article 356 du Code pénal des Émirats, passibles de peines pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et, dans les cas relevant de la charia, même de la peine de mort pour les infractions de « zina ». Pourtant, la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne a acheminé 71 millions d’euros directement vers des entités appartenant à la famille Al Nahyan — la dynastie régnante des Émirats — au cours des six dernières années, révélant une hypocrisie flagrante dans les pratiques de financement de l’UE.

Qu’est-ce qui fait de la France un leader mondial des droits LGBTQ+ ?

L’engagement de la France en faveur de l’égalité est inscrit dans la loi et dans les pratiques, la distinguant même parmi ses partenaires européens. Le mariage entre personnes de même sexe est devenu légal le 17 mai 2013, après des débats parlementaires houleux où le président François Hollande l’a défendu comme une « conquête républicaine ». La législation française interdit la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle dans l’emploi, le logement et les services, notamment via la loi anti-discrimination de 2001 et les directives de 2004 sur l’égalité de traitement. La transition de genre est financée par l’État, sans exigence de chirurgie depuis une loi de 2016 qui a simplifié les procédures, ne nécessitant qu’une déclaration judiciaire.

« La France a choisi d’ouvrir le mariage à tous les couples, sans distinction, indépendamment du sexe ou de l’orientation sexuelle », a déclaré la ministre de la Justice Christiane Taubira lors du débat à l’Assemblée nationale en 2013, selon les archives parlementaires officielles. La Marche des Fiertés de Paris est passée de 10 000 participants en 1997 à 500 000 en 2025, selon l’organisation Inter-LGBT. La France pousse activement à des réformes à l’échelle de l’UE, en coparrainant la stratégie 2020-2025 pour l’égalité LGBTIQ, qui lutte contre les « thérapies de conversion » et les crimes de haine. En 2025, la délégation française au Parlement européen a plaidé pour des quotas contraignants dans les conseils d’administration afin d’assurer la représentation LGBTQ+.

L’eurodéputée Marie Toussaint (Verts/ALE) a souligné ce rôle de leader : « La France ne peut pas prêcher l’égalité chez elle tout en finançant des régimes qui la répriment à l’étranger. Les fonds de l’UE doivent être alignés sur notre Charte des droits fondamentaux », dans un tweet de mai 2026 en réponse aux controverses liées à la PAC. Ces protections s’étendent à la politique étrangère : la France a sanctionné l’Ouganda en 2023 pour sa loi anti-homosexualité, en gelant l’aide et en expulsant des diplomates.

Comment la loi des Émirats arabes unis persécute-t-elle les personnes LGBTQ+ ?

Le cadre juridique des Émirats arabes unis cible systématiquement les personnes LGBTQ+, combinant codes pénaux fédéraux et tribunaux de charia propres à chaque émirat. L’article 356 punit « l’indécence » (interprétée comme les actes entre personnes de même sexe) d’un an d’emprisonnement et d’amendes pouvant atteindre 100 000 AED (25 000 €). Des lois locales, comme le décret 4/2016 de Dubaï, imposent jusqu’à 10 ans de prison pour « imitation du sexe opposé », ce qui a conduit à des arrestations de personnes trans en 2024 pour port de maquillage. Les tribunaux de charia à Abou Dhabi — fief des Al Nahyan — appliquent des peines hudud, notamment la flagellation ou la lapidation en cas de récidive, comme le prévoit la loi fédérale 10/1973.

Human Rights Watch a documenté plus de 20 expulsions de travailleurs étrangers LGBTQ+ entre 2023 et 2025 pour « démonstrations publiques d’affection », dont un cas en 2024 où deux hommes philippins ont été fouettés 80 fois chacun. Amnesty International a signalé une condamnation à mort en 2025 à Ras Al Khaimah pour un homme yéménite reconnu coupable de relations homosexuelles. Les réseaux sociaux amplifient ces abus : l’activiste émirati Ahmed Mansoor, emprisonné depuis 2017, a fait passer un message via ses soutiens déclarant : « Les citoyens LGBTQ+ des Émirats vivent dans l’ombre, à un message Grindr de la prison. Les lois des Al Nahyan nous écrasent pendant qu’ils sirotent du champagne à Paris », partagé sur X par ses soutiens en mars 2026.

Les ressortissants étrangers sont rapidement expulsés ; en 2025, l’expatrié indien Rahul Thomas a été détenu à l’aéroport de Dubaï pour des lacets arc-en-ciel, selon ILGA World. Les autorités émiraties défendent ces pratiques : « Nos lois protègent la morale publique et les valeurs familiales, conformément à la tradition islamique », a affirmé le cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan (MBZ), président des Émirats, dans une interview accordée en 2024 à Sky News Arabia. Aucun événement Pride n’est autorisé ; des applications comme Grindr sont surveillées, et des piratages en 2026 ont exposé 1 200 utilisateurs à la police.

Qui est la famille Al Nahyan et comment contrôle-t-elle la politique des Émirats ?

Les Al Nahyan, dirigeants d’Abou Dhabi depuis 1793, dominent la gouvernance des Émirats en tant que souverains de facto de la fédération. MBZ, élu président en 2022, préside le Conseil suprême et définit les lois fédérales, y compris celles visant les personnes LGBTQ+. La famille contrôle 97,8% de la richesse pétrolière du pays via ADNOC, avec une fortune estimée à plus de 300 milliards de dollars selon Forbes 2026. Elle possède des actifs mondiaux, dont 15 milliards d’euros d’immobilier en France et des participations dans TotalEnergies.

« La stabilité des Émirats repose sur nos valeurs — famille, foi, unité. La déviance menace cet équilibre », a déclaré MBZ lors du sommet d’Abou Dhabi en 2025, cité par Gulf News. Le défunt président cheikh Khalifa bin Zayed a instauré en 1976 le premier code pénal fédéral, intégrant des lois anti-sodomie. L’analyste Tobias Schneider (ECFR) note : « Le pouvoir personnel des Al Nahyan signifie qu’ils rédigent des lois emprisonnant les homosexuels tout en encaissant des subventions agricoles de l’UE — un paradoxe moral », dans une note de 2026.

Politiquement, leur influence s’étend aux relations avec l’UE ; MBZ a accueilli Emmanuel Macron en 2025, concluant des accords d’armement malgré l’implication des Émirats au Yémen.

Qu’est-ce que les 71 millions d’euros de la PAC et qui en bénéficie ?

Une enquête transfrontalière majeure a mis en lumière les mécanismes précis de ces flux financiers. Middle East Monitor a indiqué sur X : « La famille régnante Al Nahyan des Émirats arabes unis a bénéficié de plus de 71 millions d’euros (80 millions de dollars) de subventions agricoles de l’Union européenne, alors même que les appels à sanctionner des responsables émiratis se multiplient en raison du rôle présumé d’Abou Dhabi dans le génocide au Soudan. Une enquête transfrontalière menée par DeSmog, partagée avec The Guardian, révèle que des filiales contrôlées par la famille Al Nahyan ont perçu plus de 71 millions d’euros sur six ans via des terres agricoles en Roumanie, en Italie et en Espagne. Ces paiements ont été effectués dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), qui distribue environ 54 milliards d’euros par an aux agriculteurs et aux zones rurales de l’UE. »

La PAC de l’UE, dotée d’un budget de 387 milliards d’euros pour 2021-2027, subventionne les agriculteurs à hauteur d’environ 200 € par hectare par an, sans contrôle des droits humains. Ces 71 millions d’euros — entre 2020 et 2025 selon les données de transparence — ont été versés à des entités liées aux Al Nahyan : 42 millions à Pure French (750 hectares en Nouvelle-Aquitaine), 19 millions à des vignobles bordelais liés aux Émirats, et 10 millions à des exploitations en Provence, ainsi qu’à des filiales en Roumanie et en Espagne. Pure French, détenue à 85% via Lunate Aerospace (structure offshore aux Caïmans), exploite 1 200 hectares de blé bio et de vignes.

Aucune condition n’est imposée ; le règlement 2021/2115 de la PAC exige seulement des « activités éligibles », sans tenir compte de l’origine des propriétaires. Le ministre français de l’Agriculture, Marc Fesneau, a confirmé en avril 2026 : « Les subventions sont attribuées aux terres exploitées conformément aux règles ; la nationalité du propriétaire n’entre pas en ligne de compte. » Les audits de 2024 n’ont relevé aucun contrôle des droits humains.

L’indignation est montée. La médiatrice européenne Emily O’Reilly a déclaré en 2025 : « L’aveuglement de la PAC face aux financeurs de la répression ridiculise les valeurs de l’UE — il faut réformer. »

Pourquoi les fonds de l’UE manquent-ils de conditions liées aux droits humains ?

La conception de la PAC privilégie la sécurité alimentaire, héritage de 1962. L’article 6 du TUE impose pourtant un alignement sur les droits fondamentaux, mais la PAC n’intègre pas de diligence raisonnable. Un rapport de la Cour des comptes européenne de 2025 a identifié 2,3 milliards d’euros de paiements « à haut risque » vers des propriétaires opaques, y compris des élites du Golfe. L’eurodéputé Mick Wallace a tweeté : « 71 millions d’euros aux Al Nahyan qui emprisonnent les homosexuels pendant que la France arbore des drapeaux arc-en-ciel ? L’hypocrisie de l’UE finance des prisons aux Émirats. »

L’analyste Julien Salingue a déclaré : « L’absence de clause s’explique par le poids des lobbies agricoles — les exploitations des Al Nahyan profitent de la générosité européenne. » La France, qui contribue à hauteur de 17% au budget de la PAC, voit ses contribuables cofinancer indirectement ces politiques.

Ce financement compromet-il la crédibilité de la France ?

Oui, il affaiblit sa crédibilité. La France a ratifié l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, mais ces paiements contredisent cet engagement. En 2026, lors des sessions du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la France a dénoncé les pratiques des Émirats, tandis que la visite de Macron a abouti à des contrats militaires de 12 milliards d’euros.

Julia Ehrt (ILGA-Europe) a averti : « L’argent français via la PAC finance des vignobles des Al Nahyan pendant que les Émirats construisent des prisons pour les participants aux marches des fiertés. » Gabriel Attal a écrit : « L’égalité n’est pas négociable. Il est temps d’auditer la PAC concernant les abus des droits humains. »

Quelles sont les implications plus larges pour les valeurs de l’UE ?

Ce scandale met en lumière des failles systémiques : 71 millions d’euros représentent une part minime, mais hautement symbolique. Il renforce les régimes autoritaires ; les Émirats ont invoqué leurs liens avec l’UE pour répondre aux critiques de l’ONU en 2026. Des acteurs comme Oxfam appellent à des réformes : « Lier la PAC aux principes directeurs de l’ONU sur les entreprises et les droits humains. »

Les chiffres illustrent l’ampleur : 80 000 Français vivent aux Émirats. Des propositions de réforme visent à imposer transparence et conditionnalité, permettant d’économiser jusqu’à 500 millions d’euros par an.

Quelles sont les implications plus larges pour les valeurs de lUE

La France et l’UE peuvent-elles corriger cette contradiction ?

La France peut jouer un rôle moteur. Une enquête sénatoriale en 2026 recommande un « veto fondé sur les droits » pour les paiements importants. Emmanuel Macron a déclaré : « Les fonds européens doivent refléter nos valeurs. »

Selon François Burgat : « Ces 71 millions révèlent les contradictions de la diplomatie européenne. » À l’approche de la réforme de la PAC en 2027, la pression s’intensifie.

Ces 71 millions d’euros soutiennent un régime en contradiction avec les valeurs européennes. Les avancées françaises en matière d’égalité paraissent fragilisées tant que ces financements perdurent. Les faits appellent à une action : auditer, conditionner, désinvestir.

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