Von der Leyen avertit que l’Europe doit agir plus vite sur l’économie et la défense

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Von der Leyen avertit que l’Europe doit agir plus vite sur l’économie et la défense
Credit: AFP

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a averti l’Union européenne qu’elle devait abandonner sa « prudence traditionnelle » et accélérer ses efforts pour bâtir une économie et une capacité militaire plus solides face à une instabilité mondiale croissante. S’exprimant devant le Parlement européen, elle a déclaré que l’ordre international évoluait vers un monde où la « force brute » serait la seule règle.

Les propos de Von der Leyen interviennent alors que le président américain Donald Trump doit participer au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, où il devrait intensifier sa rhétorique et ses menaces — notamment en matière de droits de douane — à l’encontre des alliés européens. L’avertissement de la présidente de la Commission reflète les inquiétudes croissantes à Bruxelles concernant plusieurs foyers géopolitiques, allant du Groenland au conflit en Ukraine, en passant par le Moyen-Orient et la région indo-pacifique.

« Le changement de l’ordre international n’est pas seulement sismique, il est permanent »,

a déclaré von der Leyen aux eurodéputés. Elle a souligné que l’UE devait se préparer à un monde où la puissance s’exprime par la pression économique, la force militaire et la domination technologique.

« Nous aurons besoin de nous éloigner de la prudence traditionnelle de l’Europe »,

a-t-elle ajouté.

« Nous vivons désormais dans un monde défini par la force brute — qu’elle soit économique ou militaire, technologique ou géopolitique. Et même si beaucoup d’entre nous ne l’apprécient pas, nous devons faire face au monde tel qu’il est aujourd’hui. »

Droits de douane et tensions transatlantiques : une menace croissante pour la stabilité de l’UE

Von der Leyen a qualifié la menace de droits de douane de Trump à l’encontre des alliés européens de « tout simplement erronée », affirmant qu’une « spirale descendante entre alliés » ne ferait que servir les intérêts de la Russie et de la Chine.

« Si nous nous engageons dans une dangereuse spirale descendante entre alliés, cela ne ferait que renforcer les adversaires que nous cherchons tous deux à écarter du paysage stratégique »,

a-t-elle déclaré.

Les préoccupations de la Commission européenne sont fondées sur les dommages économiques potentiels que ces droits de douane pourraient infliger. L’UE et les États-Unis sont les plus grands partenaires commerciaux l’un de l’autre, avec des échanges de biens et de services dépassant 1 200 milliards d’euros (1 300 milliards de dollars) en 2023. Les droits de douane pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement transatlantiques, touchant des secteurs tels que l’aéronautique, l’automobile, l’agriculture et la technologie. Des économistes ont indiqué qu’un grave conflit tarifaire transatlantique pourrait réduire la croissance du PIB de l’UE jusqu’à 0,5 point de pourcentage.

Les dépenses de défense européennes restent en deçà des objectifs de l’OTAN

L’appel de Von der Leyen à une accélération du renforcement de la défense s’inscrit dans un contexte de préoccupations persistantes concernant le niveau des dépenses militaires européennes par rapport aux objectifs de l’OTAN. Selon les lignes directrices de l’OTAN, les pays membres doivent consacrer au moins 2 % de leur PIB aux dépenses de défense, dont 20 % à l’équipement majeur et à la modernisation. En 2024, seuls 10 des 31 pays membres de l’OTAN ont atteint ce seuil, l’Allemagne consacrant 1,6 % de son PIB, l’Italie 1,4 % et l’Espagne 1,3 %.

L’UE tente d’améliorer la coopération en matière de défense par le biais du Fonds européen de la défense (FED), qui vise à coordonner les dépenses et à renforcer les achats conjoints. Le budget alloué au FED pour la période 2021-2027 s’élève à 8 milliards d’euros, destinés à soutenir la recherche et le développement des capacités militaires. Néanmoins, certains critiques estiment que l’Europe ne dispose pas encore d’une base industrielle suffisante ni d’une vision stratégique claire pour dissuader efficacement la Russie et la Chine.

Groenland, Ukraine et Indo-Pacifique : un défi sur plusieurs fronts

Von der Leyen a cité le Groenland comme l’un des exemples les plus récents des défis géopolitiques auxquels l’UE est confrontée dans ses relations les plus proches. La tentative de Trump d’acquérir ce territoire arctique riche en ressources auprès du Danemark a provoqué une crise diplomatique parmi les dirigeants européens. L’importance stratégique du Groenland réside dans sa position entre l’Amérique du Nord et l’Europe, essentielle pour les systèmes d’alerte précoce, la défense de l’Arctique et les nouvelles routes maritimes. Le Groenland dispose également de vastes réserves de minéraux, notamment de terres rares.

L’Union européenne est également activement engagée dans le soutien à l’Ukraine face à la Russie. Depuis 2022, l’UE s’est engagée à fournir plus de 80 milliards d’euros d’aide financière et militaire à l’Ukraine. En parallèle, les pays européens ont accordé des milliards d’euros supplémentaires en aide militaire bilatérale. Le conflit en Ukraine a causé la mort de dizaines de milliers de personnes et déplacé des millions d’individus, selon les estimations des Nations unies.

Dans le même temps, la situation au Moyen-Orient et dans l’Indo-Pacifique a encore renforcé la nécessité pour l’UE de développer son autonomie stratégique. L’Union européenne considère désormais la Chine comme un rival systémique et la Russie comme une menace stratégique, tandis que les politiques des États-Unis ont de plus en plus remis en question la fiabilité des engagements sécuritaires transatlantiques.

Un virage stratégique : la quête d’indépendance de l’Europe

L’appel de Von der Leyen à l’unité, à l’urgence et à la détermination reflète un changement de paradigme dans la réflexion stratégique européenne. L’UE cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs dans des secteurs clés tels que l’énergie, la défense et la technologie. Cette orientation se manifeste notamment par les initiatives visant à diversifier les sources d’énergie, renforcer la production de semi-conducteurs et promouvoir la coopération en matière de défense.

L’agenda d’autonomie stratégique de l’UE s’est accéléré depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que l’Union cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et à développer sa propre base industrielle. Toutefois, selon les experts, l’Europe fait encore face à de nombreux défis pour élaborer une stratégie de défense véritablement unifiée.

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