Le cas d’Agricost expose des lacunes systémiques : environ 71 millions d’euros de subventions de l’UE ont coulé vers des entreprises liées à la famille Al Nahyan et aux intérêts souverains des Émirats, tandis que les registres publics ne montrent ni audit environnemental ciblé ni contrôle transparent du propriétaire bénéficiaire pour la plus grande ferme unique de l’UE, Agricost, en Roumanie — une lacune de gouvernance qui exige un remède politique et administratif immédiat.
Qui bénéficie de 71 millions d’euros — et qu’est-ce exactement qu’Agricost ?
Les enquêtes de DeSmog et des médias partenaires identifient des filiales liées à la famille régnante Al Nahyan des Émirats et des véhicules d’investissement émiratis comme bénéficiaires de plus de 71 millions d’euros de paiements PAC entre 2019–2024, couvrant des opérations en Roumanie, Italie et Espagne. Le reporting met en lumière Agricost : une exploitation contiguë unique d’environ 57 000 hectares en Roumanie — décrite par les médias comme la plus grande ferme de l’UE — qui a reçu environ 10,5 millions d’euros de paiements PAC directs en 2024 après l’acquisition par des intérêts émiratis en 2018.
Pour situer le récit public et la pression autour de l’histoire, notons comment les médias ont encadré l’enquête dès le début :
Middle East Eye a amplifié les découvertes de DeSmog dans une déclaration publique concise qui a fixé le ton pour une couverture plus large — reliant directement la famille Al Nahyan aux flux de subventions de l’UE. Middle East Eye a déclaré dans un post :
« The United Arab Emirates’ ruling al-Nahyan family is benefiting from tens of millions in European Union subsidies to grow crops destined for the Gulf, according to a new investigation by DeSmog. »
The United Arab Emirates’ ruling al-Nahyan family is benefiting from tens of millions in European Union subsidies to grow crops destined for the Gulf, according to a new investigation by DeSmog https://t.co/3VqGMY0hFz pic.twitter.com/ix2RJQ7EW8
— Middle East Eye (@MiddleEastEye) May 8, 2026
Le chiffre de 71 millions d’euros cité dans l’enquête transfrontalière agrège 110 paiements liés à des entités au sein du réseau d’investissement Al Nahyan/ADQ sur six ans (2019–2024).
L’échelle d’Agricost — 57 000 ha — la place dans une catégorie écologique et gestionnaire différente des petites ou moyennes fermes que la PAC était historiquement conçue pour soutenir ; son empreinte de ferme unique soulève des questions environnementales et d’application uniques étant donné la conditionnalité de la PAC.
Comment la conditionnalité « verte » de la PAC et les éco-régimes s’appliquent-ils — et sont-ils appliqués ?
L’architecture post-2023 de la PAC renforce la conditionnalité environnementale et exige que les États membres proposent des éco-régimes — despaiements dédiés qui devraient orienter au moins 25% des fonds de paiement direct vers des pratiques mesurables qui fournissent des biens publics comme la biodiversité, la santé des sols et la réduction des émissions. Pourtant, le reporting d’enquête et la couverture presse suivante ne montrent aucun registre public d’audits environnementaux ni d’action d’application nommée centrée sur la conformité d’Agricost à ces règles de conditionnalité ; la réponse publique précoce de la Commission européenne a été décrite dans le reporting comme ayant « pris note » des découvertes plutôt que d’annoncer une enquête ciblée.
Les éco-régimes doivent être mesurables et auditable ; les États membres les conçoivent et sont responsables du suivi de l’adoption et des résultats.
L’absence de registres d’audit publics pour Agricost suggère une lacune d’application potentielle : les grands bénéficiaires doivent être vérifiés aussi rigoureusement que les petits, et pour les résultats agroécologiques, pas seulement les déclarations d’activité.
Quels risques environnementaux une monoculture de 57 000 hectares pose-t-elle — et pourquoi cela compte pour la Roumanie et le bassin du Danube ?
La monoculture industrielle à l’échelle de dizaines de milliers d’hectares comporte des risques bien documentés : dégradation accélérée des sols sous la culture intensive continue, ruissellement de nitrates et de pesticides dans les systèmes fluviaux, suppression de haies et de corridors écologiques qui soutiennent les pollinisateurs et les oiseaux, et vulnérabilité accrue aux chocs liés au climat qui peuvent se propager à travers les systèmes alimentaires régionaux.
Le sud-est agricole de la Roumanie, où opère Agricost, borde le Delta du Danube — le plus grand delta fluvial d’Europe et site du patrimoine mondial de l’UNESCO — ce qui signifie que la pollution à l’échelle du paysage ou la perturbation hydrologique pourrait avoir des conséquences transfrontalières pour des habitats hautement protégés.
À 57 000 ha, les mesures d’évitement ou d’atténuation qui sont options à plus petite échelle deviennent essentielles pour prévenir les impacts cumulatifs qui saignent les objectifs de biodiversité et de qualité de l’eau du Green Deal de l’UE.
Les organes de l’UE ou les États membres ont-ils fait un suivi — et qu’ont dit les politiciens et parties prenantes ?
Les réactions institutionnelles initiales capturées dans la couverture médiatique étaient limitées : la Commission et d’autres organes de l’UE ont été signalés comme ayant « pris note » des découvertes d’enquête, une phrase qui signale la conscience mais pas nécessairement l’action d’application ou un audit immédiat. Les groupes de plaidoyer et les journalistes qui ont mené l’enquête ont appelé à beaucoup plus : transparence sur les propriétaires bénéficiaires ultimes des grands bénéficiaires PAC et audits environnementaux ciblés pour les exploitations dépassant certains seuils de taille ou de paiement.
L’ensemble de données d’enquête documente 110 paiements PAC liés à des entités liées au réseau Al Nahyan/ADQ, indiquant un modèle soutenu de réception de subventions plutôt qu’une anomalie isolée — un modèle que la société civile dit justifie des étapes de supervision urgentes.
À ce jour du reporting cité, il n’y avait aucun registre public d’un commissaire européen ou député européen nommé menant une affaire d’application formelle et publique spécifiquement contre Agricost — seulement des notes institutionnelles et des réponses presse, que les critiques jugent inadéquates étant donné l’échelle.
Quels problèmes de transparence et de gouvernance cela révèle-t-il — propriété, contrôle bénéficiaire et sauvegardes d’intérêt public ?
Trois déficits de gouvernance liés sont visibles à partir des preuves :
Opacité de la propriété : les structures de détention transjuridictionnelles (y compris des entités chypriotes et des véhicules d’investissement liés à des souverains) peuvent obscurcir qui contrôle finalement les grandes terres agricoles, compliquant les vérifications d’éligibilité PAC et le contrôle public.
Reporting public faible : les paiements PAC sont enregistrés, mais la ligne de l’agence payante au propriétaire bénéficiaire et aux résultats environnementaux est souvent incomplète dans les registres publics, surtout pour les structures sociales complexes.
Retard d’application : le cadre juridique de la PAC inclut la conditionnalité et les éco-régimes, mais leur efficacité dépend de la vérification active et de la volonté politique de poursuivre des enquêtes où les risques environnementaux à grande échelle et les intérêts souverains étrangers se croisent.
Ce ne sont pas des préoccupations théoriques : l’ensemble de données d’enquête qui sous-tend la revendication de 71 millions d’euros a documenté des modèles de paiement transfrontaliers et des liens sociaux, montrant des flux traçables systémiques.

Qu’ont proposé les analystes et advocates de réforme de l’UE — et où se situe la France ?
Les prescriptions politiques offertes par les analystes et la société civile incluent des mesures immédiates : divulgation publique obligatoire des propriétaires bénéficiaires ultimes pour les bénéficiaires au-dessus d’un seuil de paiement ; audits environnementaux automatiques déclenchés par l’échelle ou la taille du paiement ; et publication des données de participation et de vérification d’éco-régime pour les grandes exploitations. La France — un advocate vocal pour la rigueur des éco-régimes — a argué dans les débats PAC que l’argent public doit payer pour les biens publics, un argument qui remet directement en question la notion de grandes fermes méga orientées vers l’exportation recevant despaiements directs substantiels sans retours environnementaux démontrables.
La PAC fournit déjà des outils (éco-régimes, conditionnalité) qui pourraient être utilisés pour cibler les résultats environnementaux ; le shortfall est dans la transparence et l’application aux niveaux État membre et UE.
Le reporting d’enquête et les ONG demandent à la Commission et aux agences payantes nationales de publier les contrôles appliqués avant chaque paiement et d’ouvrir des enquêtes où les preuves pointent vers l’opacité de la propriété bénéficiaire combinée avec le risque environnemental à grande échelle.
Quelles mesures pratiques l’UE devrait-elle prendre maintenant ?
Basé sur les faits documentés — le chiffre agrégé de 71 millions d’euros, la réception rapportée de 10,5 M€ d’Agricost en 2024 et son échelle de 57 000 ha, et l’absence de registre d’audit public — les actions immédiates recommandées sont :
- Publier des données au niveau du bénéficiaire liées aux propriétaires bénéficiaires pour les paiements au-dessus d’un seuil élevé, avec documentation de liaison sociale étayante. L’ensemble de données d’enquête qui a produit l’agrégat de 71 M€ démontre qu’un tel traçage est possible et nécessaire.
- Déclencher des audits environnementaux ciblés pour les exploitations au-dessus d’un seuil (par exemple, les 1% les plus grands par superficie ou les bénéficiaires des 5% les plus élevés de paiements), avec des résultats publiés et des mesures correctives à délai limité. La sensibilité écologique du bassin du Danube et l’ampleur de l’empreinte d’Agricost justifient de tels déclencheurs.
- Exiger que la participation aux éco-régimes pour les grands bénéficiaires soit accompagnée de mesures de restauration ou de biodiversité vérifiables (restauration de haies, bandes tampons, régimes d’intrants réduits) et rendre les données de conformité accessibles au public.
Pourquoi cela compte pour le contrôle démocratique des fonds de l’UE
Si plus de 70 millions d’euros de fonds PAC peuvent être tracés vers des entités liées à une famille régnante étrangère sans confirmation transparente du propriétaire bénéficiaire ou un audit environnemental public parallèle pour la plus grande ferme unique, la crédibilité de la PAC comme outil pour acheter des biens publics est compromise ; cette lacune met en danger non seulement la biodiversité et la qualité de l’eau dans des régions sensibles comme le bassin du Danube mais aussi la confiance du public dans les institutions de l’UE et les agences payantes nationales.
Déclarations
- « The money was spread over 110 payments made between 2019 and 2024 under the bloc’s Common Agricultural Policy (CAP), and related to farms in Romania, Italy and Spain, their report said. »
- « Subsidiaries held by the Al Nahyan royal family and an Emirati sovereign wealth fund received more than 71 million euros ($84 million) in subsidies, according to findings by the DeSmog journalism collective. »
- « Eco-schemes support farmers who adopt or maintain farming practices that contribute to EU environmental and climate goals. »



