De nouveaux affrontements menacent la trêve entre la Syrie et les FDS, ravivant les craintes liées aux prisons de l’EI

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De nouveaux affrontements menacent la trêve entre la Syrie et les FDS, ravivant les craintes liées aux prisons de l’EI
Credit: AFP

Une recrudescence des affrontements entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, a été observée après l’annonce d’un accord de cessez-le-feu entre les deux parties. Cet accord est désormais soumis à une pression extrême en raison des combats et du retrait des FDS à l’ouest du fleuve Euphrate.

La trêve, qui devait apaiser les tensions dans le nord-est de la Syrie, est aujourd’hui menacée, les deux camps s’accusant mutuellement de responsabilité dans l’évasion massive de prisonniers et la question des détenus de l’État islamique (EI).

Pourquoi le cessez-le-feu est-il en train de s’effondrer ?

Les négociations menées à Damas entre le président syrien Ahmed al-Sharaa et le chef des FDS, Mazloum Abdi (également connu sous le nom de Kobané), sont au point mort. Abdi est retourné dans le nord-est de la Syrie sans qu’aucun accord n’ait été trouvé, révélant une profonde absence de confiance.

La cause principale réside dans l’évasion de prisonniers de l’EI de la prison d’al-Shaddadi, survenue lors d’affrontements entre l’armée syrienne et les FDS. Selon le gouvernement syrien, 130 détenus sur les 200 évadés ont été repris. Les 70 autres sont toujours en fuite, ce qui constitue un risque majeur de résurgence terroriste.

Qui accuse qui ?

Le ministère syrien de l’Intérieur a accusé les FDS d’avoir délibérément libéré des combattants de l’EI par une stratégie qualifiée de « chantage politique et sécuritaire ».
De leur côté, les FDS affirment que ce sont les attaques du gouvernement syrien qui ont plongé la prison dans le chaos, permettant l’évasion. Elles estiment que Damas viole l’accord de cessez-le-feu et manque de volonté politique.

« Actuellement, il n’existe aucune volonté politique de la part du gouvernement pour instaurer un cessez-le-feu »,

a déclaré Fawza Youssef, commandante des FDS.
« Si la situation se poursuit ainsi, les FDS ne peuvent pas être désarmées. »

Quelles étaient les conditions du cessez-le-feu ?

L’accord conclu dimanche comprenait les points suivants :

  • Retrait des FDS de Raqqa et de Deir ez-Zor dans un délai d’un mois (certaines zones étant situées à l’est de l’Euphrate)
  • Retrait des FDS de la zone de la prison d’al-Aqtan
  • Prise de contrôle par le gouvernement syrien des centres de détention de l’EI dans le nord-est

Cependant, des journalistes d’Al Jazeera ont documenté de nouveaux bombardements d’artillerie syrienne autour de la prison d’al-Aqtan et du quartier général de la 17e division des FDS à Raqqa, signe manifeste d’un effondrement de la confiance entre les parties.

Combien de prisonniers de l’EI sont concernés ?

Les FDS gèrent plus d’une douzaine de centres de détention dans le nord-est de la Syrie, où sont détenus environ 9 000 membres de l’État islamique. Beaucoup sont incarcérés sans jugement depuis plus de cinq ans.

Le sort de ces centres est l’un des dossiers les plus explosifs issus de la guerre civile. S’ils tombaient entre de mauvaises mains, une crise sécuritaire majeure pourrait s’ensuivre, avec un risque réel de reconquête territoriale par l’EI.

Que veut Damas ?

Le gouvernement syrien affirme de longue date qu’il doit rétablir son contrôle sur le nord-est du pays et réunifier la Syrie après 14 années de guerre civile. Il considère l’auto-administration des FDS comme une menace, l’accusant d’entretenir des liens avec des groupes extrémistes et des puissances étrangères.

Damas a cité la position des FDS en déclarant :

« L’insistance à relier les actions des forces de l’ordre au danger d’une activation de cellules terroristes constitue une tentative flagrante de déformation des faits. »

Quelles sont les principales inquiétudes des FDS ?

Les FDS estiment que le gouvernement syrien n’a fourni aucune garantie crédible concernant l’autonomie kurde et la sécurité des populations locales.

Dans un communiqué, elles ont qualifié Damas de « sympathisant de l’EI » et accusé le gouvernement d’agir sous l’influence de la Turquie. Les FDS ont également menacé de répondre dans l’esprit de la bataille de Kobané en 2014, laissant entendre leur volonté de combattre.

Le conflit est en outre alimenté par une crise humanitaire et sécuritaire, en particulier pour les Kurdes, qui redoutent qu’un accord de réconciliation ne débouche sur une nouvelle répression.

Les États-Unis se détournent-ils des FDS ?

Un autre élément clé de cette crise est le rôle des États-Unis. Washington a formé et équipé les FDS et maintient encore environ 900 soldats dans la région. Toutefois, les responsables américains ont récemment cherché à se rapprocher de Damas, renforçant le sentiment de trahison parmi les forces kurdes dépendantes de la protection américaine.

En novembre, le président Trump a retiré le président al-Sharaa de la liste mondiale des sanctions liées au terrorisme et l’a reçu à la Maison-Blanche — un tournant historique signalant la volonté de Washington de normaliser ses relations avec Damas.

Cette évolution a plongé les FDS dans l’incertitude quant au soutien américain, craignant que Washington ne privilégie Damas au détriment des forces kurdes en cas d’escalade.

Qu’a-t-on proposé lors des négociations — et pourquoi ont-elles échoué ?

Dans une tentative de dernière minute, le président al-Sharaa a proposé à Mazloum Abdi un rôle politique majeur :

  • Vice-ministre de la Défense
  • Gouverneur de Hassaké
  • Déploiement des forces de sécurité intérieure syriennes dans la ville

Cependant, l’accord exigeait également le retrait des combattants liés au PKK, un point de blocage majeur en raison de l’opposition de la Turquie. Ankara considère les FDS comme une branche syrienne du PKK, classé organisation terroriste par la Turquie.

Abdi a demandé cinq jours pour consulter, mais al-Sharaa a refusé et menacé d’une action militaire en cas de rejet de l’offre.

Quelle est l’issue la plus probable ?

Le cessez-le-feu est extrêmement fragile et semble en voie d’effondrement. La reprise des combats, la méfiance politique et la crise des prisonniers de l’EI poussent la Syrie vers une nouvelle phase de conflit.

Si la trêve échoue, plusieurs scénarios sont envisageables :

1. Confrontation militaire totale

Le gouvernement syrien pourrait lancer une offensive de grande ampleur pour reprendre les zones contrôlées par les Kurdes, provoquant une crise humanitaire majeure.

2. Résurgence de l’État islamique

En cas de brèches dans les prisons, l’EI pourrait se réorganiser et mener des attaques en Syrie et au-delà.

3. Intervention ou retrait des États-Unis

Washington pourrait soit intervenir pour protéger les FDS, soit se retirer, contraignant ces dernières à négocier dans des conditions beaucoup plus défavorables.

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