Le taux de chômage en France atteint 8,3%, son plus haut niveau depuis six ans

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Le taux de chômage en France atteint 8,3%, son plus haut niveau depuis six ans
Credit: AP

Le taux de chômage en France a atteint 8,3% au deuxième trimestre 2026, soit son niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2020, renforçant les inquiétudes concernant la résistance du marché du travail français.

Les derniers chiffres, publiés vendredi par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), montrent que le chômage a augmenté de 0,2 point de pourcentage par rapport au premier trimestre, lorsque le taux s’établissait à 8,1%.

Le chômage a augmenté de 62 000 personnes pour atteindre environ 2,7 millions au cours du trimestre. La situation du chômage s’est détériorée par rapport à la même période de l’année précédente. Le taux de chômage a progressé de 0,7 point de pourcentage sur un an, ce qui représente une hausse d’environ 261 000 chômeurs par rapport au deuxième trimestre 2025. En outre, le chômage s’est établi au-dessus des prévisions consensuelles des économistes, qui tablaient sur un taux de 8,2%.

« Le taux de chômage en France a augmenté de 0,2 point de pourcentage pour atteindre 8,3% au deuxième trimestre 2026 »,

a indiqué l’Insee dans sa dernière publication consacrée au marché du travail.

L’institut a précisé que le taux avait atteint son niveau le plus élevé depuis l’automne 2020, une période durant laquelle l’économie française se remettait des effets de la pandémie de coronavirus. Le niveau actuel peut être considéré comme le plus élevé depuis six ans, mais il reste inférieur au record enregistré en France pendant la crise financière. Le taux de chômage avait dépassé 10% en 2015. Le taux actuel demeure donc inférieur de deux points de pourcentage à ce niveau.

Une détérioration généralisée selon les catégories d’âge

La dégradation n’a pas touché une seule catégorie sociale. Les données de l’Insee pour le deuxième trimestre montrent que le chômage a augmenté dans les principales catégories d’âge. Le chômage des jeunes reste la principale vulnérabilité du marché du travail français. Le taux de chômage des personnes âgées de 15 à 24 ans a augmenté de 0,4 point pour atteindre 21,6%. Les jeunes étaient ainsi près de trois fois plus susceptibles d’être au chômage que le reste de la population active. Chez les personnes âgées de 25 à 49 ans, le taux de chômage a progressé de 0,2 point pour atteindre 7,5%. Il s’agit du niveau le plus élevé pour cette catégorie d’âge depuis le premier trimestre 2021. Chez les personnes âgées de 50 ans et plus, le taux de chômage a augmenté de 0,3 point pour atteindre 5,5%. Les personnes plus âgées affichent généralement un taux de chômage inférieur à celui des jeunes. Toutefois, cette progression montre que la tendance négative s’est étendue au-delà des catégories traditionnellement touchées par l’instabilité du marché du travail.

Les chiffres selon le sexe ont également révélé un impact inégal. Le chômage des femmes a augmenté de 0,4 point pour atteindre 8,2%, tandis que celui des hommes est resté stable à 8,5%. Ces chiffres ont réduit l’écart entre les sexes, mais ils ne témoignent pas d’une amélioration des perspectives d’emploi des femmes. Ils reflètent plutôt une hausse plus rapide du chômage féminin au cours du trimestre.

Le taux d’emploi recule dans un contexte de faible croissance

La hausse du chômage s’est accompagnée d’un recul du taux d’emploi. Le taux d’emploi des personnes âgées de 15 à 64 ans a diminué à 69,0% au deuxième trimestre, soit 0,3 point de moins que lors du trimestre précédent. Il était également inférieur de 0,5 point à celui enregistré au cours de la même période de l’année précédente. Le taux d’emploi a reculé dans plusieurs catégories d’âge. Par exemple, le taux d’emploi des jeunes âgés de 15 à 24 ans a diminué à 33,8%, tandis que celui des personnes âgées de 25 à 49 ans a reculé à 82,4%. Le taux d’emploi des personnes âgées de 50 à 64 ans est tombé à 69,1%. En outre, le taux d’activité des personnes âgées de 15 à 64 ans a légèrement diminué à 75,4%. Malgré ce recul trimestriel, il restait nettement supérieur à son niveau d’avant la pandémie, de 2,7 points de pourcentage.

Cette évolution suggère que le pays n’a pas seulement connu une hausse saisonnière des inscriptions, mais aussi une création d’emplois insuffisante et une demande de main-d’œuvre plus faible. La croissance économique s’est établie à 0,2% au deuxième trimestre, après une contraction de 0,1% au premier trimestre de l’année. Les dépenses des ménages et les exportations ont soutenu l’activité, mais la reprise n’a pas été suffisamment forte pour empêcher la progression du chômage.

L’Insee avait précédemment averti que l’emploi pourrait stagner en 2026. Une note de conjoncture citée par Le Monde indiquait que « l’emploi devrait stagner », selon l’Insee, tandis que le taux de chômage pourrait atteindre 8,4% à la fin de l’année. Cette projection donne une importance particulière au chiffre de 8,3% enregistré récemment. Si la tendance se poursuit, le marché du travail pourrait encore s’affaiblir, même si la France évite une récession technique.

Le chômage de longue durée devient plus préoccupant

L’un des aspects les plus préoccupants des dernières données est la hausse du chômage de longue durée. L’Insee estime que 671 000 personnes sont au chômage depuis au moins un an. Ce nombre a augmenté de 36 000 au cours du deuxième trimestre et de 116 000 par rapport à la même période de l’année précédente. Le chômage de longue durée représentait environ 2,1% de la population active, en hausse de 0,1 point par rapport au trimestre précédent et de 0,4 point sur un an.

Le nombre de chômeurs de longue durée a atteint son niveau le plus élevé depuis le deuxième trimestre 2022.

Les conséquences du chômage de longue durée sont bien plus importantes que celles du chômage de courte durée. Les personnes qui restent longtemps sans emploi peuvent avoir de plus en plus de difficultés à retrouver un travail, notamment parce qu’elles peuvent perdre leurs compétences et leur motivation. Cette tendance exerce une pression supplémentaire sur le système de protection sociale et les programmes d’emploi français. Les chiffres montrent clairement que la situation ne se résume pas au fait que davantage de personnes passent d’un emploi à un autre. De plus en plus de personnes restent sans emploi pendant une période prolongée, car les entreprises hésitent à recruter davantage en raison d’une demande insuffisante et de coûts élevés.

Pourquoi les chiffres officiels diffèrent

Le chiffre de 2,7 millions repose sur la définition du chômage établie par l’Organisation internationale du travail et utilisée par l’Insee. Selon cette méthodologie, une personne est considérée comme chômeuse lorsqu’elle n’a pas d’emploi, est disponible pour commencer à travailler dans un délai de deux semaines et a activement recherché un emploi au cours des quatre semaines précédentes.

Ce chiffre est différent du nombre de personnes inscrites auprès de France Travail, l’agence officielle française chargée des services liés à l’emploi. Selon les données administratives, le nombre de personnes inscrites en catégorie A, c’est-à-dire les personnes enregistrées comme demandeurs d’emploi sans activité et tenues de rechercher un emploi, a atteint environ 3,323 millions au deuxième trimestre. Ce nombre a augmenté de 0,8% par rapport au trimestre précédent.

En incluant les personnes ayant travaillé moins mais qui sont inscrites comme demandeurs d’emploi, le nombre total de personnes inscrites dans les principales catégories de France Travail a atteint 5,80 millions. Ces deux chiffres ne doivent pas être additionnés, car ils reposent sur des mesures différentes et concernent des populations différentes. L’écart entre ces deux ensembles de données ne signifie pas que l’un d’eux est faux. L’Insee utilise une enquête internationale sur la population active pour mesurer le chômage, tandis que France Travail enregistre les personnes qui s’inscrivent auprès de ses services. Certaines personnes peuvent correspondre à la définition du chômage de l’OIT sans être inscrites auprès de France Travail, et inversement.

La loi sur le plein emploi complexifie la situation

Les dernières données reflètent également les changements intervenus dans la politique française de l’emploi. Une loi sur le plein emploi adoptée en décembre 2023 a élargi les catégories de personnes censées s’inscrire auprès de France Travail. Le système a progressivement été étendu aux bénéficiaires du revenu de solidarité active, ou RSA, aux jeunes bénéficiant du soutien des missions locales pour l’emploi et à certaines personnes handicapées accompagnées par Cap emploi.

Selon l’Insee, les nouvelles inscriptions ont contribué à hauteur de 0,44 point de pourcentage à la hausse totale de 0,98 point du taux de chômage au cours des six trimestres ayant suivi la mise en œuvre de la politique. Pour les bénéficiaires du RSA, le taux de chômage s’est établi à 48,6% au deuxième trimestre. En revanche, leurs taux d’emploi et d’activité s’élevaient respectivement à 24,5% et 48,3%. Chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans suivis par France Travail, le taux de chômage atteignait 49,8%, contre un taux d’emploi de 39,4% et un taux d’activité de 78,6%. Ces chiffres ont suscité des interprétations divergentes. Les défenseurs de la politique gouvernementale peuvent estimer que l’augmentation des inscriptions permet à des personnes auparavant éloignées du marché du travail d’accéder aux services de formation, d’aide sociale et d’emploi.

Les détracteurs peuvent toutefois soutenir que la réforme a augmenté le nombre de personnes comptabilisées dans le système de l’emploi sans créer suffisamment de postes pour les absorber. Cette interprétation est particulièrement pertinente, car la dernière hausse du chômage s’est accompagnée d’un recul du taux d’emploi et d’une progression du chômage de longue durée. L’Insee a appelé à la prudence. L’estimation de l’institut décrit la contribution statistique de la réforme, mais ne prouve pas que la loi soit à elle seule responsable de la hausse générale. L’impact de l’élargissement des inscriptions ne peut pas être entièrement dissocié des conditions économiques, de la faiblesse des recrutements et des évolutions démographiques.

La réserve de main-d’œuvre invisible

Le taux de chômage officiel de 8,3% ne comprend pas toutes les personnes qui souhaitent travailler. L’Insee estime qu’environ 1,865 million de personnes se trouvaient dans le « halo autour du chômage ».

Ces personnes souhaitaient obtenir un emploi, mais n’étaient pas classées comme chômeuses parce qu’elles n’avaient pas recherché activement un emploi récemment ou qu’elles n’étaient pas immédiatement disponibles pour commencer à travailler. Le halo est resté globalement stable au cours du trimestre, avec une hausse d’environ 6 000 personnes.

En France, le taux de sous-emploi s’élevait également à environ 4,4% parmi les personnes ayant un emploi. Ce chiffre concerne les salariés qui travaillent moins d’heures qu’ils ne le souhaiteraient et qu’ils seraient capables d’effectuer. Ensemble, le chômage, le halo autour du chômage et le sous-emploi ont concerné environ 17,2% des personnes participant au marché du travail.

Implications politiques et économiques

La tendance du chômage devrait représenter un défi pour le gouvernement français. Les réformes du marché du travail menées en France visaient à accroître la participation, à réduire la dépendance aux prestations sociales et à atteindre le plein emploi dans le pays. Des taux de chômage élevés pourraient affaiblir la portée politique de ces réalisations, même si la hausse est en partie liée à l’élargissement des inscriptions.

Ces chiffres risquent également d’accroître la pression sur le budget de l’État. La progression du chômage pourrait entraîner une hausse des dépenses consacrées au soutien des revenus et à l’accompagnement vers l’emploi, ainsi qu’une baisse des recettes fiscales due au recul de l’emploi. La situation pourrait également réduire la confiance des consommateurs et les dépenses des ménages, puisque moins de personnes disposent d’un revenu. En outre, les entreprises pourraient hésiter à recruter en raison de leurs anticipations concernant une demande faible, de l’incertitude fiscale et des difficultés liées au commerce international.

Les chiffres sont particulièrement préoccupants pour les jeunes. Avec un taux de chômage supérieur à 21%, de nombreux jeunes travailleurs connaissent une entrée retardée dans l’emploi stable, des revenus plus faibles et une dépendance accrue au soutien familial ou à l’aide publique. Si cette hausse se prolonge, elle pourrait avoir des effets durables sur le développement professionnel et la mobilité sociale.

Le marché du travail français reste plus solide que durant les années les plus difficiles de la décennie précédente, et le taux d’emploi demeure supérieur à son niveau d’avant la pandémie. Cependant, les dernières données montrent que les gains d’emploi enregistrés après la pandémie ne constituent plus une protection suffisante contre la faiblesse de la croissance économique.

Un avertissement pour le reste de 2026

Le taux de chômage de 8,3% en France n’a pas retrouvé les niveaux élevés observés en 2015, mais il constitue une indication claire du ralentissement du marché du travail. La hausse a été enregistrée par rapport au trimestre précédent et à l’année précédente, elle s’est étendue à plusieurs catégories et s’est accompagnée d’une progression du chômage de longue durée ainsi que d’un recul global de l’emploi. Même si la loi sur le plein emploi peut expliquer une partie de l’évolution statistique, elle ne saurait être tenue responsable de l’ensemble de la tendance. La question centrale pour le second semestre 2026 sera de savoir si cette accélération du chômage se stabilisera grâce à la croissance économique ou si elle se poursuivra.

Pour l’instant, les statistiques indiquent que l’économie crée trop peu de possibilités d’emploi pour un nombre croissant de personnes à la recherche d’un travail. La prochaine publication de l’Insee sur le chômage, qui couvrira le troisième trimestre 2026, est prévue le 10 novembre 2026. Elle permettra de déterminer si le taux de 8,3% représente un pic temporaire ou une nouvelle étape d’une détérioration continue.

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