La décision de la France de soutenir la candidature de Khaled El-Enany au poste de Directeur général de l’UNESCO pour le mandat 2025-2029 marque une étape stratégique dans l’évolution de cette organisation. En tant que pays hôte et principal contributeur financier, la France joue un rôle déterminant dans l’orientation du leadership et la direction future de l’institution.
Khaled El-Enany, ancien ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités et égyptologue reconnu, combine expertise académique et expérience politique. Son profil, alliant connaissance du patrimoine culturel et sens pratique de la gouvernance internationale, séduit la France. Ce soutien traduit la convergence d’intérêts entre Paris et Le Caire pour renforcer le mandat de l’UNESCO à l’ère numérique et géopolitique.
Ce choix envoie également un message clair aux États membres : la future direction de l’UNESCO vise à renforcer la stabilité institutionnelle tout en lançant des réformes adaptées aux enjeux mondiaux. Le soutien initial et affirmé de la France pourrait influencer les tendances de vote jusqu’à la Conférence générale de novembre 2025.
Vers un recentrage des priorités stratégiques de l’UNESCO sous El-Enany
Khaled El-Enany a toujours vu dans la diplomatie culturelle un moyen de promouvoir la paix et la coopération internationale. Dans sa campagne, il insiste sur le rôle central de l’UNESCO : préserver le patrimoine culturel non seulement comme besoin collectif, mais aussi comme levier de dialogue dans les zones de tension.
Face aux conflits récents menaçant les sites du patrimoine mondial, notamment en Syrie et en Ukraine, il plaide pour le renforcement de la capacité d’intervention de crise de l’organisation : équipes d’urgence, assistance technique et responsabilisation juridique en cas de destruction de biens culturels.
Cette orientation s’aligne sur la diplomatie française, qui place la protection du patrimoine au cœur de son influence internationale. Le soutien de la France renforcerait donc l’action de l’UNESCO dans la reconstruction post-conflit et la consolidation de la paix.
Innovation et inclusion au cœur du mandat de l’UNESCO
La modernisation du modèle de gouvernance de l’UNESCO constitue l’un des piliers de la campagne d’El-Enany. Reconnaissant l’importance croissante de la gouvernance numérique et de l’éducation en ligne, il propose d’élargir les plateformes d’apprentissage digital et de tisser des partenariats avec les entreprises technologiques pour accroître l’accès à l’éducation dans les régions défavorisées.
Cette approche rejoint la vision française d’un rapprochement Nord-Sud. L’inclusivité dans les programmes de l’UNESCO apparaît comme un axe commun entre les deux pays, en particulier pour renforcer les capacités du Sud global grâce à des mécanismes de financement durables.
El-Enany souhaite également rationaliser la structure interne de l’UNESCO, en luttant contre la bureaucratie et la dépendance excessive à quelques États donateurs. Il défend une gouvernance plus démocratique, favorisant la participation des jeunes et de la société civile.
Enjeux géopolitiques et régionaux de la candidature d’El-Enany
La candidature de Khaled El-Enany symbolise une ouverture vers une représentation plus équitable des pays arabes, africains et du Sud global dans les institutions internationales. S’il est élu, il deviendrait le deuxième Directeur général arabe de l’UNESCO, incarnant une montée en puissance du Sud sur la scène multilatérale.
Ce choix traduit également une évolution du système international : les puissances émergentes revendiquent une place plus importante dans la gouvernance mondiale. L’appui des pays africains, qui reconnaissent la valeur de son engagement en faveur du patrimoine du continent, renforce encore sa légitimité.
Le soutien de la France à un candidat africain et arabe illustre sa volonté d’adapter sa diplomatie à un monde multipolaire, en consolidant ses alliances régionales et son rôle historique de puissance d’influence dans les institutions multilatérales.
Paysage concurrentiel et défis
Malgré son profil prestigieux et l’appui français, El-Enany affronte une forte concurrence. Le candidat de la République du Congo bénéficie d’un soutien notable de plusieurs pays africains et caribéens, tandis que d’autres prétendants issus d’Amérique latine et d’Asie pourraient redistribuer les voix.
Le vote de 2025 à la Conférence générale de l’UNESCO ne reposera pas uniquement sur les compétences des candidats ; les équilibres géopolitiques et les négociations diplomatiques joueront un rôle majeur. El-Enany devra convaincre qu’il incarne une vision inclusive capable de fédérer un membership divisé.
Les problématiques internes à l’organisation, telles que la politisation des classements patrimoniaux, les inégalités de financement et le manque de visibilité, feront partie des débats clés. El-Enany devra s’appuyer sur la France et construire un réseau solide d’alliés régionaux.
Réimaginer le rôle de l’UNESCO dans un monde polarisé
Le soutien de la France à Khaled El-Enany reflète une volonté de redéfinir le rôle de l’UNESCO dans un contexte international fragmenté. L’organisation, chargée de promouvoir la paix par l’éducation, la science et la culture, fait face à la montée du nationalisme, à la désinformation numérique et à la crise du multilatéralisme.
S’il est élu, El-Enany devra renforcer la pertinence de l’UNESCO au-delà de la conservation du patrimoine : éthique de l’intelligence artificielle, normes éducatives numériques et déplacement des communautés culturelles dues au climat figureront parmi les priorités.
Le choix de la France traduit une vision stratégique : confier la direction de l’UNESCO à un leader capable de concilier héritage et innovation. Face aux défis de financement, de visibilité et de gouvernance, Khaled El-Enany pourrait incarner un tournant dans la manière dont l’organisation relie traditions culturelles et transformations globales.
L’élection à venir testera la capacité des États membres à s’unir autour d’un candidat qui ambitionne de revitaliser le mandat mondial de l’UNESCO, tout en conciliant la sagesse du passé et les exigences d’un futur incertain.



