Le 29 novembre 2025, le président français Emmanuel Macron a eu un entretien téléphonique avec le président de transition de Madagascar, le colonel Michael Randrianirina. Il s’agit du premier contact au plus haut niveau depuis le coup d’État d’octobre. Macron a affirmé le soutien de la France au processus de transition, insistant sur les réformes anticorruption, les consultations nationales et l’organisation d’élections dans un délai raisonnable. Il a encouragé une forte implication de la jeunesse et de la société civile, conditionnant l’aide française à l’avancée de ces processus démocratiques.
Cet échange s’inscrit dans une diplomatie française plus mesurée après des semaines de spéculations liées au coup militaire. L’appel marque également une forme d’acceptation des autorités de facto, malgré les inquiétudes suscitées par la chute du président Andry Rajoelina, renversé par le CAPSAT, l’unité militaire d’élite ayant mené la mutinerie.
Les raisons du départ précipité de Rajoelina continuent d’alimenter les débats. Le 12 octobre, il aurait quitté Madagascar à bord d’un avion militaire français depuis l’aéroport de Sainte-Marie. Macron a refusé de détailler cet épisode lors d’un sommet en Égypte, renforçant les interrogations sur le rôle exact de la France durant les heures critiques du coup. Peu après la prise de pouvoir, l’ambassadeur de France, Arnaud Guillois, a rencontré Randrianirina en encourageant un processus de transition inclusif conduisant à des élections dans un délai crédible.
Chronologie du coup d’État à Madagascar et tournants politiques
La crise éclate le 25 septembre 2025 lorsque des manifestations massives secouent Antananarivo, portées notamment par la jeunesse exaspérée par les coupures d’électricité, le manque d’eau et la détérioration des conditions de vie. Le 29 septembre, Rajoelina dissout le gouvernement, mais la colère populaire persiste face à la dégradation économique et à l’impopularité de sa gouvernance.
Prise de pouvoir militaire et basculement rapide
Le 12 octobre, l’unité CAPSAT se rebelle et prend le contrôle des installations stratégiques de la capitale sans réelle résistance. Le président du Sénat est évincé, des hauts responsables sont écartés et un militaire est nommé chef des armées. Le lendemain, Rajoelina affirme avoir échappé à une tentative d’assassinat. Après avoir dissous l’Assemblée nationale le 14 octobre, il est destitué par les députés quelques heures plus tard, rendant sa décision caduque.
Le même jour, les militaires annoncent officiellement leur prise de contrôle, suspendant le Sénat, la Haute Cour constitutionnelle et la Commission électorale. Seule l’Assemblée nationale conserve des pouvoirs très limités sous la tutelle militaire.
Investiture de Randrianirina et feuille de route transitionnelle
Entre le 16 et le 17 octobre, le colonel Michael Randrianirina est investi président de transition, promettant la création d’un Conseil de Refondation et des élections dans un délai de 18 à 24 mois. Son gouvernement adopte une constitution intérimaire soumise à référendum. Le 27 octobre, des figures de l’opposition sont intégrées au gouvernement lors d’un remaniement visant à montrer une volonté d’inclusion politique.
Relations franco-malgaches avant et après le coup
La France entretenait des relations étroites avec le gouvernement Rajoelina dans les domaines du développement, de la sécurité et des infrastructures. L’épisode de l’évacuation présumée de Rajoelina a ravivé les tensions politiques, tandis que Macron réitérait sa volonté de non-ingérence et d’un retour à l’ordre constitutionnel. Durant les premières semaines d’instabilité, l’ambassadeur Guillois poursuivait les discussions avec le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo sur la relance économique, l’accès aux services essentiels et la lutte anticorruption.
L’appel du 29 novembre marque un changement : Macron reconnaît officiellement la feuille de route du gouvernement de transition tout en appelant à une participation accrue des jeunes. Madagascar reste toutefois suspendu de l’Union africaine (UA) pour changement anticonstitutionnel de gouvernement. L’UA, la SADC et les Nations unies exigent une transition transparente.
Dynamiques régionales et internationales
L’implication française intervient dans un contexte où les organisations régionales africaines renforcent leur vigilance. La suspension de Madagascar par l’UA accentue la pression sur la communauté internationale. Alors que la SADC réclame une transition démocratique plus rapide, la France adopte une approche plus pragmatique, offrant un soutien technique tout en évitant de sanctionner directement le régime militaire.
Intérêts stratégiques de la France dans l’océan Indien
La posture française s’explique par la position stratégique de Madagascar dans l’océan Indien. La présence française à La Réunion et Mayotte renforce son influence régionale, et la stabilité malgache est essentielle à la sécurité maritime. Selon plusieurs analystes, la prudence française vise aussi à préserver son rôle géopolitique face à la compétition croissante d’autres puissances internationales.
Intérêts économiques et priorités d’aide
La France investit dans l’agriculture, les mines, les énergies renouvelables et l’éducation à Madagascar. L’accent mis par les autorités de transition sur la lutte contre la corruption répond aux priorités françaises en matière d’aide. Macron conditionne le soutien financier aux réformes institutionnelles, à la transparence budgétaire et à une participation accrue des jeunes.
Suspension de l’UA et pressions internes
Le soutien français à la transition intervient alors que Madagascar est sanctionné par l’UA, plaçant Paris dans une position diplomatique délicate. L’Union européenne exige le respect strict des principes démocratiques, tandis que la France cherche un équilibre entre stabilité politique et influence régionale. Pour Randrianirina, l’ouverture internationale post-investiture représente un tournant historique et une occasion de refonder l’État.
Perceptions internationales et légitimité de la transition
Pour certains observateurs, les signaux de Paris donnent l’impression que Macron légitime un gouvernement militaire encore en phase de consolidation. Malgré l’intégration de figures de l’opposition, de nombreux critiques estiment que le pouvoir réel demeure concentré entre les mains des militaires. Les consultations nationales et l’implication de la jeunesse pourraient toutefois atténuer ces inquiétudes, même si les sceptiques jugent que la stratégie française risque de renforcer les structures militaires.
Défis électoraux et gouvernance transitionnelle
L’engagement à organiser des élections dans les 18 à 24 mois constitue la clé du soutien international. Mais la reconstruction des institutions électorales, la restauration des administrations locales et la gestion des tensions économiques représentent des défis majeurs. Les partenaires internationaux scrutent les prochains mois pour évaluer la capacité du gouvernement à réformer tout en apaisant la colère de la jeunesse.
Coordination régionale et stabilité à long terme
Le rôle de supervision de l’Union africaine (UA) et de la SADC est crucial pour assurer une transition viable. La France contribuera à accélérer le processus de reconstruction, mais pourrait compromettre le consensus régional si les pays étrangers y voient un favoritisme. Le succès de la transition dépendra du respect des limites constitutionnelles par l’armée et de la cohérence des attentes des partenaires extérieurs.
L’implication de Macron dans l’évolution de sa position politique à Madagascar est importante dans le conflit entre stabilité concrète et réhabilitation démocratique. Alors que la transition se déroule sous le regard de la région et sous l’influence des revendications de la jeunesse, le rôle de la France peut s’avérer déterminant et orienter Madagascar soit vers un renouveau institutionnel, soit vers un enlisement dans un régime militaire. L’évolution de la relation entre les deux gouvernements pourrait définir l’intersection entre stratégie géopolitique et pressions politiques internes dans la détermination de l’avenir politique de la région de l’océan Indien.



