Xi réserve un accueil chaleureux qui masque des déséquilibres économiques UE-Chine jugés « insoutenables »

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Xi's Lavish Welcome Masks 'Unbearable' EU-China Economic Imbalances
Credit: Reuters

La visite d’État du président français Emmanuel Macron en Chine, en décembre 2025, s’est déroulée dans un cadre exceptionnellement somptueux, traduisant la volonté de Pékin de renforcer ses relations avec Paris dans un contexte mondial de repositionnements économiques et géopolitiques. Si les précédentes visites avaient déjà été marquées par des honneurs importants, cette cinquième visite a dépassé les usages protocolaires, révélant une volonté affirmée de Pékin d’envoyer un signal stratégique. Le président chinois Xi Jinping a personnellement accompagné Macron à Chengdu, où ils ont visité le parc Jincheng Lake et un grand projet hydroélectrique, des lieux symboliques choisis pour mettre en scène la coopération sino-française que la Chine cherche à valoriser dans ses relations avec l’Europe.

Ce qui pouvait sembler être un rapprochement personnel s’est accentué avec une mise en scène médiatique soignée, incluant un footing de Macron au milieu des habitants de Chengdu et une visite aux installations de conservation des pandas liées aux programmes franco-chinois. Ces moments très orchestrés servaient aussi l’objectif de Pékin : projetter une image de bonne entente à une période où le protectionnisme commercial en Europe s’intensifie. Pour sa part, Macron a profité de cette visite pour demander une rééquilibration d’une relation commerciale fondamentalement asymétrique, qu’il a qualifiée d’insoutenable sur le long terme.

Douze engagements de coopération ont été annoncés dans les domaines du nucléaire, de l’éducation, de l’agriculture, du vieillissement, de la science vétérinaire, de la transition verte et de l’aviation. Toutefois, aucun engagement financier n’a été précisé, ce qui montre l’écart entre la mise en scène d’une hospitalité exceptionnelle et la réalité des déséquilibres économiques que la France tente de corriger depuis des mois.

Des déficits persistants qui alimentent les inquiétudes stratégiques françaises

La France a abordé 2025 avec l’un des déficits commerciaux les plus asymétriques d’Europe vis-à-vis de la Chine. Les chiffres du Trésor français indiquent un déficit de 47 milliards d’euros pour les biens en 2024, représentant près de la moitié du déficit commercial total du pays. Pour Paris, ce déséquilibre traduit un accès inégal au marché chinois, des restrictions réglementaires et des asymétries structurelles.

Macron a souligné à plusieurs reprises l’incapacité française à augmenter ses exportations de porc, de cognac, de cosmétiques et de produits de luxe, symptômes d’un manque persistant de réciprocité. Il a qualifié cet état des lieux d’insoutenable, un discours en harmonie avec les messages européens en matière de sécurité économique. L’absence de l’accord tant attendu sur l’achat de 500 Airbus a montré les limites des ambitions françaises, malgré des signaux initiaux encourageants.

Pékin s’est dit disposé à importer davantage de produits français à condition que les entreprises chinoises bénéficient d’un cadre plus favorable en Europe référence aux inquiétudes liées au durcissement réglementaire de l’UE. Mais, confrontée à un ralentissement économique interne, à la pression tarifaire mondiale et à une préférence pour les concessions ciblées plutôt que systémiques, la Chine reste prudente.

Une asymétrie UE-Chine qui s’accentue dans les secteurs clés

Depuis 2019, les déficits commerciaux de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine ont augmenté de près de 60 %, notamment en raison des secteurs subventionnés comme les véhicules électriques, les batteries, la biotechnologie et les équipements industriels. Dans ce contexte, Macron a averti le 7 décembre que l’Europe pourrait devoir renforcer ses défenses commerciales, en cohérence avec la stratégie de sécurité économique de l’UE.

Des analystes comme Alicia García-Herrero ont estimé que la France s’attendait à des gestes importants de la part de Xi, notamment en aviation ou en agriculture. Au lieu de cela, la visite a renforcé la stature diplomatique de la Chine sans rééquilibrer l’échange commercial. Les cadres d’investissement chinois en France ont été évoqués, mais les flux restent faibles en comparaison des promesses formulées lors des précédents sommets.

Symboles et réalités divergentes lors de la visite de Chengdu

Le choix de Xi d’accompagner Macron lors de la partie chengduoise de la visite constituait un signal plus qu’une courtoisie : il visait à afficher une unité stratégique au moment où les capitales européennes se rapprochent de Washington dans leur gestion de la Chine. Macron a salué un geste très touchant, et les deux dirigeants ont multiplié les images d’amitié politique.

Des séminaires à Sichuan ont rassemblé les dirigeants de grandes entreprises françaises de l’aéronautique, du luxe, de l’agriculture et du nucléaire. Mais aucun progrès majeur n’a été enregistré. Les décors soignés n’ont pas masqué l’absence d’avancées contractuelles significatives, signe que l’impasse persiste.

Des progrès limités dans les secteurs sensibles

Les documents de coopération signés ont permis d’avancer sur certains dossiers, mais ils ont évité les secteurs les plus stratégiques. Macron a rappelé que la France exige un accès équitable aux marchés, une demande déjà formulée par des responsables européens inquiets du contrôle chinois sur les exportations de technologies vertes. Dans l’aviation, secteur clé des deux pays, les ambitions chinoises de développer leurs propres avions compliquent l’achat massif d’Airbus.

Les tensions globales Ukraine et Moyen-Orient ont également été abordées. Pékin a réaffirmé son soutien aux intérêts territoriaux de Moscou sans proposer de solution diplomatique nouvelle. Sur Gaza, Xi a promis 100 millions de dollars d’aide humanitaire, mais sans s’aligner sur les approches européennes.

Une influence limitée pour Macron dans un contexte géopolitique tendu

La visite intervient alors que l’UE examine des hausses de tarifs sur les véhicules électriques chinois. Les États membres sont divisés entre protection industrielle et crainte de représailles économiques. Macron pousse une ligne dure, arguant que la survie de l’industrie européenne exige une rééquilibration majeure.

Pendant ce temps, les États-Unis poursuivent leur escalade tarifaire sous l’administration Trump. La Chine cherche donc à éviter une coalition occidentale unifiée, et considère Paris comme un point d’entrée clé dans le débat interne européen.

Le calcul diplomatique de Pékin face à son environnement économique fragile

La Chine traverse une situation économique tendue : crise immobilière, baisse des revenus locaux, faiblesse de la demande extérieure. Ces contraintes limitent les concessions que Pékin peut accorder. La stratégie française, mêlant ouverture et fermeté, reflète la difficulté d’équilibrer engagement et protection.

Mais la volonté de la France de jouer un rôle de médiateur entre la Chine et l’UE se heurte aux réalités structurelles : les divergences sur l’Ukraine et la méfiance européenne envers Pékin rendent improbable toute convergence stratégique durable.

Implications stratégiques pour l’Europe en 2026

La visite de décembre 2025 confirme l’engagement de la France pour rééquilibrer sa relation économique avec la Chine, tout en révélant la marge étroite pour des percées bilatérales. Si l’accueil chaleureux de Xi a renforcé les canaux diplomatiques, il n’a guère modifié la dépendance européenne aux importations chinoises.

En 2026, alors que l’UE s’apprête à intensifier ses mesures de protection industrielle, la question centrale sera de savoir si les gestes symboliques de Xi se traduiront en réels progrès commerciaux ou resteront essentiellement protocolaires. Ce choix déterminera la manière dont l’Europe ajustera sa stratégie commerciale et traitera les déséquilibres persistants qui définissent sa relation économique avec Pékin.

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