La France en désaccord avec l’Allemagne et l’Italie alors que les dirigeants de l’UE défendent leur programme économique

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La France en désaccord avec l’Allemagne et l’Italie alors que les dirigeants de l’UE défendent leur programme économique
Credit: AP Photo

Paris se retrouve face à un axe Berlin-Rome, au moment où les dirigeants de l’Union européenne débattent de la manière de relancer la compétitivité du bloc. Alors que les 27 dirigeants européens se réunissent jeudi pour une retraite informelle à Alden Biesen, en Belgique, deux visions économiques radicalement opposées s’affrontent.

D’un côté, la France plaide pour une dette commune et des politiques de préférence européenne. De l’autre, l’Allemagne et l’Italie, désormais alignées, militent en faveur de la déréglementation, de l’expansion du capital-risque et d’un soutien ciblé à l’industrie. Ce choc met en lumière les profondes fractures de la stratégie économique européenne, alors que l’UE cherche à s’imposer dans un environnement mondial plus compétitif, dominé par l’affirmation des États-Unis et de la Chine.

Pourquoi la France est-elle intervenue avant le sommet ?

La France a décidé à la dernière minute de participer à une réunion préparatoire organisée par Berlin et Rome. L’intervention du président Emmanuel Macron est survenue après la diffusion par l’Allemagne et l’Italie d’un document présentant leur feuille de route, en nette opposition avec les priorités françaises. L’objectif de Macron : affirmer la vision économique de Paris et maintenir la mutualisation de la dette — via les euro-obligations — parmi les options retenues.

Ce calendrier coïncide avec les appels lancés plus tôt ce mois-ci par Mario Draghi, invitant les dirigeants européens à adopter une approche fédéraliste pragmatique pour renforcer la compétitivité dans un « monde plus brutal ». Le rapport de référence de Draghi, publié en 2024, mettait en garde contre un sombre avenir économique pour l’Europe sans mesures d’investissement majeures. Macron se positionne comme fidèle à cette vision, même s’il apparaît affaibli sur la scène intérieure par rapport à Giorgia Meloni en Italie ou à Christian Lindner en Allemagne.

Les euro-obligations deviendront-elles le premier point de discorde du sommet ?

Macron plaide pour l’émission d’une dette commune européenne — les euro-obligations — afin de financer entre 750 et 800 milliards d’euros d’investissements annuels, conformément aux recommandations du rapport Draghi 2024. Ces fonds viseraient les secteurs de la sécurité et de la défense, des technologies vertes, de l’intelligence artificielle et de la recherche quantique, où l’Europe reste à la traîne par rapport à la Chine et aux États-Unis.

L’Allemagne, toutefois, reste opposée, invoquant les précédents désaccords relatifs à l’emprunt commun utilisé pour le plan de relance post-Covid. Berlin et Rome défendent à la place une expansion du capital-risque, la création d’une bourse paneuropéenne et des options de retrait plus souples pour les investisseurs, selon un document préparatoire. Les pays nordiques soutiennent traditionnellement l’Allemagne, bien qu’un précédent existe avec l’augmentation de 90 milliards d’euros décidée en décembre 2025 pour soutenir l’Ukraine.

En quoi la politique de préférence européenne est-elle controversée ?

La France défend également une politique de préférence européenne (« Made in Europe ») pour les marchés publics, dans le but de protéger les industries locales face à ce que Macron appelle « des concurrents déloyaux qui ne respectent plus les règles de l’OMC ». Il propose de cibler particulièrement les secteurs des technologies propres, de la chimie, de l’acier, de l’automobile et de la défense.

L’Allemagne et l’Italie, quant à elles, estiment que cette préférence doit être limitée dans le temps, définie de manière souple et ouverte aux pays « partageant les mêmes valeurs » disposant d’accords commerciaux avec l’UE, afin de ne pas freiner l’innovation et l’investissement étranger. Les pays nordiques et baltes, ainsi que les Pays-Bas, mettent en garde contre une politique susceptible de restreindre l’accès aux technologies mondiales et de détourner les investisseurs.

Quelles mesures de déréglementation l’Allemagne et l’Italie promeuvent-elles ?

Berlin et Rome défendent un vaste programme de déréglementation, réclamant des simplifications supplémentaires des initiatives européennes. Elles proposent la mise en place d’un mécanisme de « frein d’urgence » permettant d’intervenir lorsque certaines lois imposent des charges administratives excessives aux entreprises ou aux autorités nationales. Cette démarche reflète une préférence plus marquée pour une compétitivité fondée sur le marché plutôt que sur l’investissement et l’intervention de l’État.

Quelle place pour l’accord commercial avec le Mercosur dans ce débat ?

L’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur — qui regroupe le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay — fait également l’objet de débats. Alors que la plupart des États membres, dont l’Italie, soutiennent l’accord, la France s’y oppose, invoquant les craintes des agriculteurs face à une concurrence jugée déloyale des importations latino-américaines. La Commission européenne prévoit de consulter les États membres pendant la retraite au sujet de sa mise en œuvre provisoire, à la suite d’un examen judiciaire déclenché par le Parlement européen, qui avait auparavant suspendu la ratification.

L’Allemagne et l’Italie insistent sur la nécessité d’une politique commerciale européenne ambitieuse, estimant que la finalisation de l’accord Mercosur est essentielle pour répondre aux besoins de tous les secteurs économiques, y compris l’agriculture.

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