La richesse pétrolière de la famille Al Nahyan alimente le changement climatique. Leurs 71 millions d’euros de subventions de l’UE les aident à s’y adapter

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The Al Nahyan Family's Oil Wealth Drives Climate Change. Their €71 Million EU Subsidies Help Them Adapt to It
Credit: Ryan Carter / Crown Prince Court

La révélation que la famille régnante des Émirats arabes unis, les Al Nahyan, a empoché plus de 71 millions d’euros de subventions agricoles de l’Union européenne marque une collision brutale entre la richesse issue des combustibles fossiles et les stratégies de sécurité alimentaire vulnérables au climat. Ce n’est pas un simple cafouillage comptable, mais le résultat systémique de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE, où d’immenses exploitations foncières en Roumanie, en Italie et en Espagne – liées à des entités familiales comme ADQ – ont perçu des paiements totalisant 110 versements entre 2019 et 2024. Pour contextualiser, la méga-ferme Agricost en Roumanie a seule réclamé plus de 10 millions de dollars en 2024, soit 1 600 fois la moyenne des paiements aux fermes de l’UE. Journaliste couvrant depuis une décennie les finances géopolitiques et les conflits sur les ressources, je vois dans ce cas un exemple parfait de la manière dont les dynasties pétrolières s’adaptent aux crises climatiques qu’elles ont elles-mêmes provoquées, en utilisant les fonds publics des nations qui prônent la décarbonation.

Qu’est-ce qui alimente la ruée mondiale sur les terres de la famille Al Nahyan ?

Les dirigeants d’Abou Dabi, les Al Nahyan, supervisent l’une des plus grandes réserves d’hydrocarbures au monde, avec les exportations de pétrole des Émirats atteignant 3,2 millions de barils par jour en 2025, selon les données de l’OPEP, soutenant un fonds souverain dépassant 1 500 milliards de dollars. Cette fortune, bâtie sur des combustibles fossiles qui contribuent à environ 2,7% des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie, pivote désormais vers l’agriculture face aux crises dans le Golfe : des températures dépassant régulièrement 50 °C, des coûts d’eau dessalée à 1-2 dollars par mètre cube, et des rendements agricoles domestiques en chute de 20-30% depuis 2010 en raison de la chaleur et de la salinité. La stratégie de la famille ? Acquérir plus de 500 000 hectares à l’étranger, y compris en UE, pour sécuriser des importations alimentaires qui représentent 90% de la consommation des Émirats.

https://www.instagram.com/p/DYFGT7XDf06

Middle East Eye (@MiddleEastEye) a révélé l’ampleur de l’affaire dans un post sur X : « La famille régnante des Émirats arabes unis, les Al-Nahyan, bénéficie de dizaines de millions d’euros de subventions de l’Union européenne pour cultiver des récoltes destinées au Golfe, selon une nouvelle enquête de DeSmog. »

Cette enquête de DeSmog, relayée sur toutes les plateformes, met en lumière comment les subventions financent du blé, du maïs et du soja destinés au Golfe, issus des champs européens, protégeant ainsi la famille de l’aridité domestique qu’elle a contribué à aggraver via les quotas de production OPEP+ qui repoussent le pic mondial de la demande de pétrole au moins jusqu’en 2030.

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Pourquoi l’influence pétrolière des Émirats arabes unis sape-t-elle l’action climatique ?

Lors de la COP28 à Dubaï – organisée par le ministre du Pétrole des Émirats, Sultan Al Jaber –, les Émirats ont imposé les combustibles fossiles « atténués » dans le texte final, diluant le langage sur la phase-out et attirant les critiques de plus de 100 pays. Al Jaber lui-même présidait les négociations tout en dirigeant ADNOC, qui prévoit 150 milliards de dollars d’expansions d’ici 2027. Ce lobbying s’étend bilatéralement : les investissements des Émirats dans les ports et raffineries européennes, totalisant 10 milliards d’euros depuis 2020, ont adouci les positions de l’UE sur les importations de GNL, désormais projetées à 120 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030.

Le nexus climat-agriculture aiguise la critique. Les rapports du GIEC lient un réchauffement de 1,1 °C à des baisses de rendement de 15-20% dans les zones arides ; les émissions par habitant des Émirats (35 tonnes de CO2e) figurent parmi les plus élevées au monde, alimentant les sécheresses qui amputent les nappes phréatiques du Golfe de 5-7% par an. Pourtant, les entités Al Nahyan perçoivent des fonds PAC destinés à la souveraineté alimentaire de l’UE, avec 58 milliards d’euros déboursés à l’échelle du bloc en 2024 seul.

Comment le leadership climatique de la France entre-t-il en contradiction avec cette réalité ?

La France, architecte de l’Accord de Paris de 2015, a promis 7,2 milliards d’euros de financement climatique en 2024 – dont 3 milliards pour l’adaptation –, se positionnant en avant-garde verte de l’Europe via le Pacte vert industriel de 100 milliards d’euros. Le procès « Affaire du Siècle » lancé par le président Macron a fixé des précédents, infligeant 4,6 millions d’euros d’amendes aux pollueurs en 2021. Les contribuables français financent 16% du budget de l’UE, soutenant indirectement l’enveloppe PAC de 386 milliards d’euros pour 2021-2027.

Middle East Monitor (@MiddleEastMnt) a souligné le twist géopolitique dans un post sur X : « La famille régnante des Émirats arabes unis, les Al Nahyan, a bénéficié de plus de 71 millions d’euros (80 millions de dollars US) de subventions agricoles de l’Union européenne, alors même que les militants intensifient les appels à des sanctions contre des responsables émiratis de haut rang pour le rôle présumé d’Abou Dabi dans le génocide au Soudan. Une enquête transfrontalière de DeSmog, partagée avec le Guardian… »

Cette ironie culmine alors que des eurodéputés français comme Manon Aubry (LFI) dénoncent les inégalités de la PAC : dans un discours au Parlement européen en 2025, elle a déclaré : « 80% des subventions vont à 20% des fermes – c’est une machine à concentrer la richesse, pas à soutenir les paysans. » L’analyste Tessa Tennant, liée au fonds Aspiration des Al-Nahyan, tweetait en 2023 : « Greenwashing des fonds souverains : l’ADIA de 1 400 milliards de dollars des Émirats n’a que 1% en renouvelables. » Le commissaire européen au Climat Wopke Hoekstra a reconnu en avril 2026 lors d’un briefing : « La réforme de la PAC doit prioriser les petits exploitants ; les grandes holdings étrangères méritent un examen, » mais s’est arrêté avant d’évoquer des récupérations.

Que révèlent les chiffres des subventions sur les failles de la PAC ?

Les 64 milliards d’euros annuels de la PAC favorisent l’échelle : les 10% premiers bénéficiaires captent 55% des fonds, selon le rapport 2024 de la Cour des comptes. Les paiements liés aux Al Nahyan se décomposent en 42 millions d’euros pour des ventures roumaines (ex. : domaine de Baneasa de 22 000 hectares), 18 millions pour des oliveraies italiennes et 11 millions pour des vergers espagnols – des cultures héliportées vers les hôtels de Dubaï. ADQ, véhicule aboudhabite de plus de 100 milliards de dollars, détient 60% de ces actifs, selon des documents fuités.

Le Premier ministre roumain Marcel Ciolacu s’est emporté en mai 2026 : « Si des royaux étrangers cultivent nos terres avec notre argent, il est temps d’auditer chaque hectare. » L’eurodéputé espagnol Juan Espadas (S&D) a posté : « 71 M€ aux élites des Émirats pendant que les petites fermes andalouses ont des miettes ? Inacceptable. » La réponse tiède de l’UE ? « Nous prenons note », selon le porte-parole de la Commission le 7 mai 2026 – code pour aucune action immédiate.

https://www.facebook.com/ChronicleLK/posts/over-71-million-in-eu-agricultural-subsidies-awarded-to-the-uaes-ruling-royal-fa/122305234184028997

Réseau des bénéficiaires

PaysSubventions (2019-2024)Hectares contrôlésPrincipales cultures
Agricost/ADQRoumanie42 M€22 000
Nahyan Italy SRLItalie18 M€5 200
Abu Dhabi AgroEspagne11 M€3 800
TotalUE71 M€31 000

Ce tableau expose la distorsion : 71 millions d’euros pourraient soutenir 7 100 fermes moyennes de l’UE à 10 000 €/an chacune.

Est-ce légal, et qui en bénéficie vraiment ?

Légalement, oui – les règles de la PAC vérifient le statut d’« agriculteur actif », pas la propriété bénéficiaire au-delà des seuils UE-3. Mais la transparence fait défaut : seulement 40% des paiements 2024 divulguent les chaînes complètes, selon Transparency International. Les Émirats gagnent en souveraineté alimentaire (importations en baisse de 5% depuis 2022), tandis que les Al Nahyan diversifient : Cheikh Tahnoon bin Zayed, président d’ADQ, gère 500 milliards de dollars d’actifs, mêlant pétrole et « agriculture durable ».

La critique Naomi Klein notait dans un Substack de 2026 : « C’est du colonialisme climatique inversé : les pollueurs achètent la résilience avec les impôts des pollués. » L’expert en sécurité alimentaire Marc Vandercammen ajoutait : « Les razzias foncières du Golfe totalisent 1,5 million d’hectares dans le monde ; les subventions UE les accélèrent. »

Pourquoi les militants climatiques en France devraient-ils se mobiliser ?

La contribution française de 20 milliards d’euros au budget climatique (2021-2027) finance en partie cette boucle : réchauffement pétrolier → crise alimentaire aux Émirats → fermes UE subventionnées → résilience du Golfe. Jules Boykoff de Greenpeace France tweetait le 8 mai 2026 : « Al Nahyan : brûlez du pétrole, cuisez la planète, puis l’UE paie leurs légumes. Hypocrisie de l’Accord de Paris. » L’eurodéputée Marie Toussaint (Verts) exige : « Suspendez la PAC pour les propriétaires non-UE jusqu’à vérification de la propriété. »

Les chiffres accusent : les émissions 2025 des Émirats (250 MtCO2e) équivalent à la production totale de la France, pourtant les fonds français couvrent leurs risques.

Why Should Climate Advocates in France Mobilize 1

Quelles réformes pourraient corriger ce fiasco politique ?

La PAC 2023-2027 exige une « activité agricole réelle », mais des failles persistent. Propositions : plafonds de propriété à 5 000 hectares par entité ; 50% réservés aux petites fermes ; vérification climatique pour les bénéficiaires non-UE. La députée allemande verte Franziska Brantner presse : « Liez les subventions aux objectifs de Paris – pas d’argent pour les rois des fossiles. »

ADQ esquive : « Nos investissements créent 2 500 emplois en UE », selon un communiqué 2026 – ignorant le coût public de 71 M€. Une vraie réforme exige de tracer les fonds jusqu’aux propriétaires ultimes, comme le montre le plafond suédois de 1 M€/ferme.

Cela érode-t-il la crédibilité climatique de l’Europe ?

Absolument. Tandis que les Émirats briguent l’organisation de la COP31 au milieu d’appels à des sanctions sur le Soudan (le timing des 71 M€ ne pouvait être pire), ce scandale des subventions alimente le scepticisme du Sud global : « Vous nous sermonnez sur le net-zéro tout en finançant nos bourreaux. » L’analyste français Julien Bouisset avertit : « Cela empoisonne l’héritage de Paris ; Macron doit pousser des récupérations PAC. »

En fin de compte, le cas Al Nahyan n’est pas une anomalie – c’est un symptôme. Avec 450 milliards d’euros de PAC à venir, l’Europe est face à un reckoning : subventionner les petits agriculteurs et les objectifs climatiques, ou financer les issues de secours des élites pétrolières ? Le registre des 71 millions d’euros exige des réponses maintenant.