La France rend hommage à la défunte dirigeante bangladaise Khaleda Zia

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La France rend hommage à la défunte dirigeante bangladaise Khaleda Zia
Credit: Collected

Begum Khaleda Zia, première femme Première ministre du Bangladesh et présidente de longue date du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), est décédée le 30 décembre 2025 à l’âge de 80 ans après avoir lutté contre de longues maladies. Sa disparition a suscité une vague de condoléances internationales, notamment de la part des missions diplomatiques françaises. Ces hommages mettent en lumière son héritage durable dans la politique bangladaise, marquée par une forte polarisation, tandis que la réaction de la France souligne des relations bilatérales construites autour du commerce, de l’aide au développement et de la promotion de la démocratie. Cet événement clôt un chapitre historique façonné par sa rivalité avec Sheikh Hasina et par une résilience constante face à l’adversité.

L’héritage politique de Zia

Begum Khaleda Zia s’est imposée sur la scène politique en tant que veuve de Ziaur Rahman, président fondateur du Bangladesh et fondateur du BNP, assassiné en 1981. Elle transforma cette tragédie personnelle en force politique, défiant le régime militaire et la domination du parti unique. Élue Première ministre en 1991, elle lança des politiques de libéralisation économique, privatisa des entreprises publiques et favorisa une croissance moyenne de 5 % par an lors de son premier mandat, tout en restaurant la démocratie parlementaire après la dictature d’Ershad.

Ses mandats suivants (2001-2006) furent marqués par de grands projets d’infrastructures, comme le pont Jamuna, et par des campagnes anticorruption, bien que ternis par des grèves à répétition (hartals) et des critiques sur la gouvernance. Elle dut également gérer les alliances islamistes du BNP dans un contexte de montée du militantisme après le 11 septembre. Emprisonnée en 2018 sous le gouvernement de la Ligue Awami de Sheikh Hasina pour des accusations de corruption largement perçues comme politiquement motivées, Zia devint le symbole de la résistance de l’opposition. Elle fut libérée en 2024 après la chute de Hasina à la suite d’un soulèvement étudiant.

Ses acquittements en 2025 par la Cour suprême du Bangladesh ouvrirent la voie à un éventuel retour électoral, bien que son état de santé l’en empêchât. Son fils survivant, Tarique Rahman, président par intérim du BNP, hérita de cette responsabilité, positionnant le parti pour les élections de 2026 sous la direction intérimaire de Muhammad Yunus. L’alternance du pouvoir entre Zia et Hasina, au cœur d’un duopole dynastique, a profondément enraciné la bipolarisation politique du Bangladesh, mêlant nationalisme, islam politique et réformes de marché qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté, malgré des dérives autoritaires.Si ses détracteurs dénoncent les réseaux de clientélisme et les attentats de 2004, ses partisans la saluent comme un rempart démocratique face à l’autocratie supposée de Hasina. Le deuil national de trois jours et les honneurs d’État témoignent d’un respect dépassant les clivages partisans.

Circonstances du décès et réaction nationale

Admise à l’hôpital Evercare de Dacca le 23 novembre 2025, Khaleda Zia est décédée d’une cirrhose avancée du foie, aggravée par le diabète, l’arthrite, une insuffisance rénale, des problèmes cardiaques et une pneumonie, après 36 jours de soins intensifs sous haute sécurité. Le BNP a annoncé son décès à 6 heures du matin le 30 décembre, déclenchant un deuil national décrété par le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus. Les drapeaux ont été mis en berne, des prières organisées à travers le pays, et ses funérailles ont eu lieu le 31 décembre après la prière de Zohr sur l’esplanade sud du Parlement. Elle a été enterrée aux côtés de Ziaur Rahman à Zia Udyan avec les honneurs d’État.

Des processions publiques rassemblant des centaines de milliers de personnes ont mêlé recueillement et slogans hostiles à la Ligue Awami. Tarique Rahman est brièvement rentré de son exil londonien, tandis que son plus jeune fils, Arafat, était décédé en 2015. Muhammad Yunus l’a qualifiée de « symbole du mouvement démocratique », tandis que le camp de Hasina a présenté des condoléances mesurées, révélant les tensions persistantes depuis la révolution de 2024. Les médias nationaux et internationaux ont dressé des rétrospectives soulignant la fin d’une rivalité dynastique tumultueuse, sa fragilité physique lors d’événements militaires en novembre ayant annoncé son déclin.

Les relations diplomatiques entre la France et le Bangladesh

La France et le Bangladesh entretiennent des relations multiformes depuis la reconnaissance de l’indépendance en 1971. Celles-ci reposent sur une aide au développement dépassant un milliard d’euros via l’Agence française de développement (AFD), notamment pour la résilience climatique, les infrastructures comme le métro de Dacca et le soutien à la crise des Rohingyas. Les échanges commerciaux ont atteint 1,5 milliard de dollars en 2024, portés par les exportations françaises d’avions (accords Airbus), de produits pharmaceutiques et par les importations de vêtements bangladais. La France accueille une diaspora de plus de 10 000 Bangladais, favorisant les échanges culturels à travers l’Alliance française et des bourses de la Sorbonne.

Sur le plan politique, Paris a soutenu les transitions démocratiques et critiqué l’autoritarisme du gouvernement Hasina (2018-2024) via des positions européennes et des rapports sur les droits humains. La visite d’Emmanuel Macron à Dacca en 2023 s’est traduite par une promesse de 200 millions d’euros pour l’énergie verte, inscrite dans la stratégie indo-pacifique. Les gouvernements de Zia avaient déjà approfondi ces liens, notamment par des transferts technologiques nucléaires dans les années 1990 et des explorations gazières de TotalEnergies au début des années 2000.

Après les bouleversements de 2024, la France s’est rapidement engagée auprès de Muhammad Yunus pour soutenir la stabilité. Les traitements médicaux de Zia à Londres, parfois accompagnés de consultations françaises, ont aussi contribué à personnaliser ces relations. Ces fondations économiques et diplomatiques donnent un sens particulier aux condoléances françaises.

Condoléances diplomatiques françaises

Les missions diplomatiques françaises ont rapidement présenté leurs condoléances après le décès de Khaleda Zia. L’ambassade de France à Dacca a publié un communiqué le 30 décembre saluant son « rôle déterminant dans le parcours démocratique du Bangladesh et sa contribution à l’amitié franco-bangladaise ». Le chef de mission par intérim a exprimé ses « sincères sympathies » au BNP, à la famille et à la nation sur les réseaux sociaux et par les canaux officiels. Le Quai d’Orsay a également évoqué son « héritage durable de service public ».

L’Alliance française de Dacca a organisé des veillées et projections de ses discours, tandis que le drapeau français a été mis en berne et que des représentants ont assisté aux funérailles. Ces gestes s’inscrivent aux côtés d’hommages venus d’Inde, du Pakistan, des États-Unis et de l’Union européenne, mais se distinguent par le rappel de la chaleur des relations bilatérales, notamment la visite d’État de Zia à Paris en 1995. Les communautés bangladaises en France, notamment à Lyon et Marseille, ont également organisé des prières, relayées par RFI Bengali.

Réactions internationales plus larges

Le décès de Zia a suscité des hommages mondiaux soulignant son impact international. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué une « figure majeure de la démocratie », tandis que le Royaume-Uni, l’Arabie saoudite, l’Union européenne et plusieurs pays asiatiques ont exprimé leur respect. Les réactions ont varié selon les intérêts géopolitiques, mais convergent vers la reconnaissance de son rôle historique.

Ces prises de position, dans le contexte du soulèvement de la jeunesse en 2024, renforcent le potentiel de renaissance du BNP et influencent la confiance des bailleurs internationaux dans la trajectoire économique du Bangladesh.

Implications pour les relations Bangladesh-France

La disparition de Khaleda Zia, alors que le BNP se renforce, accroît les enjeux français dans les élections bangladaises de 2026. Les condoléances appuyées de Paris signalent une volonté d’approfondir l’engagement, notamment à travers de nouveaux financements de l’AFD, des accords industriels et des partenariats migratoires. La France pourrait s’appuyer sur l’héritage pro-occidental de Zia pour diversifier ses relations au-delà de la Ligue Awami, tout en équilibrant l’influence chinoise et indienne.

À long terme, l’héritage de Khaleda Zia pourrait catalyser une modernisation du BNP menée par la jeunesse, positionnant le Bangladesh comme un partenaire clé de la France dans l’Indo-Pacifique. Les condoléances françaises apparaissent ainsi comme un investissement diplomatique stratégique dans une période de transition politique majeure.

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