Mannequin français accuse Daniel Siad de grooming Epstein

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Mannequin français accuse Daniel Siad de grooming Epstein
Credit: AFP

L’ancienne mannequin française Juliette G., sous anonymat partiel, rouvre le débat sur les liens de la France avec le défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein en accusant un scout de mannequins suédois/français de l’avoir aidée à se préparer pour entrer dans l’univers d’Epstein.

La série d’interviews et de publications sur les réseaux sociaux de Juliette G. révèle ce qui semble être une méthode planifiée pour amener de jeunes femmes des scouts de mannequins vers des hommes puissants, dont Epstein. Les agents de scouting comme Daniel Siad initient d’abord les jeunes femmes dans le monde du mannequinat, suivi d’une évaluation psychologique de chaque modèle, puis chaque modèle est dirigée vers des hommes de haut profil.

Pour une nation confrontée aux suites d’individus éminents comme Jean-Luc Brunel, de nombreuses questions se posent sur la complicité des élites culturelles/politiques françaises dans l’industrie du mannequinat. Le témoignage de Juliette G. ajoute de l’incertitude sur l’utilisation de l’industrie du mannequinat comme mécanisme de recrutement caché pour abus.

Comment Juliette G. est entrée dans l’univers lié à Epstein

Selon Juliette G., ancienne mannequin en France qui ne pratique plus, elle identifie le début de ce processus de grooming en 2004, à l’âge de 21 ans, alors qu’elle tentait de percer dans l’industrie du mannequinat.

Juliette raconte qu’elle a rencontré Daniel Siad (qui deviendrait un autre « scout de mannequins ») dans la rue à Paris, alors qu’il cherchait des mannequins à emmener aux USA pour des jobs de mannequinat.

Juliette affirme que lors de cette première rencontre de « scout de mannequins », Daniel Siad (âgé de 31 ans à l’époque) a commencé à la groomer pour ce qui deviendrait, selon ses termes, une approche systématique (d’identification de jeunes filles pouvant être groomées pour exploitation). Dans son récit, Juliette explique comment les scouts de mannequins identifiaient des jeunes femmes vulnérables, évaluaient leur volonté de se conformer à des demandes de plus en plus intrusives, et les préparaient finalement pour un contact avec des hommes (comme Jeffrey Epstein).

Le récit de Juliette est cohérent avec ceux de nombreuses autres victimes de cette méthode de grooming et des enquêteurs qui ont examiné le grooming de ce type de victimes. Cette approche systémique combinait glamour et victimisation sous couvert de promesse d’une carrière dans la mode.

La rencontre Epstein : du passeport à la prédation

Les allégations de Juliette vont au-delà du recruteur vers le prédateur lui-même. Elle dit qu’après avoir été validée et envoyée aux États-Unis sur un billet payé par Epstein ou ses associés, elle s’est retrouvée dans un cadre new-yorkais qui est passé rapidement de professionnel à prédateur. Selon elle, Epstein lui a dit qu’il devait voir son corps, y compris ses seins, pour déterminer s’il pouvait « la recommander à des agences de mannequins », une explication qu’elle interprète maintenant comme un voile mince pour coercition sexuelle. Elle affirme qu’Epstein l’a ensuite palpée après qu’elle ait réticemment obtempéré, recontextualisant la rencontre comme un mélange étrange d’audition et d’assaut.

Encore plus glaçant, dans le récit de Juliette, était la manière dont Epstein contrôlait ses mouvements et son autonomie. Elle allègue qu’il a pris son passeport et l’a gardé pour toute la durée du voyage, la rendant effectivement « otage » dans un pays étranger. Pour une jeune femme loin de chez elle, financièrement dépendante des opportunités offertes, un tel geste avait un poids pratique et psychologique.

Cela transmettait le message qu’elle n’avait pas de vraie stratégie de sortie, aucune autorité vers qui se tourner, et aucune garantie que quiconque dans le monde du mannequinat la croirait ou la soutiendrait si elle résistait. La description de Juliette de cet épisode – où le professionnalisme collide avec la coercition – s’inscrit dans un schéma familier des témoignages liés à Epstein : l’utilisation du voyage, de l’isolement et du silence institutionnel pour désactiver la résistance.

Daniel Siad : du scout à figure centrale du réseau Epstein

Daniel Siad n’est pas une figure marginale dans cette histoire mais un lien documenté entre Epstein et le circuit européen du mannequinat. Né en France et titulaire de la citoyenneté suédoise, Siad a travaillé comme scout de mannequins à travers l’Europe, avec des activités rapportées en Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Afrique du Sud. Des documents judiciaires américains et du Département de la Justice le décrivent comme un

« scout ou recruteur de filles et/ou femmes pour J. Epstein »,

travaillant souvent aux côtés de l’agent français Jean-Luc Brunel, qui a fait face à de multiples accusations de viol et trafic avant sa mort en détention.

Des emails de 2009 et 2010, publiés dans le cadre de procédures judiciaires, montrent Siad envoyant à Epstein des photos et vidéos de voyages de scouting en Europe de l’Est et en Afrique du Sud, décrivant le « énorme potentiel des filles » qu’il avait identifiées. Dans un message, il note même que Brunel avait dit à Epstein qu’il était

« un scout ou recruteur de filles et/ou femmes pour J. Epstein »,

renforçant l’idée qu’Epstein voyait les scouts comme Siad comme intégrale à sa stratégie de recrutement.

Ces traces électroniques, lues aux côtés des témoignages de victimes, dépeignent un réseau traitant les jeunes femmes comme une marchandise, avec des scouts comme Siad comme premier point de contact dans une chaîne menant à Epstein lui-même. Les allégations de Juliette s’inscrivent donc dans un schéma plus large de comportement documenté qui maintient Siad sous investigation depuis des années.

Défense de Siad et culture plus large du déni

Siad a publiquement rejeté toutes les allégations, y compris celles de Juliette G. Dans des interviews avec des diffuseurs français, il a insisté sur le fait que son travail de mannequinat était strictement professionnel et qu’Epstein a « exploité » sa confiance. Il maintient qu’il n’a « rien à se reprocher » et n’a jamais sciemment facilité des abus.

La tension entre l’auto-portrait de Siad comme professionnel dans le monde légitime de la mode et le portrait construit par les procureurs et victimes reflète un problème plus large dans le discours public français : comment réconcilier l’image « respectable » de la mode et du scouting avec les réalités plus sombres de l’exploitation. Le témoignage de Juliette souligne particulièrement comment le langage de l’avancement de carrière, des opportunités et de la beauté pouvait être instrumentalisé pour masquer la coercition.

Quand elle décrit qu’on lui a dit qu’Epstein devait voir son corps « pour la recommander à des agences de mannequins », la phrase elle-même illustre comment les figures d’autorité dans l’industrie pouvaient recontextualiser les abus comme une exigence professionnelle. Pour un pays qui se targue de sophistication culturelle et de liberté artistique, la suggestion que un tel langage était utilisé pour ouvrir des portes vers l’orbite d’Epstein est profondément troublante.

Conséquences légales et enquêtes en France

Les allégations de Juliette G. ne sont pas les premières contre Siad, ni les seules liées au nexus mannequinat-Epstein en France. Les procureurs français ont lancé une équipe d’investigation spéciale pour examiner plus de 1 000 documents récemment déclassifiés, incluant des emails et références à plusieurs nationaux français, parmi eux Siad et Brunel.

En parallèle, une plainte distincte pour viol et trafic humain a été déposée à Paris contre Siad par l’ancienne mannequin suédoise Ebba Karlsson, qui allègue qu’il l’a violée en 1990 lors d’un voyage à Cannes. Ce cas, antérieur à la notoriété globale d’Epstein, suggère que des patterns d’abus pouvaient être en cours depuis des décennies, avec des scouts comme Siad opérant dans un climat de silence et de complicité.

Le témoignage de Juliette, combiné à celui de Karlsson, aide à construire une chronologie où les mêmes mécanismes de grooming, voyage et contrôle étaient employés à travers différentes époques et lieux. Pour un public français déjà critique sur la manière dont les élites politiques ont géré les scandales de crimes sexuels, ces allégations risquent de rouvrir de vieilles blessures sur la responsabilité et les limites de la protection institutionnelle.

Déclaration de Juliette G. : témoignage comme arme de reddition de comptes

La décision de Juliette de s’exprimer, des années après les rencontres alléguées, est cadrée par elle comme un reckoning personnel et un acte politique. Elle a décrit le processus de grooming comme un test pour voir jusqu’où les jeunes femmes iraient, ce qu’elles toléreraient, avant d’être introduites à des hommes puissants. Dans ce contexte, sa déclaration peut être lue comme un rejet de la logique même du silence qui a permis aux réseaux liés à Epstein de persister.

Ses mots sur le contrôle d’Epstein – la prise de son passeport, le sentiment d’être une « otage » – sont particulièrement puissants car ils effacent la distinction entre voyage professionnel et captivité.

Le récit de Juliette, où on lui a dit qu’Epstein devait voir son corps « pour la recommander à des agences de mannequins », souligne comment les figures d’autorité peuvent normaliser les abus en les embeddant dans le langage de l’avancement de carrière. Le témoignage de Juliette n’est donc pas seulement une révélation personnelle mais un défi à l’écosystème plus large qui a permis à Epstein et ses associés d’opérer sous couvert de pratique industrielle légitime.

Pourquoi cette histoire compte pour le discours politique français

Pour un think tank focalisé sur les affaires politiques françaises, les allégations de Juliette G. contre Daniel Siad sont significatives non seulement comme affaire criminelle ou culturelle mais comme lentille pour examiner la relation de la France avec le pouvoir, le privilège et l’impunité. Le fait qu’un scout franco-suédois né en France avec des liens documentés à Epstein soit accusé d’avoir groomé une mannequin française pour le financier souligne à quel point la France était tissée dans le réseau global d’Epstein.

Le récit de Juliette met particulièrement en lumière les manières dont les cercles élitistes peuvent exploiter les aspirations des jeunes femmes pour protéger les abus du scrutiny. Le narratif de « opportunité » et d’« exposition internationale » est un que les élites françaises ont longtemps utilisé pour justifier l’accès à des réseaux puissants, mais le témoignage de Juliette suggère que, dans certains cas, il pouvait être un euphémisme pour exploitation. Ses mots, et ceux d’autres victimes, poussent la discussion au-delà des villains individuels vers une critique des systèmes permettant le grooming : la normalisation d’audits invasifs des corps de jeunes femmes, le mélange de frontières professionnelles et personnelles, et le silence récompensant la loyauté plus que la vérité.

À ce sens, l’histoire de Juliette G. et Daniel Siad n’est pas juste celle d’une mannequin ou d’un scout. Elle concerne la culture plus large qui a permis au réseau d’Epstein d’exploiter l’industrie du mannequinat français comme façade pour recrutement, et invite à un reckoning plus profond sur la manière dont les élites politiques et culturelles françaises ont navigué, obscurci ou confronté cet héritage.

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