La France abroge le Code Noir de l’ère de l’esclavage dans un vote historique

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La France abroge le Code Noir de l'ère de l'esclavage dans un vote historique
Credit: Associated Press

Dans un rare exemple de consensus politique et de contemplation historique, l’Assemblée nationale française a adopté une motion par un vote unanime jeudi afin d’annuler le Code Noir, qui est un ensemble de règles établies en 1685 concernant la période de l’esclavage dans l’empire colonial français. Avec un décompte final de 254-0, le Code Noir, qui a été conservé dans les livres de statistiques jusqu’à aujourd’hui depuis la fin de l’esclavage en 1848, ne fait plus partie de la loi.

« Ce vote ne s’agit pas seulement d’effacer une loi ; il s’agit de enfin fermer un chapitre de déshumanisation qui a duré trop longtemps »,

a déclaré la députée Marie-Noëlle Linklar, l’une des commanditaires du projet de loi, alors qu’elle s’adressait à l’assemblée avec une émotion visible. Ses mots ont résonné dans toute la chambre, où plusieurs législateurs ont été émus aux larmes pendant le débat.

Le Code Noir : un cadre juridique brutal du XVIIe siècle

Le Code Noir ou Code Black a été émis en mars 1685 par le roi Louis XIV. Le document juridique a fourni un cadre juridique de l’esclavage dans les colonies françaises situées dans la mer des Caraïbes et l’océan Indien telles que Saint-Domingue (maintenant connue sous le nom d’Haïti), la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion. Les esclaves étaient définis comme du bétail, privés de droits et faisant face à des pénalités sévères en cas de résistance ou de tentatives de fuite.

Le document stipulait que tous les esclaves devaient être baptisés comme catholiques. La migration juive vers les colonies françaises était interdite et les juifs résidant là-devaient partir ou être forcés de se convertir. Bien que le document inclut les règles sur la façon dont les personnes esclavagisées devraient être traitées, ces réglementations ont été mal appliquées. En particulier, les esclavagistes avaient le droit de mutiler, torturer ou tuer leur propriété.

« Le Code Noir n’était pas juste une loi ; c’était un plan pour la déshumanisation »,

a expliqué le Dr Jean-Luc Martin, un historien spécialisé dans l’esclavage colonial français à l’Université de Sorbonne.

« Il a transformé des êtres humains en marchandises et a donné une couverture légale aux formes les plus brutales d’exploitation. »

Malgré l’abolition de l’esclavage par la France en 1848 sous la Deuxième République, le Code Noir n’a jamais été formellement abrogé. Il est resté tranquillement intégré dans les textes juridiques français, influençant les systèmes de travail coloniaux et les hiérarchies raciales bien jusqu’au XXe siècle.

Le chemin vers l’abrogation : des décennies de plaidoyer et de reckoning historique

Les efforts pour abroger le Code Noir ont commencé sérieusement au début du XXIe siècle avec la France sous une pression accrue pour reconnaître son passé colonial. C’est en 2001 que la loi Taubira a officialisé la classification de l’esclavage comme crime contre l’humanité, ce qui était un mouvement important mais symbolique vers la reconnaissance de cette période sombre de l’histoire.

Ce n’est qu’en 2024 que la question a finalement atteint un stade où une motion législative a été introduite à l’Assemblée nationale. Cette motion, présentée par des législateurs de la métropole française et des départements d’outre-mer, a fait valoir que le fait d’avoir le Code Noir sur le registre était inconstitutionnel car il allait à l’encontre de l’égalité et de la dignité humaine.

« Nous ne pouvons pas prétendre être une nation de liberté, d’égalité et de fraternité tandis qu’une loi qui a autrefois transformé des êtres humains en propriété reste dans nos livres de statistiques »,

a déclaré le sénateur François Dubois de la Guadeloupe pendant le débat parlementaire.

Il y a eu aussi des critiques de la part des législateurs conservateurs qui ont maintenu que l’abolition du Code Noir serait simplement symbolique, et que les véritables inégalités étaient causées par les pratiques économiques actuelles plutôt que par un statut defunct. Cependant, ce raisonnement n’a pas prévalu car la majorité des législateurs considéraient ce mouvement comme symbolique et psychologiquement important.

Le vote : unanimité dans un parlement divisé

Le vote unanime de l’Assemblée nationale, avec 254 voix contre zéro, était unique dans sa cohérence. Dans un environnement normalement caractérisé par des divisions, l’abrogation du Code Noir a réuni des politiciens de différentes orientations idéologiques, de ceux de l’extrême gauche à d’autres de l’centre droit, dans une cause commune basée sur la conviction morale. L’ambiance dans la salle de l’assemblée était émotionnelle alors que beaucoup se rappelaient des expériences personnelles impliquant leurs proches qui avaient été autrefois esclaves ou travaillaient dans des plantations coloniales.

« Pour ma grand-mère, qui a vécu les dernières décennies des systèmes de travail coloniaux, ce vote est une forme de justice qu’elle n’a jamais vue de son vivant »,

a déclaré la représentante Amina Diallo de la Martinique, sa voix se brisant alors qu’elle parlait.

« Elle est morte en croyant que la France n’admettrait jamais pleinement ce qui a été fait à son peuple. »

Le vote a été suivi d’un moment de silence pour honorer les millions d’esclaves morts sous le régime du code. Le poids émotionnel du moment a été capturé dans des diffusions en direct qui montraient des législateurs essuyant des larmes et s’embrassant les uns les autres.

Ce que l’abrogation signifie juridiquement et symboliquement

Juridiquement, l’abrogation retire un texte juridique dormant mais techniquement valide du code français. Bien que le Code Noir n’ait pas été activement appliqué depuis le XIXe siècle, sa présence dans la loi française était un fardeau symbolique qui contredisait les principes constitutionnels modernes.

« Cette abrogation n’efface pas le passé, mais elle retire une contradiction juridique qui ne correspond plus à nos valeurs »,

a déclaré la professeur de droit constitutionnel Claire Rousseau.

« C’est une étape nécessaire vers l’alignement de la loi française avec les principes de dignité humaine que nous prétendons soutenir. »

En termes de symbolisme, la décision marque un mouvement important de la France vers la prise de conscience de son passé colonial, suivant des mouvements récents tels que la création d’un monument national dédié aux victimes de l’esclavage et l’inclusion de l’histoire coloniale dans les programmes scolaires français.

Mais les critiques ont averti qu’il ne suffit pas pour la France de simplement s’engager dans des actions symboliques. Les politiciens et les militants soulignent que ce qui compte le plus est de traiter les inégalités économiques et sociales qui existent toujours entre les territoires d’outre-mer de la France et la France elle-même.

« Abroger le Code Noir est important, mais ce n’est que le début »,

a déclaré l’activiste et descendant d’esclaves, Jacques Saint Fleur.

« Nous avons besoin de réparations, d’investissement dans l’éducation et de véritables opportunités économiques pour les communautés qui souffrent encore de siècles d’exploitation. »

Le reckoning colonial continu de la France

Pendant des années, l’attitude de la France envers son héritage colonial est restée problématique. Contrairement à d’autres anciens colonisateurs, la France a été réticente à admettre les crimes associés à la fois à l’esclavage et au colonialisme. La première fois que l’État a admis que l’esclavage était un crime contre l’humanité remonte à 2001. De plus, le pays a résisté aux tentatives de payer des réparations pour ces torts.

À cet égard, l’abolition du Code Noir devrait être vue comme faisant partie de la tendance mondiale vers la résolution des questions d’héritage colonial. On peut mentionner des développements récents tels que le débat sur les monuments coloniaux au Royaume-Uni ou les réparations pour le génocide Herero en Allemagne.

En France, ce mouvement a été dirigé par des militants, des historiens et des législateurs des territoires d’outre-mer qui ont longtemps exigé reconnaissance et réparations. L’abrogation du Code Noir est vue comme une victoire pour ce mouvement, bien que beaucoup soutiennent que plus doit être fait.

« C’est une victoire, mais c’est une petite victoire »,

a déclaré l’historien Dr Martin.

« Le vrai test sera de savoir si la France suit avec des actions concrètes pour traiter les inégalités que l’esclavage et le colonialisme ont créées. »

Réactions internationales et signification historique

Les réactions internationales à l’abrogation ont été largement positives. Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’esclavage et les droits de l’homme a salué le mouvement comme une « étape significative vers la justice historique ». Les nations caribéennes, dont beaucoup étaient des colonies puissantes sous le Code Noir, ont publié des déclarations reconnaissant l’importance du vote tout en appelant à des actions supplémentaires.

« Ce vote est une reconnaissance depuis longtemps due d’une histoire douloureuse »,

a déclaré la ministre haïtienne des Affaires étrangères Marie-Victoire Saintil.

« Mais Haïti et d’autres anciennes colonies attendent encore des réparations réelles et la reconnaissance de la richesse immense qui a été extraite de notre peuple. »

L’abrogation résonne également au-delà des frontières de la France. Aux États-Unis, où des débats similaires sur les monuments confédérés et les réparations de l’esclavage continuent, le vote français est observé comme un modèle potentiel pour la façon dont les nations peuvent affronter formellement leur passé.

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