Israël s’oriente vers la reconnaissance du génocide arménien dans un contexte de tensions avec la Turquie

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Israël s’oriente vers la reconnaissance du génocide arménien dans un contexte de tensions avec la Turquie
Credit: AP

Israël a franchi une étape importante vers la reconnaissance des atrocités commises contre le peuple arménien pendant la Première Guerre mondiale par l’Empire ottoman comme un acte de génocide, ce qui constitue sans aucun doute une évolution politique et morale majeure dans la position israélienne sur cette question. Cela intervient à un moment où les relations entre les deux pays — Israël et la Turquie — sont devenues assez tendues, rendant cette décision significative à la fois sur le plan historique et diplomatique. Bien qu’elle n’ait pas encore été adoptée comme loi, le soutien unanime du Conseil des ministres est un fait particulièrement rare.

Pendant des années, Israël avait évité d’utiliser au niveau de l’État le terme de génocide, malgré des remarques périodiques de responsables politiques et la pression répétée d’avocats de la cause arménienne et d’historiens. La dernière décision se distingue donc non seulement par ce qu’elle dit du passé, mais aussi par ce qu’elle suggère du présent : une volonté israélienne plus affirmée de contester publiquement la Turquie et de s’aligner plus ouvertement sur la reconnaissance mondiale de la tragédie arménienne.

Ce que le Cabinet a approuvé

Au vu des informations rapportées, on peut comprendre que le Cabinet israélien a adopté une résolution reconnaissant comme génocide les massacres des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale. Cette décision a été portée par le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, qui a évoqué la question sous l’angle moral et historique. Toutefois, sa validité juridique doit encore être approuvée par la Knesset.

La distinction est importante. L’approbation par le Cabinet constitue un message fort de l’exécutif, mais celle du Parlement élèvera la question au rang de reconnaissance officielle de l’État. Cela rend la période actuelle particulièrement cruciale, car Israël a franchi une étape, sans toutefois achever la procédure législative. D’un point de vue pratique, cela signifie qu’il reste encore une marge de négociation.

Le poids historique de 1915

Les événements évoqués renvoient aux massacres de masse d’Arméniens sous l’Empire ottoman en déclin, autour de 1915, durant les bouleversements de la Première Guerre mondiale. Les historiens et spécialistes du génocide estiment généralement que jusqu’à 1,5 million d’Arméniens ont été tués. Le génocide arménien est largement décrit comme le premier génocide du XXe siècle, une qualification qui confère à cette question une importance symbolique plus large que le seul cas arménien.

Ce contexte historique explique en grande partie pourquoi la controverse autour de la reconnaissance dure depuis plus d’un siècle. Pour les Arméniens, le problème ne concerne pas seulement l’histoire, mais aussi la dignité et la reconnaissance internationale. Pour ceux qui s’opposent à cette reconnaissance, y compris le gouvernement turc, cette qualification a des implications politiques et juridiques, car elle suppose une responsabilité dans l’atrocité et non la simple tragédie de la guerre. Les chiffres mentionnés dans le reportage sont révélateurs : une source cite une estimation allant de 664 000 à 1,2 million de victimes selon le United States Holocaust Memorial Museum, tandis que d’autres historiens avancent le chiffre de 1,5 million. Si le nombre exact a été débattu pendant des décennies, le consensus général dans le domaine des études sur les génocides est qu’il s’agissait bien d’un génocide.

Pourquoi la décision d’Israël compte

La décision prise par Israël revêt une importance qui dépasse le cadre académique. La question de la reconnaissance a longtemps été évitée par Israël en raison de ses liens étroits avec la Turquie ainsi que de sa relation relativement récente mais importante avec l’Azerbaïdjan. Ainsi, la décision de reconnaître le génocide arménien marque une rupture nette avec la ligne diplomatique de long terme adoptée par Israël. C’est pourquoi le vote du Cabinet est important à la fois sur le plan historique et géopolitique. Il montre qu’Israël est prêt à assumer les coûts d’une telle reconnaissance malgré ses problèmes avec la Turquie.

Cette reconnaissance rapproche également Israël des autres États qui ont officiellement reconnu le génocide, notamment les États-Unis, la France, l’Allemagne et l’Italie. C’est important, car la reconnaissance mondiale est devenue un terrain où les États affichent leur position sur les droits humains, la responsabilité historique et les principes diplomatiques. La décision israélienne ajoute un autre grand État à cette liste, si la proposition franchit l’étape parlementaire.

L’évolution de la position israélienne

La question a toutefois toujours été complexe en Israël. Le pays n’a jamais reconnu officiellement les événements par le passé, malgré l’usage du terme génocide par certains responsables ou politiques israéliens. Selon l’Associated Press, la Knesset n’avait jamais reconnu officiellement le génocide arménien par un vote, ce qui fait de la décision du Cabinet un événement institutionnel majeur. En d’autres termes, ce contexte explique pourquoi cette information est présentée comme une percée dans la politique israélienne. Cette avancée ne concerne pas uniquement la terminologie. Elle reflète aussi un changement dans la manière dont Israël cherche à équilibrer ses considérations morales et diplomatiques. Pendant longtemps, les secondes ont pris le dessus, avant que les premières ne deviennent suffisamment fortes.

La position d’Israël comporte aussi une dimension symbolique. Le génocide arménien a souvent été évoqué en parallèle avec la Shoah comme l’une des atrocités fondatrices de l’époque moderne. Cette comparaison a historiquement rendu la prudence israélienne particulièrement notable. Une évolution vers une reconnaissance officielle porte donc une forte résonance émotionnelle et éthique, à l’intérieur comme à l’extérieur d’Israël.

La réaction probable de la Turquie

La position de la Turquie est claire et constante : elle rejette l’appellation de génocide. Les responsables turcs ont historiquement soutenu que le bilan humain avait été exagéré et que les Arméniens étaient morts dans un contexte de guerre civile, de troubles internes et d’effondrement de l’ordre impérial. Du point de vue d’Ankara, la reconnaissance par d’autres pays n’est pas simplement une question d’interprétation historique ; c’est une attaque contre l’identité turque, sa légitimité et son statut diplomatique.

C’est précisément la raison pour laquelle les actions d’Israël entraîneront très probablement une intensification des tensions. La Turquie a montré une forte tendance à réagir vigoureusement lorsque des États décident de reconnaître le génocide arménien, et l’action d’Israël aura une portée particulière compte tenu des relations déjà tendues entre les deux pays. Les informations disponibles laissent entendre que le moment choisi a une signification claire : un message adressé à la Turquie, et loin d’être subtil. Cela ne signifie pas que la Turquie prendra immédiatement des mesures contre Israël, mais le symbole lui-même pèsera lourd.

Le cadrage moral de Sa’ar

L’un des éléments centraux de l’affaire est le rôle du ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, qui aurait porté la proposition. Son cadrage est important, car il présente la question non seulement comme un dossier de politique étrangère, mais comme un devoir moral. Ce type de langage compte dans les différends diplomatiques, car il déplace le débat de la commodité politique vers la responsabilité éthique.

L’insistance de Sa’ar sur la mémoire morale laisse entendre que la reconnaissance visait à exprimer quelque chose de plus grand qu’une simple réaction pragmatique à la Turquie. Cependant, le caractère politique de cette reconnaissance rend impossible toute séparation nette entre ces deux dimensions. Les deux sont souvent entremêlées en politique étrangère, et cela semble être le cas ici. On peut donc lire cette proposition sous deux angles simultanément : d’une part, un message sur l’exactitude historique ; d’autre part, un message inscrit dans la rivalité régionale avec la Turquie.

Le contexte international plus large

La reconnaissance internationale du génocide arménien a progressé au fil du temps, mais elle demeure inégale. Certains gouvernements l’ont officiellement reconnue, tandis que d’autres continuent d’éviter ce terme en raison de leurs liens diplomatiques avec la Turquie ou de leur malaise face à l’intervention dans des disputes historiques. La question est donc devenue un test de la volonté des États de privilégier le jugement historique plutôt que les intérêts stratégiques du moment.

La décision d’Israël s’inscrit dans ce schéma plus large. Lorsqu’un grand État reconnaît le génocide, il ne se contente pas d’admettre un fait historique. Il affirme aussi que les gouvernements ont la responsabilité de nommer clairement les crimes de masse, même lorsque cette désignation a un coût politique. Pour les Arméniens, chaque reconnaissance compte, car elle ajoute de la légitimité à une longue lutte pour la reconnaissance.

La reconnaissance par les États-Unis en 2021, sous la présidence de Joe Biden, a compté parmi les exemples récents les plus importants de cette tendance. Elle a contribué à normaliser l’usage de ce terme dans le langage des États. Une reconnaissance formelle par Israël consoliderait cette dynamique et pourrait amener d’autres gouvernements à reconsidérer leur position. La prochaine étape sera l’approbation du Parlement. Avant cela, la décision du Cabinet restera au niveau d’un événement politique majeur, sans constituer encore la fin du processus.

Le calendrier de ce vote sera déterminant. Si le dossier avance rapidement, le signal adressé à la Turquie et aux observateurs internationaux sera sans ambiguïté. S’il prend du retard, ce moment pourra malgré tout rester dans les mémoires comme une percée symbolique, mais inachevée sur le plan de la reconnaissance étatique. Quoi qu’il en soit, l’approbation du Cabinet a déjà changé le ton du débat.

Pour Israël, cette décision ouvre aussi un débat plus large sur la manière dont l’histoire est utilisée dans l’action d’État. Les gouvernements préfèrent souvent une mémoire sélective, surtout lorsque des intérêts diplomatiques sont en jeu. En avançant vers cette reconnaissance aujourd’hui, Israël suggère que certaines vérités historiques sont suffisamment importantes pour l’emporter sur la prudence politique.

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