La France et 25 autres pays condamnent l’exécution de manifestants en Iran : un rappel diplomatique ferme, mais aux effets limités

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La France et 25 autres pays condamnent l’exécution de manifestants en Iran : un rappel diplomatique ferme, mais aux effets limités
Credit: AP

Dans un communiqué au ton ferme publié le 12 août 2026, la France, avec 25 autres pays et l’Union européenne, a condamné les exécutions de manifestants par l’Iran et exigé du gouvernement iranien qu’il mette fin aux exécutions et libère toutes les personnes détenues arbitrairement. Il s’agit peut-être de la première fois que la communauté internationale agit de manière aussi coordonnée contre le régime de Téhéran en raison de son recours à la peine de mort contre des manifestants, alors que les inquiétudes grandissent face à une « campagne d’intimidation » menée au moyen d’exécutions judiciaires.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé cette déclaration à Paris, soulignant le poids politique de l’initiative.

« L’UE et 26 pays ont condamné les exécutions de manifestants en Iran dans une déclaration commune »,

a déclaré Jean-Noël Barrot, présentant cette déclaration comme une condamnation collective, à la fois morale et juridique, plutôt que comme un simple geste symbolique. Le moment choisi est important : cette déclaration intervient alors que les exécutions liées à des accusations de sécurité nationale et à des manifestations connaissent une forte augmentation, et que la pression internationale s’intensifie en faveur d’un mécanisme de responsabilisation plus solide concernant les crimes présumés contre l’humanité commis en Iran.

Les principales demandes et la formulation de la déclaration commune

La déclaration commune est également remarquable par sa clarté et son caractère exhaustif. Elle ne se limite pas à exprimer une préoccupation, mais énonce des exigences précises et présente le recours à la peine de mort comme un outil destiné à réprimer les droits et libertés fondamentaux. Selon les pays participants, ceux-ci

« condamnent avec la plus grande fermeté les exécutions en cours de manifestants et le recours à la peine de mort ».

Ces termes ne laissent aucun doute sur la position des signataires. Plus important encore, les exécutions sont présentées comme étant liées aux mesures répressives utilisées par l’Iran dans d’autres affaires.

Les pays signataires ont ainsi déclaré que la peine capitale ne pouvait

« jamais être justifiée pour faire taire la dissidence, intimider les communautés et punir les personnes qui exercent leurs droits humains ».

Cette formulation est particulièrement importante, car elle rejette la position officielle de Téhéran selon laquelle les personnes exécutées auraient été coupables d’infractions graves et auraient bénéficié d’un procès équitable.

La déclaration appelle également l’Iran à « écouter son peuple » et à prendre des « mesures concrètes » pour garantir le respect des droits humains. Bien que formulée dans un langage diplomatique, cette demande constitue une contestation directe de la légitimité interne de la République islamique. Elle suggère que la stratégie de survie de l’État, fondée sur la répression sous couvert de conditions de guerre ou d’état d’urgence, n’est ni viable ni acceptable sur la scène internationale. Les signataires ont en outre exigé que l’Iran

« mette immédiatement fin au recours à la peine de mort et libère les personnes détenues arbitrairement »,

reliant ainsi la question des exécutions au problème plus large des arrestations arbitraires massives qui accompagnent les cycles de protestation depuis le début de l’année 2026.

Qui soutient la condamnation ?

La coalition à l’origine de cette déclaration est vaste et revêt une importance stratégique. Outre l’Union européenne, les cosignataires comprennent la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, les Pays-Bas, l’Autriche, la Belgique, Chypre, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, l’Islande, la Lettonie, la Lituanie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède, l’Albanie et l’Irlande. Cette liste réunit le noyau dur de l’Union européenne, des alliés importants du monde anglophone ainsi que plusieurs États européens non membres de l’UE, formant un bloc transatlantique et transpacifique qui complique les efforts de Téhéran visant à présenter ces critiques comme de simples accusations « européennes » ou « occidentales ».

Kaja Kallas, représentante de l’UE pour les affaires étrangères, a également exprimé son soutien à la déclaration, lui donnant davantage de poids grâce à l’appui officiel de l’Union européenne. Par cette déclaration commune de l’UE et de plusieurs démocraties partageant les mêmes valeurs, les signataires cherchent à exercer une pression suffisante pour contraindre l’Iran à agir si les exécutions se poursuivent.

Le contexte factuel : une hausse des exécutions liées aux manifestations

Cette initiative diplomatique intervient dans un contexte marqué par une série de faits particulièrement graves. Selon des données des Nations unies citées dans la couverture médiatique, au moins 56 personnes ont été exécutées pour des accusations liées à la sécurité nationale depuis le 19 mars 2026. Parmi elles, 27 auraient été exécutées en lien avec les manifestations qui ont eu lieu plus tôt dans l’année, tandis que plus de 100 autres personnes seraient exposées à la peine de mort pour des accusations similaires. Ces chiffres témoignent d’une tendance inquiétante à l’escalade, car ils se rapprochent des avertissements formulés par le chef des droits humains de l’ONU concernant l’augmentation rapide des exécutions et des condamnations à mort depuis la fin du mois de février, en réaction à l’intensification des hostilités dans la région.

Les organisations de défense des droits humains ont signalé plusieurs affaires illustrant la dimension politique de ces procédures. Amnesty International et d’autres organisations ont fait état de condamnations à mort et d’exécutions visant des dizaines de personnes impliquées dans des infractions liées aux manifestations. Certaines d’entre elles auraient été arrêtées alors qu’elles étaient encore mineures. Les procédures ont été qualifiées d’extrêmement inéquitables et souvent marquées par des allégations de torture et de confessions forcées. Les pendaisons publiques organisées dans des villes comme Ispahan ainsi que les exécutions réalisées dans des prisons telles que celle de Shahroud ont suscité une inquiétude particulière.

Les experts indépendants des Nations unies ont à plusieurs reprises exhorté l’Iran à mettre fin à toutes les exécutions, qu’elles soient liées ou non aux manifestations, et à instaurer un moratoire sur la peine capitale en vue de son abolition. Cette menace s’inscrit dans le contexte d’une longue tradition d’intimidation visant à décourager toute future mobilisation et à punir les participants aux manifestations passées.

Le récit de Téhéran : sécurité nationale ou répression politique ?

Les autorités iraniennes ont toujours présenté ces affaires comme des questions de sécurité nationale. Elles accusent les manifestants et les dissidents d’infractions telles que la « rébellion armée contre l’État » (baghi), la « corruption sur terre », l’« inimitié envers Dieu » (moharebeh) et, dans certains cas, l’espionnage.

Les médias contrôlés par l’État ainsi que les déclarations officielles présentent les exécutions comme des sanctions conformes à la loi, justifiées par la gravité des accusations et par la menace qu’elles représenteraient pour la stabilité de la République islamique. Les organisations de défense des droits humains et les experts de l’ONU affirment toutefois que les procès ont été menés rapidement et de manière inéquitable, dans le but d’intimider les personnes qui contestent le régime. Ils citent notamment le refus d’accès à un avocat indépendant, le caractère forcé des confessions ainsi que la formulation générale et vague des accusations comme preuves de la politisation du système judiciaire. L’écart entre ces deux récits constitue le cœur du désaccord international, et c’est précisément cette divergence que la déclaration cherche à dénoncer.

Les limites d’une condamnation diplomatique

Bien que la déclaration commune représente une importante avancée diplomatique, elle met également en évidence les limites d’une condamnation qui ne s’accompagne d’aucune conséquence concrète. Malgré la fermeté de son langage, elle ne contient aucune information concernant l’adoption de nouvelles sanctions, la saisine de juridictions internationales ou d’autres mesures susceptibles de modifier le calcul coût-avantage du régime iranien. Pour le moment, la déclaration agit principalement comme un instrument normatif : elle établit une position commune entre plusieurs États importants, isole diplomatiquement l’Iran et crée une base pour d’éventuelles mesures futures si la situation venait à s’aggraver. Les organisations de défense des droits humains ont appelé à franchir une nouvelle étape en mettant en œuvre des mesures pratiques.

Amnesty International et Human Rights Watch ont demandé l’exercice d’une pression diplomatique coordonnée sur le régime, la mise en place d’un mécanisme international indépendant de justice pour l’Iran et, dans certains cas, la saisine de la Cour pénale internationale. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et les experts indépendants ont condamné les exécutions et exprimé leurs inquiétudes face à la gravité imminente de la situation. Ils ont appelé l’Iran à cesser de tuer les manifestants et à autoriser une enquête indépendante sur les événements.

Ce que cela signifie pour l’évolution politique interne de l’Iran

Sur le plan de la politique intérieure iranienne, la déclaration aura probablement peu d’effet sur les partisans de la ligne dure qui considèrent la répression comme nécessaire à la survie du régime, notamment dans un contexte de tensions régionales accrues et de troubles internes persistants. Elle constitue toutefois un message adressé à certains membres de l’appareil politique et judiciaire iranien, dont les activités font désormais l’objet d’une surveillance internationale accrue. Cela pourrait avoir une importance à long terme, car cette pression augmente le coût réputationnel de la répression, complique la conduite de la diplomatie et renforce les arguments en faveur de sanctions ciblées contre les responsables des abus.

Enfin, l’appel lancé à l’Iran pour qu’il écoute son peuple dépasse largement la seule question des exécutions. Il reconnaît la légitimité du mécontentement populaire, à l’origine de nombreux mouvements de protestation, qu’ils soient motivés par les difficultés économiques et la corruption ou par la volonté d’obtenir davantage de libertés politiques. En présentant les exécutions comme des tentatives visant à faire taire les voix dissidentes, les signataires se rangent du côté des manifestants et reconnaissent leur droit à remettre en question la légitimité de l’ordre politique actuel.

La voie à suivre : passer des paroles à la responsabilisation

La question essentielle est toutefois de savoir si cette solidarité pourra se transformer en mécanismes concrets de responsabilisation. La déclaration commune établit le cadre de telles mesures, mais son efficacité dépendra de la suite qui lui sera donnée. Ces mesures pourraient inclure de nouvelles sanctions ciblées contre les juges, les procureurs et les responsables pénitentiaires impliqués dans les exécutions liées aux manifestations, un soutien à la création d’une mission internationale indépendante d’établissement des faits ainsi que l’examen des moyens de saisir la Cour pénale internationale, si de nouvelles preuves de crimes contre l’humanité venaient à être réunies.

Pour l’instant, le message envoyé par Paris et ses alliés est parfaitement clair : la communauté internationale ne tolérera plus que les exécutions de manifestants en Iran soient considérées comme une simple affaire intérieure.

En déclarant explicitement que

« de tels meurtres ne peuvent jamais être justifiés »,

26 pays et l’Union européenne ont tracé une ligne rouge que Téhéran aura de plus en plus de difficulté à franchir sans subir des coûts diplomatiques supplémentaires.