La tournée de Macron en Afrique de l’Est : Redéfinir le rôle déclinant de la France

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La tournée de Macron en Afrique de l'Est : Redéfinir le rôle déclinant de la France
Credit: AFP

La dernière tournée du président français Emmanuel Macron dans la région est-africaine marque une période critique dans l’évolution des relations de la France avec cette région, dans un effort pour réparer ses relations économiques et sécuritaires dégradées, ainsi que face à la montée des sentiments négatifs envers la France. Le voyage a débuté les 9 et 10 mai 2026 et sera suivi de visites en Égypte et en Éthiopie après le Kenya.

Ce mouvement diplomatique audacieux du gouvernement français, qualifié de « bulletin de notes » par le gouvernement français concernant la politique africaine de Macron à un an de la fin de son mandat, indique clairement que la France modifie sa politique diplomatique des anciens pays francophones d’Afrique de l’Ouest vers les pays anglophones dynamiques d’Afrique de l’Est. Cela est particulièrement vrai compte tenu de la présence croissante de la Chine, de la Russie et de la Turquie en Afrique.

Impératif stratégique derrière la tournée

La visite de Macron en Afrique de l’Est est opportune dans le contexte de l’influence déclinante de la France en Afrique, les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ayant expulsé les soldats français de leurs pays, rompu les accords de défense et même organisé des manifestations contre les pratiques néocoloniales, obligeant la France à abandonner sa présence militaire dans la région.

La réaction s’est également étendue au domaine économique, où des entreprises françaises comme TotalEnergies ont été attaquées, tandis que les médias français ont vu leurs opérations au Tchad stoppées, entre autres. Il est à noter que le voyage de Macron vers la région orientale fait partie d’une stratégie de diversification qui met l’accent sur le Kenya, quatrième plus grand partenaire commercial de la France en Afrique de l’Est en termes de relations commerciales bilatérales en 2024. En organisant le sommet à Nairobi, la France franchit une étape sans précédent en rompant avec une pratique de 53 ans tenue à Paris.

Les diplomates français présentent la tournée comme un réinitialisation globale, englobant la diplomatie culturelle, les projets de développement vert et des arrangements économiques concrets. S’appuyant sur les visites de 2025 à Maurice, en Afrique du Sud, au Gabon et en Angola effectuées par le président Macron, cette visite en Afrique de l’Est vise à combler les lacunes géopolitiques créées par le retrait de la France d’Afrique de l’Ouest. Bien qu’une réponse favorable soit observée concernant l’accord de défense signé entre la France et le Kenya, cela n’est pas sans implications, indiquant une forme de coopération entre avantages sécuritaires et économiques malgré les difficultés des entreprises françaises à pénétrer le marché est-africain dominé par les firmes asiatiques.

Relance économique au cœur

Le principal objectif de la visite du président Macron en Afrique de l’Est est un effort urgent pour raviver les relations économiques, le Kenya servant de point focal. Les diplomates français soulignent la contribution de Nairobi au commerce panafricain en raison de son potentiel en tant que centre d’innovation dans la région. Les statistiques de 2024 révèlent des volumes commerciaux faibles mais croissants, la France étant désireuse d’accélérer la croissance via des coentreprises dans la technologie financière, les énergies renouvelables et l’agriculture.

La réunion « Africa Forward », coprésidée par Macron et Ruto, est une plateforme pour des accords commerciaux de haut niveau, allant bien au-delà des discours symboliques vers des étapes concrètes sur la protection des investissements et l’accès aux marchés. Cela représente un changement marqué par rapport aux tentatives précédentes, lorsque la cour de Macron auprès des dirigeants est-africains en 2019 n’a donné que peu de résultats pour les entreprises françaises malgré une concurrence locale rude.

En s’adressant à l’Égypte et à l’Éthiopie, la tournée exploite des marchés d’importance stratégique. L’Égypte, l’une des nations les plus fortes d’Afrique du Nord, offre une opportunité d’investissement dans ses infrastructures et sa défense, en tirant parti des intérêts communs en Méditerranée. L’Éthiopie, désormais en paix, offre un potentiel dans sa reconstruction économique avec l’assistance française. La délégation française encourage les entreprises privées françaises à répondre aux besoins du marché africain.

Ce nouveau réalignement économique répond à des circonstances changeantes : la population jeune et la révolution technologique du continent exigent une collaboration flexible plutôt qu’une aide paternaliste. Macron tente de présenter la France comme un soutien au développement du continent plutôt qu’un exploiteur, en se positionnant comme un partenaire du développement.

Réalignement sécuritaire au milieu des réactions négatives

Les questions de sécurité constituent également un enjeu central de la tournée, la France passant de sa vieille stratégie d’action solitaire à la coopération. Cela est évident dans les expulsions d’Afrique de l’Ouest, où les troupes françaises ont rencontré une hostilité en Côte d’Ivoire, au Mali et au Burkina Faso.

Cette approche se concentre sur la vente d’armes, le partage de renseignements et la formation des forces militaires locales, minimisant ainsi l’implication directe de la France tout en conservant son influence. Le cas du Kenya, qui soutient la signature d’un nouveau pacte de sécurité, démontre comment une telle approche peut mener à la vente d’armes high-tech et à une aide antiterroriste spécifique à l’Afrique de l’Est.

Le récit sécuritaire de la tournée est indissociablement lié à la lutte contre les sentiments anti-français qui se sont développés dans tout le Sahel et au-delà. Des recherches et rapports décrivent un mélange toxique de griefs incluant la domination économique des corporations françaises, le contrôle monétaire par le franc CFA et les interventions militaires ratées pour juguler les points chauds jihadistes. Des exemples d’attaques incluent des foules assaillant les ambassades françaises, l’expulsion de diplomates et la destruction de biens corporatifs, alimentés par des campagnes sur les réseaux sociaux qui dépeignent la France comme un vestige colonial.

Macron aborde cela de front, plaidant pour une « nouvelle relation » fondée sur l’égalité, comme repris dans des discours antérieurs revisitant les liens France-Afrique. En Afrique de l’Est, où les griefs historiques sont moins aigus, ce message résonne plus facilement, permettant à Paris de projeter un partenariat plutôt que du paternalisme.

Là où les attitudes anti-françaises étaient autrefois limitées aux espaces francophones, elles se sont étendues à des discussions plus larges en Afrique, menaçant l’héritage que le président Macron pourrait laisser. Des manifestations violentes au Mali, au Burkina Faso et au Tchad, entre autres pays, sont passées au-delà de la simple rhétorique et impliquent maintenant des coups d’État coordonnés avec le contractor militaire privé russe, le groupe Wagner.

La visite vise à y remédier en se concentrant sur des interactions culturelles et des accords éducatifs pour humaniser la France plutôt que de la voir à travers le prisme militaire et économique. Les discussions lors du sommet de Nairobi porteront sur les valeurs communes entre les deux pays telles que la démocratie et l’innovation.

Mais des problèmes persistent. En particulier, les entreprises françaises ont traditionnellement eu du mal à opérer en Afrique de l’Est en raison de la bureaucratie, du protectionnisme et de réputations ternies par des scandales sur le continent. La nouvelle proposition de Macron pour l’autonomie stratégique des pays africains vise à positionner la France comme un partenaire capable de rivaliser avec d’autres puissances, mais beaucoup doutent qu’elle puisse surmonter son passé. La coopération entre les deux leaders, selon les rapports du sommet, représente un signe d’espoir et indique que les relations évoluent vers des relations plus matures.

Contexte géopolitique plus large

La tournée de Macron en Afrique de l’Est intervient à un moment où le continent africain a radicalement changé, la France devant rivaliser avec plusieurs puissances concurrentes. Les investissements chinois dans le cadre de son Initiative Belt and Road ont surpassé l’aide étrangère française, tandis que la Russie utilise des mercenaires pour combler les lacunes sécuritaires. Les drones produits par la Turquie gagnent du terrain dans les zones de conflit. La tournée fait suite à des années de réinitialisation, et en 2025, la France empruntera une voie sud. La France s’est positionnée comme un acteur clé dans la technologie verte, les ventes de défense et le soft power.

Critiquement, l’initiative teste la vision de Macron d’une « Afrique multilatérale », où Paris amplifie les voix africaines dans les forums mondiaux. Les visites en Égypte et en Éthiopie étendent cela, en tirant parti du poids diplomatique du Caire et du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba pour un impact continental. Alors que les vagues anti-françaises s’apaisent à l’Est, les opportunités pour la diplomatie culturelle — via des programmes linguistiques et des échanges d’artistes — renforcent les gains économiques. Les médias français dépeignent la tournée comme un « ciment d’héritage », Bloomberg notant de nouvelles alliances au milieu de liens coloniaux usés.

Implications pour les relations France-Afrique

À l’avenir, la tournée de Macron en Afrique de l’Est pourrait inaugurer un modèle durable pour l’engagement continental de la France, mêlant humilité et ambition. En priorisant les hubs est-africains, Paris se protège contre les pertes ouest-africaines, favorisant des liens diversifiés résilients face aux réactions populistes. Les métriques économiques évalueront le succès : une augmentation des IDE, des coentreprises et des excédents commerciaux signaleront la viabilité. Les pactes sécuritaires, s’ils sont largement ratifiés, stabiliseraient le rôle de la France sans excès. Cependant, les courants anti-français persistants exigent une vigilance — les réseaux sociaux amplifient les griefs, et les rivaux guettent.