Le conflit au Yémen, désormais dans sa deuxième décennie, continue de peser lourdement sur les civils. Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables, exposées à la violence sexiste et à une discrimination structurelle accrue. En 2025, les organisations humanitaires ont signalé une hausse inquiétante des cas de violences physiques, de viols et de mariages forcés, notamment dans les zones contrôlées par des groupes armés. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU estime que plus de 9,6 millions de femmes et de filles au Yémen n’ont pas accès aux services de santé sexuelle et reproductive, ni à des dispositifs de protection contre les violences sexistes.
L’insécurité prolongée a détruit des infrastructures essentielles comme les systèmes de santé et de soutien social. Les femmes déplacées par le conflit environ 80 % des déplacés yéménites – sont fréquemment confrontées à des conditions d’exploitation dans les camps comme dans les établissements informels. La pauvreté accentue encore leur vulnérabilité, poussant nombre d’entre elles vers des travaux précaires ou des mariages forcés. Les groupes armés imposent de fortes restrictions à la liberté de mouvement et à la participation sociale des femmes, affaiblissant davantage leurs droits déjà fragiles.
La réponse diplomatique et le cadre politique de la France
En octobre 2025, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a publié une déclaration officielle condamnant la recrudescence de la violence et de la répression visant les femmes yéménites. Cette déclaration s’est dite profondément préoccupée par les abus allégués et a exhorté toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et les droits humains. Les autorités françaises ont réaffirmé leur soutien aux mesures de protection des femmes et des filles menées par l’ONU, insistant sur le respect par les belligérants de leurs engagements au titre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, qui souligne l’importance du rôle des femmes dans les processus de paix.
Le gouvernement français a mis en avant la nécessité d’intégrer des interventions spécifiques au genre dans l’aide humanitaire et les pourparlers de paix. La France a également relancé des investissements pour combattre les violences basées sur le genre dans les zones de conflit, en privilégiant le soutien aux ONG actives au Yémen et dans les hubs de transit de la région.
Soutien à l’inclusion des femmes dans les processus de paix
Outre son plaidoyer humanitaire, la France a insisté sur l’importance d’impliquer les femmes dans les systèmes formels et informels de résolution des conflits. Ses diplomates, en coordination avec l’Envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, exhortent toujours les parties yéménites à intégrer des représentantes féminines et des conseillers en genre dans les dialogues. Cette position s’inscrit dans l’engagement plus large de la France dans l’agenda Femmes, Paix et Sécurité, conformément à son Plan d’action national 2023-2027.
Malgré ces efforts, les obstacles demeurent nombreux. Peu de processus de paix incluent des femmes à des postes de direction. De nombreuses activistes sont harcelées ou contraintes à l’exil par crainte pour leur sécurité. L’action française met en lumière l’importance de la protection internationale des médiatrices et la pression diplomatique nécessaire pour rendre les processus de paix inclusifs du point de vue du genre.
Les risques humanitaires pour les femmes et les filles
Les infrastructures de santé au Yémen continuent de s’effondrer, fragilisées par le conflit et des années de sous-investissement. La plupart des centres de santé reproductive et des refuges pour femmes sont fermés ou ne fonctionnent que partiellement, faute de sécurité et de ressources, selon les données 2025 du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Plus de 1,5 million de femmes enceintes ou allaitantes souffrent de malnutrition aiguë, ce qui accroît fortement les risques de mortalité maternelle et infantile.
Plus de 820 000 personnes ont bénéficié de services vitaux dans les cliniques soutenues par le FNUAP au premier semestre 2025, mais l’augmentation des besoins et la baisse du financement des donateurs créent des lacunes, surtout dans les zones rurales et touchées par le conflit. Le manque de personnel médical qualifié, combiné aux restrictions de déplacement, limite encore davantage l’accès des femmes aux soins essentiels.
Marginalisation économique et dépendance forcée
Les femmes portent de plein fouet le poids de l’effondrement économique, notamment celles qui assument seules la responsabilité de leur foyer. Seules 6 % d’entre elles participent au marché du travail formel. La plupart sont contraintes de se tourner vers les marchés informels ou des stratégies de survie qui les exposent à l’exploitation.
Le mariage précoce s’est multiplié, considéré par de nombreuses familles comme une stratégie de survie face à la pauvreté. L’éducation des filles est également gravement compromise, particulièrement dans les régions sous contrôle de milices conservatrices qui imposent des restrictions sévères sur la scolarisation. La France et ses alliés continuent de soulever ces préoccupations à l’ONU, soulignant l’interdépendance entre éducation, autonomisation économique et résilience à long terme des femmes dans les sociétés post-conflit.
Appel à la responsabilité et protection juridique
Les organisations de défense des droits humains continuent de documenter les arrestations, tortures et harcèlements visant les défenseuses des droits et les travailleuses humanitaires. Les cas d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées se multiplient, montrant les risques encourus par celles qui s’expriment ou s’engagent dans la société civile. Ces violations restent impunies faute de mécanismes judiciaires.
La réaction française s’inscrit dans sa diplomatie générale en matière de droits humains. Paris exige des enquêtes indépendantes sur les abus commis par toutes les parties au conflit et soutient les efforts visant à recueillir des preuves pour traduire les responsables devant la justice internationale. Ces appels trouvent un écho auprès d’autres États membres de l’UE et des sociétés civiles, qui réclament le respect strict du droit humanitaire.
Alignement sur les cadres des Nations unies et de l’Union européenne
Les efforts du Conseil de sécurité de l’ONU pour renforcer la paix en protégeant les femmes complètent l’approche française. Les résolutions 1889 et 2467 visent à mettre fin aux violences sexuelles et à assurer justice aux victimes. La France reste un acteur actif de ces initiatives, promouvant des services pour les survivantes et l’intégration de la sensibilité de genre dans les cessez-le-feu et la reconstruction post-conflit.
En 2025, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a également introduit une priorité thématique sur le genre et les conflits, le Yémen figurant parmi les pays ciblés. Ce cadre vise à renforcer les garanties légales pour les femmes et à promouvoir l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux moyens de subsistance.
L’implication constante de la France dans la crise humanitaire au Yémen illustre une tendance plus large de sa politique étrangère, qui intègre les questions de genre comme objectifs stratégiques. La violence persistante contre les femmes rappelle l’urgence de transformer les promesses diplomatiques en résultats concrets. Dans la complexité du conflit yéménite, la réponse aux violences de genre reste un test majeur pour la viabilité des mécanismes internationaux de droits humains. La situation impose une vision à long terme et des soutiens créatifs, centrés sur les droits et la dignité des femmes dans un contexte inévitable de guerre, de déplacement et de privation.



