Le Défenseur des droits français remet en question l’usage des armes contre les migrants de la Manche

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Le Défenseur des droits français remet en question l’usage des armes contre les migrants de la Manche
Credit: PA Photos

La Défenseure des droits en France, Claire Hédon, a publiquement critiqué la politique d’usage de la force sur le territoire français, en particulier l’emploi de la force par la police et la gendarmerie contre les migrants tentant de traverser la Manche. Cette déclaration, rendue publique le lundi 26 janvier, découle d’une violation manifeste des dispositions légales concernant l’usage autorisé des dispositifs de « force intermédiaire » tels que les balles en caoutchouc, les pistolets électriques, les grenades de contrôle de foule ou les gaz lacrymogènes.

Que dit la Défenseure des droits ?

Claire Hédon estime que le déploiement de ces armes contre les migrants est incompatible avec les notions de nécessité, de proportionnalité et de retenue que doivent respecter les forces de l’ordre.

Les organisations d’aide aux migrants avaient déjà soulevé ce problème à plusieurs reprises depuis 2022. La décision de la Défenseure des droits confirme formellement que ces pratiques ne respectent pas les réglementations en vigueur.

Cette situation survient dans un contexte de surveillance internationale accrue concernant la manière dont le contrôle de l’immigration est appliqué. Aux États-Unis, les critiques concernent le fonctionnement de l’ICE, tandis qu’en France, c’est le comportement de la police et de la gendarmerie sur le littoral de la Manche qui est particulièrement scruté.

Pourquoi l’usage de la « force intermédiaire » pose problème

Comme le souligne Claire Hédon, les armes intermédiaires peuvent causer des blessures graves chez des migrants vulnérables, notamment les femmes, les enfants ou les personnes blessées. Pour cette raison, leur usage n’est autorisé que dans des situations strictement limitées, principalement en légitime défense.

La Défenseure des droits précise également que si ces armes devaient être utilisées, leur usage doit être absolument nécessaire et proportionné, conformément à une note de service interne de 2023.

Or, cette décision met en évidence un usage abusif : la police et la gendarmerie emploieraient ces armes non pas pour se défendre, mais pour empêcher l’embarquement des migrants ou leur entrée sur le territoire.

Manque de transparence : caméras corporelles non activées

L’un des points les plus marquants du rapport concerne l’absence de preuves vidéo. Même les agents équipés de caméras corporelles ne les activent souvent pas, prétextant que les enregistrements seraient « inutilisables ».

Le rapport recommande l’activation systématique des caméras corporelles dès que les agents en sont équipés, afin d’assurer la responsabilité et de vérifier si l’usage de la force était justifié.

La Défenseure des droits recommande également :

  • La rédaction obligatoire de rapports écrits chaque fois qu’une arme de force intermédiaire est utilisée
  • Un rappel clair aux agents de leur devoir de fournir des comptes rendus précis et fidèles de tout usage d’arme

Ces mesures visent à renforcer la transparence et garantir que les agents puissent être tenus responsables si leurs actions dépassent le cadre légal.

Destruction de bateaux sans règles claires

Un autre point central concerne la destruction de bateaux de migrants par les autorités françaises. Le rapport reconnaît que détruire des embarcations peut parfois être justifié pour protéger des vies en mer, mais critique le manque de régulation claire.

La Défenseure des droits souligne que les autorités utilisent parfois des armes uniquement pour disperser les migrants et les empêcher d’embarquer, ce qui ne relève ni de la légitime défense ni du maintien de l’ordre public.

Claire Hédon précise que :

  • Les critères de destruction de bateaux doivent être précisément définis
  • L’usage d’armes uniquement pour empêcher l’embarquement doit être interdit
  • Les opérations doivent être mieux réglementées pour assurer le respect des lois et des droits humains

Contexte plus large : le nombre de traversées de la Manche reste élevé

Le rapport souligne l’ampleur de la crise : en 2025, environ 42 000 personnes ont traversé la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni. Cela reflète un défi migratoire croissant pour la France et la Grande-Bretagne.

Ces chiffres indiquent également que les forces de l’ordre subissent une pression constante, ce qui peut en partie expliquer l’usage accru de la force et les tactiques controversées. Cependant, la Défenseure des droits rappelle que des chiffres élevés ne justifient ni les violations légales ni les atteintes aux droits humains.

La décision de Claire Hédon constitue un signal fort pour les pratiques des forces de l’ordre françaises le long de la Manche. Elle met en lumière des violations potentielles des normes légales, notamment concernant :

  • La nécessité et la proportionnalité de la force
  • Le manque de transparence dans l’enregistrement des opérations
  • La régulation insuffisante de la destruction des bateaux

Les recommandations de la Défenseure des droits visent à :

  • Créer des règles plus claires
  • Assurer la responsabilité des agents
  • Protéger les droits et la sécurité des migrants, en particulier les personnes vulnérables

Alors que la crise de la Manche se poursuit, le gouvernement français et les forces de l’ordre feront face à une pression croissante pour adopter des méthodes à la fois efficaces, légales et humaines.