Le président français Emmanuel Macron a livré une critique sévère de la politique étrangère des États-Unis le 8 janvier 2026, accusant Washington d’abandonner l’ordre international fondé sur des règles établi après la Seconde Guerre mondiale, que les puissances occidentales avaient contribué à créer et soutenu pendant des décennies. Les propos de Macron ont été prononcés lors de son discours annuel du Nouvel An aux ambassadeurs français au Palais de l’Élysée à Paris, un discours destiné à exposer les priorités de la politique étrangère française pour l’année à venir.
La souveraineté agricole et alimentaire de l’Europe est ma priorité. La PAC en est le socle.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 6, 2026
Je salue les annonces de la Commission européenne aujourd’hui sur l’agriculture dans le prochain budget…
Les États-Unis se détournent-ils de leurs alliés et des normes mondiales ?
Macron a déclaré que les États-Unis « se libèrent des règles internationales » et « se détournent progressivement » de leurs partenaires traditionnels, une critique visant directement l’administration du président Donald Trump. Il a mis en garde contre le fait que les institutions multilatérales — l’ONU, les cadres centrés sur l’OTAN et autres mécanismes de gouvernance mondiale — « fonctionnent de moins en moins efficacement ».
Les remarques du dirigeant français interviennent dans un contexte de préoccupations européennes croissantes concernant plusieurs actions récentes des États-Unis, largement perçues comme sapant les normes internationales :
- L’opération militaire américaine visant à capturer le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro, que de nombreux experts en droit international ont qualifiée de violation de la souveraineté.
- Les déclarations répétées du président Trump concernant l’acquisition du Groenland, territoire autonome danois, qui ont suscité l’alarme au sein de l’OTAN et ont été perçues comme une tentative d’étendre l’influence américaine sans tenir compte du consentement des alliés.
Macron a présenté ces développements comme faisant partie d’un déplacement plus large, s’éloignant de la prise de décision collective au profit de ce qu’il a décrit comme une compétition entre grandes puissances et une « tentation de se partager le monde ».
Pourquoi l’Europe cherche-t-elle à formuler une réponse coordonnée ?
Les gouvernements européens ont été contraints de réévaluer leur posture stratégique face aux initiatives récentes et assertives de Washington. Macron et d’autres dirigeants, dont le président allemand Frank-Walter Steinmeier, ont exprimé leur inquiétude que les actions américaines risquent d’éroder l’ordre international fondé sur des règles, qui a contribué à stabiliser l’Europe après la Seconde Guerre mondiale, notamment dans des contextes comme l’Ukraine, l’hémisphère occidental et la géopolitique arctique.
Macron a averti que les institutions multilatérales — conçues pour prévenir les actions unilatérales et gérer les conflits mondiaux — deviennent moins efficaces pour répondre aux crises, qu’il s’agisse d’interventions militaires, de concurrence économique ou de changement environnemental.
Comment Macron définit-il le rôle de l’Europe à l’ère de la rivalité entre grandes puissances ?
Dans son discours, Macron a insisté sur le fait que l’Europe doit protéger ses propres intérêts et poursuivre une autonomie stratégique plutôt que de dépendre aveuglément d’une seule puissance mondiale. Il a appelé à la « consolidation » des cadres réglementaires européens — notamment dans des domaines comme la politique technologique et la gouvernance de l’information — qui peuvent promouvoir les standards européens indépendamment de l’influence américaine.
Quand la France s’engage, elle est là.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) January 8, 2026
Cela a beaucoup de valeur pour notre diplomatie, pour nos entreprises et pour nos intérêts stratégiques partout dans le monde.
Mon message à nos Ambassadrices et Ambassadeurs : pic.twitter.com/N8UHn4iNHk
Il a souligné l’importance de préserver l’indépendance académique et de sécuriser un environnement informationnel où le débat public n’est pas dicté par une poignée de plateformes technologiques mondiales, une référence claire aux tensions autour du Digital Markets Act (DMA) et du Digital Services Act (DSA) adoptés par l’Union européenne. Ces lois visent la concurrence et la modération de contenu des grandes entreprises technologiques, suscitant la critique de Washington qui les juge coercitives et anti-américaines.
Macron accuse-t-il les États-Unis d’un nouvel impérialisme ou néocolonialisme ?
Au-delà des critiques institutionnelles, Macron a évoqué ce qu’il a appelé « l’agressivité néocoloniale », suggérant que certaines politiques étrangères contemporaines — en particulier les actions militaires unilatérales — rappellent des prises de pouvoir historiques plutôt que la diplomatie coopérative. Il a affirmé que la gouvernance mondiale est à un tournant, les puissances émergentes comme établies étant tentées d’affirmer leur influence au détriment des États plus faibles et du consensus international.
Cette perspective reflète un malaise européen plus profond face à la montée de la concurrence géopolitique, incluant l’affirmation économique croissante de la Chine et la guerre en cours de la Russie en Ukraine, qui compliquent ensemble la coordination transatlantique.
En quoi cette critique reflète-t-elle les tensions transatlantiques ?
Macron n’a pas appelé à une rupture avec les États-Unis — mais ses propos figurent parmi les critiques publiques les plus fermes d’un allié clé de l’OTAN. Ils signalent des tensions transatlantiques qui dépassent la rhétorique diplomatique : l’Europe tente de concilier son besoin de garanties de sécurité américaines — notamment face à la Russie — avec le désir d’une plus grande indépendance dans la définition des normes et régulations concernant le commerce, la technologie, le climat et la résolution des conflits.
Les dirigeants européens, dont ceux de la France et de l’Allemagne, ont de plus en plus insisté sur le risque de fragmentation mondiale si les institutions multilatérales continuent de s’affaiblir. Les préoccupations communes concernant la souveraineté, la sécurité collective et la concurrence réglementaire poussent l’Union européenne à explorer des capacités plus autonomes en matière de défense, d’économie et de diplomatie.
Les propos de Macron sont-ils cohérents avec la posture diplomatique récente de la France ?
La politique étrangère plus large de Macron reflète une inquiétude constante quant à la préservation de l’ordre international d’après-guerre face à la montée de la concurrence géopolitique. Bien que la France n’ait pas formellement condamné certaines actions militaires américaines immédiatement — ce qui a attiré la critique de certains partenaires européens — elle a constamment appelé au respect de la souveraineté et du droit international.
Son appel à un « espace informationnel contrôlé » et sa défense des régulations technologiques européennes soulignent une prise de conscience croissante que la souveraineté économique et informationnelle est aussi cruciale que l’autonomie militaire et diplomatique au XXIᵉ siècle.



