La France saisit le pétrolier « Grinch » dans un coup majeur porté à la flotte fantôme russe

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La France saisit le pétrolier « Grinch » dans un coup majeur porté à la flotte fantôme russe
Credit: HANDOUT

Le pétrolier « Grinch », soupçonné de faire partie de la « flotte fantôme » russe, a été remis à la justice française après son interception par la Marine nationale en mer Méditerranée.

Les autorités françaises ont confirmé que le navire a été escorté jusqu’au golfe de Fos, où il est désormais mis à la disposition du procureur de la République de Marseille, dans le cadre d’une enquête préliminaire portant sur ses activités et son statut juridique.

Interception et saisie judiciaire

La préfecture maritime de la Méditerranée a annoncé que le Grinch a été intercepté jeudi alors qu’il naviguait dans les eaux internationales de la mer d’Alboran, un détroit stratégique séparant l’Espagne de l’Afrique du Nord. Le navire a été arraisonné par les forces navales françaises, puis escorté vers le port de Marseille-Fos, où il est arrivé le samedi 24 janvier, au terminal pétrolier de Fos-sur-Mer.

Le bâtiment est soupçonné d’appartenir à une flotte clandestine utilisée par la Russie pour contourner les sanctions occidentales et poursuivre ses exportations de pétrole. Selon les autorités françaises, le navire naviguait sous un pavillon falsifié, une pratique couramment associée à la flotte fantôme.

Mesures juridiques et de sécurité

Les autorités maritimes françaises ont mis en place des zones d’exclusion autour du pétrolier amarré afin de sécuriser l’enquête :

  • Zone d’exclusion maritime de 500 mètres
  • Zone d’exclusion aérienne de 1 000 pieds

Ces mesures sont standards et visent à garantir la sécurité du navire ainsi que celle des équipes chargées des inspections.

Conformément au droit maritime, l’équipage a été placé sous restriction ou privation de liberté, une procédure permettant le passage d’un arraisonnement naval à une prise en charge par l’autorité judiciaire. Le parquet de Marseille, en coordination avec la gendarmerie maritime, devrait mener une série de contrôles et d’auditions. Selon une source proche du dossier, le capitaine et les membres de l’équipage seront interrogés dans le cadre de l’enquête.

La « flotte fantôme » : un mécanisme majeur de contournement des sanctions

Le Grinch serait intégré à ce que l’on appelle la flotte fantôme russe, un réseau de navires qui dissimulent leur origine et leur propriété grâce à plusieurs méthodes, notamment :

  • le changement de nom des navires ;
  • le changement de pavillon ;
  • la désactivation des systèmes d’identification automatique (AIS) ;
  • le recours à des sociétés écrans et à des registres opaques.

Ces pratiques permettent à la Russie de continuer à exporter du pétrole malgré les sanctions imposées par l’Union européenne et ses partenaires occidentaux.

L’Union européenne a sanctionné 598 navires soupçonnés d’appartenir à cette flotte clandestine. Ces bâtiments font l’objet de mesures telles que le gel des avoirs et des interdictions de déplacement pour leurs propriétaires et exploitants, tandis que les États sont appelés à leur refuser l’accès aux ports et aux services d’assurance.

Deuxième opération française en quelques mois

Cette intervention constitue la deuxième saisie majeure menée par la France contre un navire soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme. Fin septembre, des commandos de la Marine nationale avaient intercepté le pétrolier « Boracay », également inscrit sur la liste des sanctions de l’UE, dans l’océan Atlantique. Le Boracay avait été dérouté vers le port de Saint-Nazaire, où il avait lui aussi été immobilisé pour enquête.

Ces deux opérations témoignent du rôle croissant de la France dans l’application des sanctions internationales et la perturbation des réseaux d’exportation pétrolière russes.

Réaction de l’Ukraine

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a publiquement salué la saisie. Dans un message publié sur le réseau X, il a remercié la France, estimant que cette opération démontrait la

« détermination nécessaire pour que le pétrole russe ne finance plus la guerre menée par la Russie ».

Cette saisie s’inscrit dans les efforts plus larges des pays occidentaux visant à réduire les revenus pétroliers de la Russie, qui constituent une source majeure de financement de ses opérations militaires en Ukraine.

Malgré les plafonnements de prix et les restrictions instaurés en 2022 et 2023, la Russie a continué à exporter du pétrole par des canaux clandestins, en dissimulant l’origine et la propriété des cargaisons. L’interception du Grinch illustre l’évolution des mécanismes d’application des sanctions, passant de la simple surveillance à des actions directes, aux conséquences juridiques et politiques majeures.

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