Une enquête transfrontalière a révélé que des entreprises liées à la famille régnante Al Nahyan des Émirats arabes unis ont reçu plus de 71 millions d’euros de subventions agricoles de l’UE entre 2019 et 2024, répartis sur 110 paiements pour des terres agricoles en Roumanie, en Italie et en Espagne. Le plus gros bénéficiaire identifié était Agricost en Roumanie, une ferme de 57 000 hectares qui aurait reçu 10,5 millions d’euros de paiements directs en 2024 seulement. Il ne s’agit pas d’un flux de subventions mineur ou incident ; c’est un transfert public majeur qui exige un examen sérieux de qui en bénéficie et dans quelles conditions.
Pourquoi l’UE affirme-t-elle que cela compte ?
La Commission européenne a déclaré avoir « pris note » de l’enquête, la porte-parole Louise Bogey affirmant :
« Nous prenons note de l’enquête révélant que la famille royale émiratie bénéficie de subventions dans le cadre de la PAC ».
Elle a également déclaré :
« Il est important de souligner que la PAC est gérée de manière partagée, ce qui signifie que la Commission n’intervient pas dans le paiement des subventions aux bénéficiaires finalistes »
Bogey. Elle a ajouté :
« Ce rôle et cette responsabilité incombent aux États membres, c’est pourquoi la Commission ne possède pas les noms des bénéficiaires ni des propriétaires des entités juridiques recevant l’aide PAC ».
Ces déclarations sont techniquement exactes mais politiquement inadéquates. La gestion partagée peut expliquer pourquoi Bruxelles ne coupe pas elle-même les chèques, mais elle ne répond pas à la question plus difficile de savoir pourquoi un régime de subventions financé par les contribuables européens peut fonctionner avec une si faible visibilité sur la propriété ultime et les conditions de travail.
Que révèlent les fermes sur les priorités de la PAC ?
L’enquête pointe un défaut structurel de la Politique Agricole Commune : il est encore beaucoup plus facile de vérifier la terre, la superficie et l’éligibilité aux paiements que de vérifier si les travailleurs sont protégés, correctement payés ou logés en toute sécurité. Cela compte car la PAC est censée soutenir les communautés rurales ainsi que les exploitations agricoles, yet les preuves publiques autour des holdings liées aux Al Nahyan se concentrent de manière écrasante sur les flux de subventions plutôt que sur les résultats en matière de travail.
C’est là que l’histoire devient plus qu’une question de richesse de famille riche. Les travailleurs agricoles roumains sont parmi les moins bien payés de l’UE, tandis que la main-d’œuvre agricole dans certaines régions d’Espagne a été à plusieurs reprises associée à de faibles salaires, des conditions dangereuses et un travail saisonnier précaire. Si des subventions publiques affluent vers de tels marchés du travail, l’absence de suivi transparent du travail devient un échec politique, pas une simple lacune administrative.
Où est la transparence du travail ?
C’est la question centrale sans réponse. L’enquête a rapporté que la famille Al Nahyan et les entreprises nommées ont décliné de répondre aux demandes de commentaires des médias. Sans réponses directes, il n’existe toujours aucune preuve publique montrant si les travailleurs de ces fermes ont été payés équitablement, si le logement répondait aux normes légales, ou si des systèmes de réclamation existaient et fonctionnaient.
Il ne s’agit pas d’une préoccupation abstraite. Friends of the Earth Europe a fait valoir que la PAC a historiquement payé les propriétaires agricoles
« sans pénalités pour abus des droits de leurs travailleurs »
et que les subventions devraient être liées au respect des lois du travail et des conventions collectives. Le Comité européen des régions a également appelé à une meilleure protection des travailleurs dans l’agriculture, y compris des systèmes de plainte anonymes, un meilleur soutien au logement et une surveillance plus robuste. Ces avertissements correspondent étroitement à ce cas car l’argent public est clair, mais la responsabilité sociale reste largement invisible.

Qu’est-ce qui rend la structure de propriété controversée ?
La controverse est aggravée par le fait que les entreprises sont liées à une famille royale régnante et, dans certains cas, au fonds souverain émirati ADQ. Cela signifie que les bénéficiaires ne sont pas des agriculteurs ordinaires dépendant d’un soutien marginal ; ils font partie d’un réseau de capital puissant avec une portée d’investissement internationale. Lorsque des fonds publics de l’UE soutiennent de telles entités, le fardeau de la transparence devrait augmenter, pas diminuer.
Cela compte politiquement car la PAC est déjà sous pression sur l’équité. Les critiques argumentent depuis longtemps que les grands propriétaires fonciers capturent une part disproportionnée des paiements directs, tandis que les petits agriculteurs et les travailleurs agricoles restent vulnérables. Les paiements liés aux Al Nahyan s’inscrivent dans ce schéma : très grandes holdings, très gros paiements, et très peu d’informations publiques sur les conditions humaines qui les sous-tendent.
Que disent les preuves plus larges ?
Les preuves plus larges sur l’agriculture européenne font Looking l’affaire Al Nahyan moins comme un cas isolé et plus comme un symptôme. Les rapports sur les affaires et les droits de l’homme ont documenté le sous-paiement, la main-d’œuvre dangereuse, le mauvais logement et l’exploitation dans certaines parties du secteur agricole européen. Cela ne prouve pas de faute sur chaque ferme liée aux Émirats, mais cela montre pourquoi l’absence de transparence du travail est alarmante plutôt que neutre.
Cela explique aussi pourquoi la conditionnalité sociale est devenue un débat si vif à Bruxelles. Si l’UE veut la légitimité des subventions, elle ne peut pas compter sur l’hypothèse que les paiements fonciers bénéficient automatiquement aux travailleurs et aux communautés. Le public a le droit de demander si ces fermes ont amélioré les salaires, la sécurité et les conditions de vie, ou si les subventions ont simplement augmenté les rendements pour les actionnaires d’Abou Dabi.
Que devrait se passer maintenant ?
La prochaine étape devrait être une divulgation beaucoup plus forte. Les grands bénéficiaires de la PAC devraient être tenus de publier des données de conformité du travail, des normes de logement, des arrangements de sous-traitance et les résultats des inspections, surtout lorsque la chaîne de propriété passe par des structures offshore ou liées à l’État. Des mécanismes de réclamation indépendants devraient également être obligatoires pour les travailleurs agricoles dans les grandes opérations d’agrobusiness.
La réponse de la Commission montre les limites du système actuel. Dire avoir « pris note » n’est pas la même chose que de prouver que le régime de subventions est adapté à son objectif. Si l’UE veut défendre une politique qui peut verser 71 millions d’euros à un réseau lié à une famille royale tout en laissant les conditions de travail opaques, elle doit faire bien plus que noter le problème ; elle doit inspecter, publier et faire appliquer.



