La France a signé un contrat avec Saab le 30 décembre 2025 pour deux avions de surveillance et de contrôle aérien avancé (AEW&C) GlobalEye, d’une valeur de 12,3 milliards de SEK (environ 1,34 milliard de dollars), marquant une étape clé dans la modernisation de sa flotte vieillissante. Cet accord, comprenant des options pour deux appareils supplémentaires, souligne l’orientation stratégique de la France vers une autonomie de défense européenne face aux tensions mondiales.
Détails du contrat
L’accord entre la Direction Générale de l’Armement (DGA) et Saab concerne deux avions GlobalEye basés sur la plateforme Bombardier Global 6500, incluant le matériel au sol, la formation et les services de soutien. Les livraisons sont prévues entre 2029 et 2032, permettant leur intégration dans les opérations de l’Armée de l’air et de l’espace françaises. L’option pour deux unités supplémentaires offre une flexibilité pour l’expansion de la flotte, portant le total potentiel à quatre avions, en accord avec les objectifs d’interopérabilité de l’OTAN.Micael Johansson, PDG de Saab, a salué l’accord comme un renforcement de « l’engagement de la France pour sa souveraineté et la protection globale de l’Europe », soulignant les opérations communes avec la flotte GlobalEye existante en Suède.
Cette acquisition fait suite aux annonces initiales lors du Salon du Bourget en juin 2025, finalisant les négociations après les validations budgétaires prévues dans le plan de défense français 2026. Le montant de 12,3 milliards de SEK, soit environ 1,1 milliard d’euros, reflète les coûts globaux sur l’ensemble du cycle de vie, incluant les capteurs et les systèmes de mission. L’infrastructure au sol permettra un déploiement rapide depuis des bases comme Avord, où opèrent actuellement les E-3F Sentry français.
Capacités du GlobalEye
Le GlobalEye intègre des capteurs multi-domaines tels que le radar Erieye Extended Range AESA, le radar maritime Leonardo Seaspray 7500E et des systèmes passifs électro-optiques/infrarouges pour une surveillance à 360° jusqu’à 550 km par tous les temps. Il détecte les menaces aériennes comme les chasseurs furtifs, les navires de surface et les cibles terrestres, en fournissant une fusion de données en temps réel vers les centres de commandement via des liaisons sécurisées.Propulsé par deux ordinateurs de mission, le système supporte le Link 16 de l’OTAN et des liaisons de données spécifiques françaises, permettant des opérations conjointes avec les Rafale ou les Mirage 2000. Son autonomie dépasse 11 heures avec ravitaillement en vol, essentielle pour la patrouille de vastes zones atlantiques ou méditerranéennes. Contrairement aux AWACS traditionnels, la base sur jet d’affaires du GlobalEye offre des coûts d’exploitation 30 à 40 % inférieurs à ceux du Boeing E-3 et une persistance supérieure sans nécessiter d’équipages nombreux.Saab le positionne pour la défense aérienne, la sécurité maritime et le contrôle des frontières, avec une priorisation des menaces assistée par IA réduisant la charge des opérateurs. La France a adapté les configurations pour ses projections Indo-Pacifique, intégrant le réseau SCORPION de guerre interconnectée.
Contexte stratégique pour la France
La France a retiré ses cinq E-3F Sentry, en service depuis 1991, au milieu des années 2030, après que des mises à jour comme le rafraîchissement radar Thales se sont avérées insuffisantes face aux menaces hypersoniques et aux essaims de drones. Ce contrat avec Saab comble un vide critique, assurant la continuité du commandement aérien face aux menaces de la Russie, de l’Iran et de la Chine.La doctrine de « souveraineté stratégique » du président Macron, renforcée après l’invasion de l’Ukraine, privilégie les fournisseurs européens par rapport aux options américaines comme le Boeing E-7 Wedgetail, dont les réductions de programme ont érodé la confiance des partenaires.
L’alignement avec la Suède renforce les liens bilatéraux dans le cadre du Lancaster House, favorisant les exercices conjoints et les transferts technologiques. L’achat soutient l’objectif français de consacrer 2 % du PIB à l’OTAN et les initiatives de défense de l’UE comme PESCO, où l’interopérabilité AEW renforce la police aérienne collective.Sur le plan national, il maintient des emplois via des compensations : Saab assurera la maintenance à Toulouse et Thales interviendra sur les capteurs, dans un contexte d’augmentation du budget défense à 50 milliards d’euros en 2025. Géopolitiquement, le GlobalEye renforce les positions françaises en Nouvelle-Calédonie et à Djibouti, face aux expansions de la marine chinoise.
Implications pour la défense européenne
La France rejoint la Suède, les Émirats arabes unis et le Brésil comme opérateurs du GlobalEye, créant un cluster européen défiant la domination américaine sur le marché AEW&C, précédemment occupé par les E-3 et E-2. Ce changement s’est accéléré après l’arrêt du financement du E-7 par le Congrès américain en 2025, incitant les Pays-Bas, l’Allemagne et d’autres à explorer des alternatives pour leurs flottes vieillissantes.L’interopérabilité avec les équipements suédois permet un partage des charges lors des patrouilles de la mer Baltique ou de la mer du Nord, vital face aux incursions russes de Su-57. Le choix de Saab plutôt que d’Airbus ou Dassault illustre l’essor de la Suède comme exportateur de défense, avec des exportations GlobalEye dépassant 50 milliards de SEK depuis 2018.
Pour l’OTAN, cela diversifie les sources au-delà de Boeing, réduisant les risques de chaîne d’approvisionnement révélés lors des retards de la période COVID. Au niveau européen, cela s’aligne avec l’European Sky Shield Initiative, intégrant l’AEW aux réseaux de défense antimissile contre les menaces hypersoniques. Les critiques pointent les compromis de souveraineté en s’appuyant sur un fournisseur non français, mais les compensations et la supervision DGA atténuent ces préoccupations. À long terme, cela pourrait mener à un consortium Euro-AEW, mutualisant les données pour la vigilance continentale.
Impact économique et industriel
La commande de 12,3 milliards de SEK renforce le carnet de commandes de Saab à plus de 150 milliards de SEK, faisant bondir les actions de 5 % le jour de l’annonce et signalant sa résilience face aux réductions de budgets américains. Pour la France, elle génère 500 emplois indirects via les chaînes d’approvisionnement impliquant Safran (moteurs) et MBDA (effecteurs). Bombardier bénéficie des ventes de cellules, tandis que l’intégration radar de Leonardo favorise les liens transatlantiques.Saab s’engage à 100 % de participation industrielle, localisant stations au sol et simulateurs en France, conformément aux directives de la DGA. Les crédits à l’export via l’EKN suédois sécurisent le contrat, allégeant la pression fiscale sur Paris avec un ratio dette/PIB de 115 %. Comparativement, les offres E-7 dépassaient 2 milliards d’euros par unité ; le GlobalEye, à 550 millions d’euros pièce, libère des fonds pour le FCAS, le futur avion de combat français. À l’échelle mondiale, cela met la pression sur Boeing, dont le E-7 a perdu de l’élan après le pivot AUKUS. Saab envisage des ventes supplémentaires en Pologne et en Roumanie, tirant parti de l’approbation française.
Perspectives et défis
L’acquisition par la France de deux avions Saab GlobalEye, avec option pour deux supplémentaires, permet de constituer un escadron complet d’ici 2035, renforçant significativement les capacités AEW&C dans un contexte de menaces multiples. Cette expansion s’aligne avec les doctrines émergentes de guerre en réseau, notamment via l’intégration d’essaims de drones dans le programme français MAGA (Moyens Aériens de Guerre et d’Appui), qui met l’accent sur les systèmes sans pilote pour la surveillance et les missions de frappe persistantes.
La fusion avancée des données et les liaisons sécurisées du GlobalEye serviront de nœud central, dirigeant des flottes hétérogènes de drones « loyal wingman » aux côtés des Rafale, permettant des opérations continues sur de vastes théâtres comme l’Indo-Pacifique ou l’Atlantique Nord sans dépendre de ravitailleurs vulnérables. D’ici 2035, des mises à jour logicielles pourraient intégrer l’orchestration d’essaims pilotée par IA, permettant l’allocation de menaces en temps réel sur différentes plateformes, comme démontré lors d’essais suédois coordonnant des UAV contre des incursions hypersoniques simulées.
Cet achat prospective comble non seulement le vide laissé par les E-3F Sentry retirés, mais sécurise également la puissance aérienne française face à des adversaires de rang comparable, tout en favorisant l’interopérabilité avec les alliés dans le cadre des Multi-Domain Operations de l’OTAN. Cependant, plusieurs défis subsistent. La formation des équipages représente un obstacle majeur, chaque vol GlobalEye nécessitant environ 20 opérateurs hautement qualifiés, capables de gérer plusieurs capteurs, planifier les missions et prendre des décisions en temps réel sous stress de combat.



